LIVRE IV. lai
vérité n*est nuisible aux hommes. Je le crois comme eux , et c'est à mon avis une grande preuve que ce qu'ils enseignent n'est pas la vérité, (i)
(i) Les deux partis 8*attaqueiit réciproquement par tant de soplûsmes, qne ce seroit une entreprise immense et téméraire de vouloir les relever tous ; c'est déjà beaucoup d*en noter quelques-uns k mesure qu'ib se présentent. Un des plus familiers au parti philosophiste est d'opposer un peuple supposé de bons philosophes à un peuple de mauvais chrétiens : comme si un peuple de vrais philosophes étoit plus facile à faire qu'un peuple de vrais chrétiens ! Je ne sais si , parmi les individus, l'un est plus Sicile à trouver que l'autre; mais je sais bien que, dès qu'il est question de peuples, il en faut supposer qui abuseront de la philosophie sans religion , comme les nôtres abusent de la religion sans phUosophie ; et cela me paroit changer beaucoup l'état de la question.
Bayle a trèsi-bien prouvé que le faxiatisme est plus pernicieux que l'athéisme, et cela est incontestable; mais ce qu'il n'a eu garde de dire, et qui n'est pas moins vrai, c'est que le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel , est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cceur de l'homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un ressort prodigieux, et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus : au lieu que l'irréligion, et en général l'esprit raisonneur et philosophique, attache à la vie, efféminé, avilit les âmes, concentre toutes les passions dans la bassesse de l'intérêt particulier, dans l'abjection du moi humain , et sape ainsi à petit bruit les vrais fondemens de toute société ; car ce que les intérêts particuliers ont de commun est si peu de chose, qu'il ne balancera jamais ce qu'ils ont d'opposé.
Si l'athéisme ne fait pas verser le sang des hommes^ c'est moins par amour pour la paix que par indifférence pour le bien : comme que tout aille, peu importe au prétendu sage, pourvu qu'il reste en repos dans son cabinet. Ses principes ne font pas tuer les hommes, mais ils les empêchent de naître, en détruisant les moeurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce, en réduisant toutes leurs affections à un secret égoisme , aussi funeste à la popubtion qu'à la vertu. L'indifférence philosophique ressemble à la tran-
Bon jeune homme , soyez sincère et vrai sans orgueil ; sachez être ignorant : vous ne tromperez ni vous ni les autres. Si jamais vos talens cultivés vous
quillité de l'état sous le despotisme; c*ett la tranquillité de la mort : elle est plus destructive que la guerre même.
Ainsi le fanatisme, quoique plus funeste dans ses effets inunédiats que ce qu'on appelle aujourd'hui l'esprit philosophique, l'est beaucoup moins dans ses conséquences. D'ailleurs il est aisé d'étaler de belles maximes dans des livres : mais la question est de savoir si elles tiennent bien à la doctrine , si elles en découlent nécessairement; et c'est ce qui n'a point paru clair jusqu'ici. Reste à savoir encore si la philosophie, à son aise et sur le trône, commanderoit bien à la gloriole, à l'intérêt, à l'ambition, aux petites passions de l'homme , et si elle pratiqueroit cette humanité si douce qu'elle nous vante la plume à la main.
Par les principes , la philosophie ne peut faire aucun bien que la reb'gion ne le fasse encore mieux, et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne sauroit faire.
Par la pratique , c'est autre chose ; mais encore faut-il examiner. Nul homme ne suit de tout point sa religion quand il en a une ; cela est vrai : la plupart n'en ont guère , et ne suivent point du tout celle qu'ils ont ; cela est encore vrai : mais enfin quelques-uns en ont une, la suivent du moins en partie; et il est indubitable que des motifs de religion les empêchent souvent de malEaire, et obtiennent d'eux des vertus, des actions louables, qui n'auroient point eu lieu sans ces motifs.
Qu'un moine nie un dépôt ; que s'ensuit-il , sinon qu'un sot le lui avoit confié ? Si Pascal en eàt nié un, cela prouveroit que Pascal étoit un hypocrite , et rien de plus. Mais un moine ! . . . . Les gens qui font trafic de la religion sont-ils donc ceux qui en ont ? Tous les crimes qui se font dans le clergé, comme ailleurs, ne prouvent point que la religion soit inutile , mais que très-peu de gens ont de la religion.
Nos gouvememens modernes doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes ; il les a rendus eux-mêmes moins sanguinaires : cela se