‹ Œuvres de J. RacineChapitre 100 sur 390 · Dans le manuscrit : apportée · texte numérisé non relu

Dans le manuscrit : apportée

2. Livre XXV, chapitre x. C’est le chapitre zxx1x dans d’autres éditions, où le chapitre 1v, cité plus havt, est le vnre.

3. Nous ne trouvons aucun passage des anciens où cela soit dit expressément; mais peut-être l'interprétation que Racine prête à Socrate lui aura-t-elle paru, à lui ou à quelque commentateur, résulter de ce que dit Xénophon au livre I de ses Dits mémorables (chapitre m1, $ 7) : Oteoar D Een éntonéntuv rat tv Kipuny Üs moueïv totoÿtots rokhofe derrylGousav: Tov à Ovoséx “Epuoë te brolnooivn zal adrbv éyrxpatt bvra…., dix Taüta où yevéoOat Ov. « Je crois, disait-il en plaisantant, que Circé changeait les hommes en pourceaux par cette abondance de mets qu’elle leur présentait; mais qu'Ulysse avait dû aux conseils de Mercure, et à sa propre tempérance,.… de n’avoir pas subi cette métamorphose. » Sur l’assistance de Mercure, on voit que Socrate est d'accord avec Homère; mais il ne parle pas, comme lui, de l'herbe moly. Comme antidote contre la grande chère de Circé, il ne reconnaît que la tempérance, donnant à entendre que le poëte dans sa fiction a voulu désigner cette vertu.

J, RAGINE. vi Il

Il entre donc chez Circé; elle le traite comme ses compagnons; mais quand elle lui voit tirer l'épée, elle s’écrie, et lui embrassant les genoux, lui dit : Qui êtes-vous qui ne ressentez point la force de ce breuvage que personne n'a jamais pu éviter? N'êtes-vous point cet Ulysse, si adroit, que Mercure m’a toujours prédit devoir venir ici? Mais remettez votre épée, et couchons ensemble, afin que nous ayons plus de confiance l’un à l’autre. 11 lui répond qu’il n’en fera rien, jusqu’à ce qu'elle lui jure de ne lui point faire mal; et alors ils se mettent au lit. Ils sont servis par quatre servantes, qui étoient nées des fontaines, des arbres et des fleuves. L'une couvre les siéges de tapis de pourpre par haut, et par le bas, de lin; les dossiers étoient revêtus de pourpre, et le reste de lin, pour être plus mollement. L'autre dresse des tables d’argent, et les couvre de vaisselles' d'or. L'autre verse d’un vin excellent dans un vase d’argent, et prépare des coupes d’or; et la dernière apporte de l’eau, et allume du feu sous un trépied; elle fait chauffer l’eau, et ensuite lave Ulysse, et lui verse doucement cette eau le long de la tête et des épaules,

’Ogpa por 2x xéuarov Ouoplépoy elketo yulwv [vers 363],

afin de soulager la lassitude de ses membres. Ouxopôpov, parce que le travail du corps abat l'esprit. Après qu'on l'a frotté d'huile, on le met à table, et Homère le fait servir selon sa coutume, Mais Ulysse ne vouloit point manger, songeant à d’autres choses, et étant toujours affligé :

AXX unv SXowpovémv. [Vers 374.]

Circé s’en met en peine, et tâche de le rassurer; mais il lui dit: Ô Circé, quel homme juste et raisonnable voudroit manger avant que de voir sortir ses compagnons de l’état où ils sont? Faites-les-moi voir donc, si vous voulez que je mange. Elle s’en va à l’étable avec sa baguette, et en fait sortir ses compagnons, qui étoient comme des porcs de neuf ans ; et les frottant d’une drogue contraire à la première, le poil de cochons leur tombe, et ils deviennent des hommes,

x. Il y a bien aisselles, au pluriel, dans le manuscrit.

plus jeunes encore et plus beaux à voir qu'auparavant, Cela se pourroit appliquer à des débauchés, qui, sortant une fois de leurs débauches, sont plus sages que jamais :

Ka rod xaAMoves xat elfoves clcopéacat. [Vers 396.1

Ils se jettent tous au cou d'Ulysse, et se mettent tous à pleurer; toute la maison en retentit, et Circé même en est émue de pitié. Alors elle dit à Ulysse d'aller à son vaisseau, de le tirer à terre, et de mettre leurs provisions et leurs armes dans quelque caverne, et puis de revenir chez elle avec tous ses compagnons. Ulysse lui obéit, et s’en va à son vaisseau, où il treuve tout son monde affligé, et: désespérant de le revoir. Il décrit la joie qu'ils eurent pour lors, et la compare à la joie que de jeunes veaux ont de revoir leurs mères, qui viennent de paître.

