LIVRE IV. 12g
)> hasard (i)* » Emile, ayant été élevé dans toute la liberté des jeunes paysans et des sauvages, doit changer et s'arrêter comme eux en grandissant Toute la différence est qu'au lieu d'agir uniquement pour jouer ou pour se nourrir, il a, dans ses tra*vaux et dans ses jeux, appris à penser. Parvenu donc à ce terme par cette route , il se trouve tout disposé pour celle où je l'introduis : les sujets de réflexions que je lui présente irritent sa curiosité , parce qu'ils sont beaux par eux-mêmes , qu'ils sont tout nouveaux pour lui , et qu'il est en état de les comprendre. Au contraire , ennuyés , excédés de vos fades leçons, de vos longues morales, de vos éternels catéchismes , coihment vos jeunes gens ne se refuseroient-ils pas à l'application d'esprit qu'on leur a rendu (*) triste , aux lourds préceptes dont on n'a cessé de les accabler , aux méditations sur l'auteur de leur être , dont on a fait l'ennemi de leurs plaisirs ? Ils n'ont conçu pour tout cela qu*aversion , dégoût , ennui ; la contrainte les en a rebutés : le moyen désormais qu'ils s'y livrent quand ils commencent à disposer d'eux? Il leur faut du nouveau pour leur plaire , il ne leur faut plus rien de ce qu'on dit aux enfans. C'est la même chose pour mon élève; quand il devient homme , je lui parle comme à un
(i) Aventures du sieur C. Le Beau, avocat au parlement, tome If, page 70.
(*) Rendu , et non pas rendue, Voyex dans cette édition la note de la page 98, tome VL