‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 52 sur 233 · LIVRE IV. I ID · texte numérisé non relu

LIVRE IV. I ID

ble, cette réserve pourroit m'attirer des affaires; mais je suis trop petit pour avoir beaucoup à craindre , et je ne puis guère tomber plus bas que je ne suis. Quoi qu'il arrive, je ne blasphémerai point contre la justice divine , et ne mentirai point contre le Saint-EspriL

J'ai long-temps ambitionné l'honneur d'être curé; je l'ambitionne encore, mais je ne l'espère plus. Mon bon ami , je ne trouve rien de si beau que d'être curé. Un bon curé est un ministre de bonté, comme un bon magistrat est un ministre de justice. Un curé n'a jamais de mal à faire ; s'il ne peut pas toujours faire le bien par lui-même, il est toujours à sa place quand il le sollicite, et souvent il l'obtient quand il sait se faire respecter. O si jamais dans nos montagnes j'avois quelque pauvre cure de bonnes gens à desservir ! je serois heureux ; car il me semble que je ferois le bonheur de mes paroissiens. Je ne les rendrois pas riches, mais je partagerois leur pauvreté; j'en ôterois la flétrissure et le mépris plus insupportable que l'indigence. Je leur ferois aimer la concorde et l'égalité, qui chassent souvent la misère, et la font toujours supporter. Quand ils verroient que je ne serois en rien mieux qu'eux , et que pourtant je vivrois content , ils apprendroient à se consoler

logique est puérile et vaine. Ces deux tolérances sont inséparables, et l'on ne peut admettre Tune sans Tautre. Des anges mêmes ne ▼iyroient pas en paix ayec des hommes qu'ils regarderoient commo les ennemis de Dieu.

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de leur sort et à vivre contens comme moi. Dans mes instructions je m'attacherois moins à l'esprit de l'Église qu'à l'esprit de l'Évangile, où le dogme est simple et la morale sublime, où Ion voit peu de pratiques religieuses et beaucoup d œuvres de charité. Avant de leur enseigner ce qu'il faut faire , je m'efforcerois toujours de le pratiquer, a6n qu'ils vissent bien que tout ce que je leur dis je le pense. Si j'avois des protestans dans mon voisinage ou dans ma paroisse , je ne les distinguerois point de mes vrais paroissiens en tout ce qui tient à la charité chrétienne , je les porterois tous également à s'entr'aimer, à se regarder comme frères, à respecter toutes les religions, et à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né, c'est le solliciter de malfaire, et par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus grandes lumières, gardons l'ordre public; dans tous pays respectons les lois, ne troublons point le culte qu'elles prescrivent : ne portons point les citoyens à la désobéissance; car nous ne savons point certainement si c'est un bien pour eux de quitter leurs opinions pour d*autres, et nous savons très-certainement que c'est un mal de désobéir aux lois.

Je viens , mon jeune ami , de vous réciter de bouche ma profession de foi telle que Dieu la lit dans mon cœur : vous êtes le premier à qui je l'ai faite; vous êtes le seul peut-être à qui je la ferai jamais.

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