Cette comparaison est fort délicatement exprimée, car ces mots de veaux et de vaches ne sont point choquants dans le grec”, comme ils le sont en notre langue, qui ne veut presque rien souffrir, et qui ne souffriroit pas qu’on fit des éclogues de vachers, comme Théocrite, ni qu'on parlât du porcher d'Ulysse comme d’un personnage héroïque; mais ces délicatesses sont de véritables foiblesses :

‘Qc Ÿ Gray dypavkor répries ep Boës dyelalas 'EMoÿouc 2 x6mp0v, ërnv Boréyns xopédwvtou, Täsar &ua oualoovoiv évavtlar- odd' Ere onxot “Lspovs”, SAV dduvby uuxduever &uprbéouor Mntépas. [Vers 410-414.]

Ainsi les compagnons d'Ulysse l’embrassèrent en pleutant, et il leur sembloit qu’ils étoient de retour à Ithaque et dans leur logis. Ils lui demandent que sont devenus les autres, et il leur dit qu'ils les viennent voir eux-mêmes buvant et mangeant, après qu'ils auront tiré leur vaisseau à terre, Les autres lui obéissoient; mais Eurylochus les en détournoit à toute force. On voit par là que quand ces esprits médiocres ont

1. On peut rapprocher ce passagé dé ce que Racine bien plus tard, en 1693, écrivait à Boileau au sujet d’un endroit de Denys d'Halicarnasse, et de la Weuvième réflexion critique sur Longin.

une fois réussi en quelque chose, ils en deviennent fiers, et veulent qu'on croie tout ce qu'ils disent pour des oracles. Aussi Ulysse, tout en colère, le vouloit tuer, quoiqu'il fût son parent; mais les autres l’apaiserent, et le prièrent de le laisser là tout seul; mais il aima mieux suivre les autres, craignant la colère d'Ulysse”.

1. Les Remarques sur l'Odyssée, comme nous l'avons dit dans la Notice, ne vont pas, dans le manuscrit de Racine, au delà du livre X.

LoRSQUE nous avons donné dans le volume précédent, et au commencement de celui-ci, quelques courtes notes de Racine, connues sous le nom de Fragments historiques, ses traductions, même celles de sa première jeunesse, ses Remarques sur les Olympiques et sur l'Odyssée, nous n’avons fait que suivre 3 dans cette édition, l'exemple de nos devanciers, chez qui l’on n’avait pas, ce nous semble, désapprouvé le soin scrupuleux avec lequel ils avaient recueilli jusqu’aux moindres lignes d’une telle plume. Il fallait cependant ou ne pas les imiter, dans la crainte qu’ils n’eussent été plus complets que ne le demandait la curiosité du public, ou, pour être conséquent avec nous-même, ajouter quelque chose à leur .travail, en faisant connaître les annotations nombreuses dont Racine a chargé les marges de ses livres; car ce sont là des études analogues à celles que nous venons de rappeler, et intéressantes au même titre et au même degré. Si ce n’est qu’elles ont été écrites, à peu près toutes, non sur des cahiers à part, mais sur les livres mêmes, ces annotations diffèrent peu des Remarques manuscrites sur Homère et sur Pindare. Quant aux fragments de traduction de la Poétique d’Aristote, publiés déjà par Geoffroy et par Aimé- Martin , ils sont réellement, comme nous l’avons dit, des notes marginales. Au surplus, nous savions que M. Gail et M. Félix Ravaisson ayant chacun de leur côté, et en différents temps, publié des notes de Racine sur les tragiques grecs, un très-bon accueil avait été fait à ces publications ; et qu’on avait aussi jugé intéressant le travail, beaucoup plus étendu, mais malheureusement bien moins exact, de M. de la Rochefoucauld, dont les Études littéraires et morales ne sont pour la plupart qu’un recueil des annotations marginales de Racine, Nous avions donc quelque raison de croire que, dans une édition complète des OEuvres de Racine, bien des personnes eussent regretté de ne pas trouver ce qui avait paru ailleurs digne d’attention, et, jusqu'ici, n'avait été donné tantôt que très-partiellement, tantôt sans ordre, sans preuve d’autheuticité, sans indication des sources, et avec de très-graves altérations,

