‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 50 sur 233 · VRE IV. III · texte numérisé non relu

VRE IV. III

eût loué la sobriété; avant qu'il eût défini la vertu , la Grèce abondoit en hommes vertueux. Mais où Jésus avoit-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et Texemple (i)? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre , et la simpHcité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate , philosophant tranquillement avec ses amis , est la plus douce qu'on puisse désirer; celle de Jésus expirant dans les tourmens, injurié, iraillé , maudit de tout un peuple , est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus , au milieu d'un supplice affreux , prie pour ses bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plaisir? Mon ami , ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et les faits de Socrate , dont personne ne doute , sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond c'est reculer la difficulté sans la détruire; il seroit plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord (a) eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des

(i) Voyez, dans le discours sur la montagne, le parallèle qu*il fait lui-même de la morale de Moïse à la sienne. Matth. , cap. 5 , vers. 21 et seq.

(a) Vab que quatre hùmmes d'accord..,,, — A la suite de ces

mots est une note ainsi conçue : Je 'veux bien n'en pas compter da^

lia EMILE.

auteurs juife n'eussent trouvé ni ce ton , ni cette morale ; et rÉvangile a des caractères de vérité si grands, si frappans, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en seroit plus étonnant que le héros (*)' Avec tout cela y ce même Évangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison , et qu'il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre. Que faire au milieu de toutes ces contradictions? Être toujours modeste et circonspect, mon enfant; respecter en silence ce qu'on ne sauroit ni rejeter , ni comprendre ^ et s'humilier devant le grand Être qui seul sait la vérité.

Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté ; mais ce scepticisme ne m'est nullement pénible, parce qu'il ne s'étend pas aux points essentiels à la pratique, et que je suis bien décidé sur les principes de tous mes devoirs. Je sers Dieu dans la simplicité de mon cœur. Je ne cherche à savoir que ce qui importe à ma conduite. Quant aux dogmes qui n'in« fluent ni sur les actions ni sur la morale, et dont tant de gens se tourmentent, je ne m'en mets nullement en peine. Je regarde toutes les religions par-

poMtttgt , pmrct que leurs quatre Iwres somt Us seules 'wies Je Jésus^Christ qui nous sont restées du grand nombre qui avoient été écrites,

(*) Dans une lettre à M. de **% datée de 1769, Rousseau reyient encore sur ce parallèle établi par lui entre Jésus et Socrate, et ne supposant aucun caractère divin ni mission surnaturelle au sage hébreu, qu'il oppose de nouyeau au sage grec, il présente sur les Tues et la conduite du premier des considérations toutes nourelles. Voyez la Correspondance, tome lY, page 180.

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