‹ Œuvres de J. J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 57 sur 233 · LIVRE IV. tuS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. tuS

il n'importe. Dites ce qui est vrai , faites ce qui est bien ; ce qui importe à l'homme est de remplir ses devoirs sur la terre ; et c'est en s'oubliant qu'on travaille pour soi. Mon enfant , l'intérêt particulier nous trompe ; il n'y a que l'espoir du juste qui ne trompe point

Tai transcrit cet écrit, non comme une règle des sentimens qu'on doit suivre en matière de religion , mais comme un exemple de la manière dont on peut raisonner avec son élève , pour ne point s'écarter de la méthode que j'ai tâché d'établir. Tant qu'on ne donne rien à l'autorité des hommes , ni aux pré* jugés du pays où l'on est né , les seules lumières de la raison ne peuvent , dans l'institution de la nature^ nous mener plus loin que la religion naturelle; et c'est à quoi je me borne avec mon Emile. S'il en doit avoir une autre , je n'ai plus en cela le droit d'être son guide ; c'est à lui seul de la choisir.

Nous travaillons de concert avec la nature, et tandis qu'elle forme l'homme physique , nous tâchons de former l'homme moral ; mais nos progrès ne sont pas les mêmes. Le corps est déjà robuste et fort, que l'âme est encore languissante et foible; et quoi que l'art humain puisse faire , le tempérament précède toujours la raison. C'est à retenir l'un et à exciter l'autre que nous avons jusqu'ici donné tous nos soins , afin que l'homme fut toujours un, le plus qu'il étoit possible. En développant le naturel , nous

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avons donné le change à sa sensibilité naissante; nous l'avons réglée en cultivant la raison. Les objets intellectuels modéroient Timpression des objets sensibles. En remontant au principe des choses , nous l'avons soustrait à l'empire des sens ; il étoit simple de s'élever de l'étude de la nature à la recherche de son auteur.

Quand nous en sommes venus là , quelles nouvelles prises nous nous sommes données sur notre élève! que de nouveaux moyens nous avons de parler à son cœur! C'est alors seulement qu'il trouve son véritable intérêt à être bon , à faire le bien loin des regards des hommes , et sans y être forcé par les lois j à être juste entre Dieu et lui , à remplir son devoir, même aux dépens de sa vie, et à porter dans son cœur la vertu , non*seulement pour l'amour de l'ordre auquel chacun préfère toujours l'amour de soi , mais pour l'amour de l'auteur de son être , amour qui se confond avec ce même amour de soi, pour jouir enfin du bonheur durable que le repos d'une bonne conscience et la contemplation de cet Être suprême lui promettent dans l'autre vie , après avoir bien usé de celle-ci. Sortez de là, je ne vois plus qu'injustice , hypocrisie et mensonge parmi les hommes : l'intérêt particulier, qui, dans la concurrence, l'emporte nécessairement sur toutes choses, apprend à chacun d'eux à parer le vice du masque de la vertu. Que tous les autres hommes fassent mon bien aux dépens du leur; que tout se rapporte à

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