Ce que nous avons déjà eu l’occasion de dire des fortes études de Racine, et des habitudes laborieuses qu’il eut si jeune, devient plus incontestable et plus frappant encore lorsqu'on a passé en revue, comme nous mettons le lecteur à même de le faire, ceux des livres annotés par lui dont nous avons pu avoir connaissance, Indépendamment de cette valeur, comme renseignement biographique, les notes de Racine peuvent être lues avec plaisir et profit. Non-seulement elles nous donnent un exemple d’une excellente méthode de travail; mais s’il y en a bon nombre qui, prises isolément, sont nécessaire-

ment insignifiantes dans leur brièveté, il y en a beaucoup aussi de remarquables par la finesse, par la justesse des jugements, ou par le bonheur de l'expression. L >

Aux personnes qui ne trouveraient pas suffisamment justifiée par ces raisons la grande place donnée ici à de simples notes qui n’avaient pas été écrites pour être publiées, nous en soumettrons une autre qui ne nous semble pas sans force. Ces mêmes notes ayant déja été publiées dans un livre assez répandu, où elles sont reproduites inexactement, et présentées dans un ordre arbitraire qui en change le sens et la valeur, il importait de couper court à des erreurs sur des travaux, quels qu’ils soient, de Racine; et si elles devaient être rectifiées quelque part, c’est assurément dans une édition de ses œuvres qu’on s’est efforcé d'établir suivant les règles d’une sévère critique. Nous avons tout à l'heure nommé l’ouvrage de M. de la Rochefoucauld Liancourt, intitulé : Études littéraires et morales de Racine. Dans une note que l’on trouvera à la page 205 de notre tome V, nous avons dit que nous expliquerions ailleurs avec quelque détail les raisons que nous avions eues de ne pas faire usage des renseignements que nous offrait ce livre. Ces explications que nous avions promises ont ici leur place.

Dans la Seconde partie du livre de M. de la Rochefoucauld, qui porte le titre d’Études morales, on trouve, de la page 12 à la page 90‘, une suite de pensées détachées, dont chacune porte un numéro d’ordre; elles ont été partagées en dix sections, composées chacune de cent numéros. Le lecteur se trouve induit à croire que ces pensées, dont les unes sont exprimées en latin, les autres en français, avaient été écrites dans ce même ordre par Racine, soit dans des cahiers, soit sur des feuilles volantes que l'éditeur aurait eues sous les yeux. M. de la Rochefoucauld dit, à la page 3, qu’il a recueilli « sur les nombreuses feuilles volantes qui ont été employées par Racine à son instruction, les observations morales qu’il a faites, les sentiments de piété qu’il a émis. » Voici réellement ce qui en est, ce que nous a fait reconnaître un examen attentif de ces Études morales. Presque toutes les phrases détachées dont elles se composent ont été recueillies sur les marges des différents volumes annotés par Racine ; quelques-unes ont été tirées des feuillets manuscrits (Remarques sur Athalie, Extrait des omes difficultés, Extrait des Alnetanæ qguæstiones, ete.), dont nous nous sommes occupé dans notre tome V; il yena aussi qui ont été prises dans les Remarques manuscrites sur Pindare et sur Homère. Non-seulement M. de la Rochefoucauld ne dit point où il a trouvé ces fragments, mais il ne met pas même les uns à la suite des autres ceux qui appartiennent à un même volume annoté, ou à un même cahier manuscrit : il les donne péle-méle, le sacré à côté du profane, une note sur un prosateur latin à côté d’une note sur un poëte grec, un verset de la Bible, immédiatement après une pensée de Plutarque, une phrase extraite des écrits polémiques d’Arnauld , à la suite de l'explication d’un passage de Pindare. Au milieu de ces rapprochements bizarres, il s’en est, par un effet du hasard, rencontré quelques-uns d’assez piquants, où quelques personnes ont cru découvrir une intention remarquable de Racine. Aux notes de celui-ci, des phrases latines tirées des textes commentés par lui sont mélées par M. de la Rochefoucauld; et l’on ne

