LIVRE IV
Voulez- VOUS mitiger cette méthode , et donner la moindre prise à Tautorité des hommes : à l'instant vous lui rendez tout ; et si le fils d'un chrétien fait bien de suivre , sans un examen profond et impartial , la religion de son père , pourquoi le fils d'un Turc feroit-il mal de suivre de même la religion du sien (a) ? Je défie tous les intolérans de répondre à cela rien qui contente un homme sensé.
Pressés par ces raisons , les uns aiment mieux faire Dieu injuste , et punir les innocens du péché de leur père , que dç renoncer à leur barbare dogme. Les autres se tirent d'affaire en envoyant obligeamment un ange instruire quiconque , dans une ignorance invincible, auroit vécu moralement bien. La belle invention que cet ange! Non contens de nous asservir à leurs machines, ils mettent Dieu lui-même dans la nécessité d'en employer.
Voyez, mon fils, à quelle absurdité mènent l'orgueil et l'intolérance , quand chacun veut abonder dans son sens, et croire avoir raison exclusivement au reste du genre humain. Je prends à témoin ce Dieu de paix que j'adore et que je vous annonce , que toutes mes recherches ont été sincères ; mais voyant qu'elles étoient, qu'elles seroient toujours sans suc-
(a) Vab la religion du sien ? Combien d'hommes sont à Rome
tressons catholiques, qui, par la même raison, seroient tressons mu' sulmans s'ils fussent nés à la Mecque! et réciproquement que d'honnêtes gens sont très»bons Turcs en Asie, qui seroient très'bons chrétiens parmi
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ces y et que je m'obîmois dans un océan sans rives , je suis revenu sur mes pas , et j'ai resserré ma un dans mes notions primitives. Je n^ai jamais pu croire que Dieu m'ordonnât , sous peine de Tenfer, d'être si savant J'ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux , c'est celui de la nature. C'est dans ce grand et sublime livre que j'apprends à servir et adorer son divin auteur. Nul n'est excusable de n'y pas lire , parce qu'il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serois né dans une île déserte , quand je n'aurois point vu d'autre homme que moi , quand je n'aurois jamais appris ce qui s'est fait anciennement dans un coin du monde; si j'exerce ma raison, si je la cultive , si j'use bien des facultés immédiates que Dieu me donne , j'apprendrai de moi-même à le connoître , à l'aimer , à aimer ses œuvres , à vouloir le bien qu'il veut , et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus?
A l'égard de la révélation , si j'étois meilleur raisonneur ou mieux instruit, peut-être sentirois-je sa vérité , son utilité pour ceux qui ont le bonheur de la reconnoître; mais -si je vois en sa faveur des preuves que je ne puis combattre , je vois aussi contre elle des objections que je ne puis résoudre. Il y a tant de raisons solides pour et contre, que, ne sachant à quoi me déterminer, je ne l'admets ni ne la rejette ; je rejette seulement l'obligation de la re-