LIVRE IV. Il
ticulières comme autant d'institutions salutaires qui prescrivent dans chaque pays une manière uniforme d'honorer Dieu par un culte pubh'c, et qui peuvent toutes avoir leurs raisons dans le climat, dans le gouvernement, dans le génie du peuple , ou dans quelque autre cause locale qui rend Tune préférable à l'autre , selon les temps et les lieux. Je les crois toutes bonnes quand on y sert Dieu convenablement. Le culte essentiel est celui du cœur. Dieu n'en rejette point l'hommage , quand il est sincère , sous quelque forme qu'il lui soit offert. Appelé dans celle que je professe au service de l'Église , j'y remplis avec toute l'exactitude possible les soins qui me sont prescrits , et ma conscience me reprocheroit d'y manquer volontairement en quelque point. Après un long interdit, vous savez que j'obtins , parle crédit de M. de Mellarède , la permission de reprendre mes fonctions pour m'aider à vivre. Autrefois je disois la messe avec la légèreté qu'on met à la longue aux choses les plus graves quand on les fait trop souvent; depuis mes nouveaux principes , je la célèbre avec plus de vénération : je me pénètre de la majesté de l'Être suprême, de sa présence, de l'insuffisance de l'esprit humain qui conçoit si peu ce qui se rapporte à son auteur. En songeant que je lui porte les vœux du peuple sous une forme prescrite, je suis avec soin tous les rites; je récite attentivement ; je m'applique à n'omettre jamais ni le moindre mot ni la moindre cérémonie : quand j'approche du moment IX. 8
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de la consécration , je me recueille pour la faire avec toutes les dispositions qu'exige l'Eglise et la grandeur du sacrement; je tâche d'anéantir ma raison devant la suprême intelligence; je me dis, Qui es-tu pour mesurer la puissance infinie? Je prononce avec respect les mots sacramentaux , et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi. Quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains ]>as qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur.
Honoré du ministère sacré, quoique dans le dernier rang, je ne ferai ni ne dirai jamais rien qui me rende indigne d'en remplir les sublimes devoirs. Je prêcherai toujours la vertu aux hommes, je les exhorterai toujours à bien faire; et, tant que je pourrai, je leur en donnerai l'exemple. Il ne tiendra pas à moi de leur rendre la religion aimable; il ne tiendra pas à moi d'affermir leur foi dans les dogmes vraiment utiles et que tout homme est obligé de croire : mais à Dieu ne plaise que jamais je leur prêche le dogme cruel de l'intolérance; que jamais je les porte à détester leur prochain, à dire à d'autres hommes: Vous serez damnés ; à dire , Hors de l'Église , point de salut (i) ! Si j'étois dans un rang plus remarqua-
(i) Le deyoir de sniyre et d'aîmer la religion de son pays ne s*étend pas jusqu'aux dogmes contraires à la bonne morale , tels que celui de l'intolérance. C'est ce dogme horrible qui arme les hommes les uns contre les autres, et les rend tous ennemis du genre humain. La distinction entre la tolérance civile et la tolérance théo-