‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 56 sur 233 · LIVRE IV. laS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. laS

mettent en état de parler aux hommes , ne leur parlez jamais que selon votre conscience, sans vous embarrasser s'ils vous applaudiront. L'abus du savoir pro-

proave par le fait en les comparant anx gonyememens anciens. La religion mieux connue, écartant le fanatisme, a donné plus de douceur aux mœurs chrétiennes. Ce changement n*est point Tou- Trage des lettres ; car, partout où elles ont brillé, Thumanité n*ea a pas été phis respectée; les cruautés des Athéniens, des Égyptiens, des empereurs de Rome, des Chinois, eu font foi. Que d^œuVres de miséricorde sont Touvragc de TÉvangile ! Que de restitutions, de réparations, la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques I Chez nous combien les approches des temps de la communion n'opèrent -elles point de réconciliations et d'aumônes ! Combien le jubilé des Hébreux ne rendoit-il pas les usurpateurs moins avides ! Que de misères ne prévenoit-il pas t La fraternité légale unissoit toute la nation ; on ne voyoit pas un mendiant chez eux. Ou n'en voit point non plus chez les Turcs, où les fondations pieuses sont innombrables : ils sont, par principe de religion, hospitahers même envers les ennemis de leur culte.

« Les mahométans disent, selon Chardin , qu'après l'examen qui a suivra la résurrection universelle , tous les corps iront passer un

> pont appelé PoulSerrho, qui est jeté sur le feu étemel, pont qu'on

> peut appeler, âisent-ils, le troisième et dernier examen et le vrai » jugement final, parce que c'est là où se fera la séparation des bons » d'avec les méchans,.... etc.

L > Les Persans, poursuit Chardin , sont fort infatués de ce pont;

' » et lorsque quelqu'un souffre une injure dont, par aucune voie ni '

> dans aucun temps , il ne peut avoir raison , sa dernière consola-

> tion est de dire : Eh bien ! par le Dieu 'vivant, tu me le paieras au L » double au dernier jour; tu ne passeras point le Poul'Serrho, que tu ne ! » me satisfasses auparavtuit; je m'attacherai au bord de ta njeste et me J » jetterai à tes jambes. J'ai vu beaucoup de gens éminens, et de toutes

» sortes de professions , qui , appréhendant qu'on ne criât ainsi • haro sur eux au passage de ce pont redoutable, soUicitoient ceux » qui se plaignoient d'eux de leur pardonner : cela m'est arrivé p cent fois à moi-même. Des gens de qualité , qui m'avoient fait

duit rincrédulitë. Tout savant dédaigne le sentiment vulgaire ; chacun en veut avoir un à soi. L'orgueilleuse philosophie mène à TespritTort, comme Faveugle dévotion mène au fanatisme. Évitez ces extrémités ; restez toujours ferme dans la voie de la vérité , ou de ce qui vous paroitra Fétre dans la simplicité de votre cœur , sans jamais vous en détourner par vanité ni par foiblesse. Osez confesser Dieu chez les philosophes; osez prêcher l'humanité aux intolérans«. Vous serez seul de votre parti , peut-être ; mais vous porterez en vous-même un témoignage qui vous dispensera de ceux des hommes. Qu'ils vous aiment ou vous haïssent , qu'ils lisent ou méprisent vos écrits,

• faire, par importunîté, des démarches aatrement qae je n'eusse

> Toulu , m'abordoient au bout de quelque temps qu'ils pensoient

• que le chagrin en étoit passé , et me disoient : Je te prie, halal » becon antckism, c'est-i-dîre , rends^moi cette affaire licite ou juste,

> Quelques-uns même m'ont fait des présens et rendu des services , » afin que je leur pardonnasse en déclarant que je le faisois de bon » cœur : de quoi la cause n*est autre que cette créance qu'on ne » passera point le pont de Fenfer qu'on n'ait rendu le dernier qua- » trin à ceux qu'on a oppressés. » Tome Vil, iii-ia, page 5o.

Croirai-je que l'idée de ce pont qui répare tant d'iniquités n'en prévient jamais ? Que si l'on ôtoit aux Persans cette idée, en leur persuadant qu'il n'y a ni Poui-Serrfto , ni rien de semblable, où les opprimés soient vengés de leurs tyrans après la mort, n'est-il pas clair que cela mettroit ceux-ci fort à leur aise, et les délivreroit du soin d'apaiser ces malheureux ? U est donc faux que cette doctrine ne fût pas nuisible ; elle ne seroit donc pas la vérité.

Philosophe, tes lois morales sont fort belles; mais montre-m'en, de grâce, la sanction. Cesse un moment de battre la campagne, et dis-moi nettement ce que tu meu à la place du Poul^Serrho,

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