LIVRE IV
enfans à Abraham , tout homme a droit d'espérer d'être éclairé lorsqu'il s'en rend digne.
Si mes réflexions vous amènent à penser comme je pense , que mes sentimens soient les vôtres , et que nous ayons la même profession de foi , voici le conseil que je vous donne : N'exposez plus votre vie aux tentations de la misère et du désespoir , ne la traînez plus avec ignominie à la merci des étrangers, et cessez de manger le vil pain de laumône. Retour* nez dans votre patrie , reprenez la religion de vos pères , suivez-la dans la sincérité de votre cœur , et ne la quittez plus : elle est très-simple et très-sainte ; je la crois de toutes les religions qui sont sur la terre celle dont la morale est la plus pure et dont la raison se contente le mieux. Quant aux frais du voyage , n'en soyez point en peine , on y pourvoira. Ne craignez pas non plus la mauvaise honte d'un retour humiliant ; il faut rougir de faire une faute , et non de la réparer. Vous êtes encore dans l'âge où tout se pardonne, mais où l'on ne pèche plus impunément. Quand vous voudrez écouter votre conscience, mille vains obstacles disparoîtront à sa voix. Vous sentirez que , dans l'incertitude où nous sommes , c'est une inexcusable présomption de professer une autre rehgion que celle où l'on est né , et une fausseté de ne pas pratiquer sincèrement celle qu'on professe. Si l'on s'égare , on s'ôte une grande excuse au tribunal du souverain juge. Ne pardonnera-t-il pas plutôt l'erreur où l'on fut nourri , que celle qu'on osa choisir soirmême ?
Mon fils , tenez votre âme en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu , et vous n'en douterez .jamais. Au surplus, quelque parti que vous puissiez prendre , songez que les vrais devoirs de la religion sont indépendans des institutions des hommes; qu'un cœur juste est le vrai temple de la Divinité ; qu'en tout pays et dans toute secte, aimer Dieu pardessus tout et son prochain comme soi-même, est le som* maire de la loi ; qu'il n'y a point de religion qui dispense des devoirs de la morale ; qu'il n'y a de vraiment essentiels que ceux-là ; que le culte intérieur est le premier de ces devoirs, et que sans la foi nulle véritable vertu n'existe.
Fuyez ceux qui , sous prétexte d'expliquer la nature , sèment dans les cœurs des hommes de désolantes doctrines , et dont le scepticisme apparent est cent fois plus afBrmatif et plus dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires. Sous le hautain prétexte qu'eux seuls sont éclairés , vrais , de bonne foi , ils nous soumettent impérieusement à leurs dé<cisions tranchantes, et prétendent nous donner pour les vrais principes des choses les inintelligibles systèmes qu'ils ont bâtis dans leur imagination. Du reste , renversant , détruisant , foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère , aux puissans et aux riches le seul frein de leurs passions; ils arrachent du fond des cœurs le remords du crime, l'espoir de la vertu , et se vantent encore d'être les bienfaiteurs du genre humain. Jamais, disent-ils, la