LIVRE IV
lien ! Ces études seront pour lui des amusemens sans contrainte, et n'en profiteront que mieux; elles lui seront délicieuses dans un âge et des circonstances oïl le cœur s'intéresse avec tant de charme à tous les genres de beauté faits pour le toucher. Figurezvous d'un côté mon Emile , et de l'autre un polisson de collège, lisant le quatrième livre de l'Enéide, ou Tibulle, ou le Banquet de Platon : quelle différence ! Combien le cœur de l'un est remué de ce qui n'af- *fecte pas même l'autre ! O bon jeune homme ! arrête , suspends ta lecture , je te vois trop ému : je veux bien que le langage de l'amour te plaise , mais non pas qu'il t'égare : sois [homme sensible, mais sois homme sage. Si tu n'es que l'un des deux, tu n'es rien. Au reste, qu'il réussisse ou non dans les langues mortes, dans les belles-lettres, dans la poésie, peu m'importe. Il n'en vaudra pas moins s'il ne sait rien de tout cela , et ce n'est pas de tous ces badinages qu'il- s'agit dans son éducation.
Mon principal objet , en lui apprenant à sentir et aimer le beau dans tous les genres , est d'y fixer ses affections et ses goûts , d'empêcher que ses appétits Naturels ne s'altèrent, et qu'il ne cherche un jour dans sa richesse les moyens d'être heureux, qu'il doit trouver plus près de lui. J'ai dit ailleurs que le goût n'étoit que l'art de se connoître en petites choses (•) , et cela est très-vrai : mais puisque c'est
(*) Lettre à d'Alembert.