1. Nous citons d’après la seconde impression, Paris, imprimerie de Mme V® Dondey-Dupré, 1856.

sait pourquoi elles se trouvent là. D’autres phrases latines, que Racine a citées quelque part, sont accompagnées d’une traduction qu’il n’en a pas donnée; ou bien encore, pour faire mieux comprendre le sens d’une de ses notes, on y joint un commentaire, un développement qu’on lui attribue, et dont il n’est nullement l’auteur. Veut-on un exemple? Dans la section nr des Études morales, sous les numéros 57, 58 et 59, on lit : « La leçon de Chiron au jeune Achille est d’honorer les Dieux et son père, — N'est-ce point de même que dans la religion du Christ? — Deum cole, parentes honora. » Cela est tiré des notes marginales de Racine sur la vr° Pythique, qui sont données par nous ci-après. Racine, comme on le verra, a seulement écrit : « Leçon de Chiron au jeune Achille : Honora Deum et Parentes ; » et en tête de la page où est cette note : Deum cole, parentes honora. Il pensait évidemment à un rapprochement avec les livres saints; mais il l’a sous-entendu. ]1 serait facile de signaler, dans un bien grand nombre d’autres passages, de semblables additions, ou des retranchements, enfin des altérations de toutes sortes, soit qu’on ait prétendu éclaircir ce que Racine a écrit, soit qu’on ait cru utile de le rajeunir, soit qu’on ait, par distraction, laissé passer, dans la transcription, les plus singulières erreurs. Et lors même que tout eût été copié plus fidèlement, il aurait été impossible encore que toutes ces phrases, prises on ne sait où, et se suivant dans un ordre si arbitraire , Ou plutôt dans un tel désordre, ne donnassent pas une idée très-fausse de ces Études de Racine. Ainsi que veulent dire ces phrases italiennes, qui dans la section x sont rangées, les unes après les autres, sous les.numéros 24 et suivants jusqu’à 30? Pourrait-on y deviner une citation faite par Racine du livre de Balthasar Castiglione, à la marge du traité de Plutarque de Adulatore et Amico? C’est également dans les notes sur Plutarque que M, de la Rochefoucauld a rencontré cette phrase (numéros 6 et 7 de la section v) : « Les Romains parlcient du cœur, — et les Grecs des lèvres; » sur laquelle il dit dans une note : « On est étonné de trouver ce mot sous la plume de Racine, etc., » donnant par là un exemple des méprises auxquelles il exposait non-seulement ses lecteurs, mais lui-même tout le premier, au milieu de cet étrange farrago de fragments, dont il n’indique pas, dont il avait oublié l’origine, Un mot de Caton l’ancien , cité par Plutarque dans la Vie de ce vieux Romain, et dont Racine s’est borné à donner une traduction à la marge, devient une pensée qui lui est propre, dont il est responsable ; et que l’on regarde comme un inexplicable blasphème du poëte redevable aux Grecs de tant de belles inspirations.

A la suite des Études morales on trouve, dans la même Seconde partie, une Étude sur le commencement de l'histoire de France, et des Études sur Le règne de Louis XIV. Ceux qui auront la curiosité de comparer ces pages avec la partie correspondante des Fragments historiques dans notre tome V, compléteront l'idée qu’il faut se faire du parti que M, de la Rochefoucauld Liancourt a tiré des papiers de Racine. Dans les Études sur le règne de Louis XIF, nous avons remarqué, à la page 139, ce passage : « M, de Luxembourg étoit quelque chose de plus qu'humain, volant partout, et même s’opiniâtrant à continuer les attaques, ete, » Il se trouve mot à mot dans la lettre de Racine à Boilean en date du 6 août 1693. Et même ce n’est pas tout à fait le texte exact de la lettre autographe, mais celui que les éditeurs de Racine ont un peu arrangé. Comment s’est-il ainsi glissé parmi les notes manuscrites et inédites de Racine?

La conclusion à tirer de tout cela, c’est que M. de la Rochefoucauld avait en différents temps pris des notes, souvent peu exactes sans doute, sur les manuscrits de son auteur, sur les livres annotés par lui, et même sur ses œuvres imprimées, sans bien savoir ce qu’il en ferait ; qu'il y avait mêlé ça et là quelques réflexions ou explications qui n’appartiennent qu’à lui-même; et que beaucoup plus tard, sans pouvoir remettre de l’ordre dans ces notes éparses, et sans retrouver dans son souvenir d’où il avait tiré chacune d’elles, illes a rassemblées suivant un classement arbitraire, lorsqu'il a voulu les publier. Lui-même, dans sa parfaite sincérité, en faisait l’aveu. Nous avons sous les yeux une lettre qu’il écrivait à une personne fort instruite qui lui avait soumis quelques doutes et quelques objections. « Ma méthode, dit-il, n’était pas bonne. Je copiais et voilà tout. Je copiais le plus souvent des copies, et j’entassais tout pêle-méle dans des cahiers d’écolier. » Nous eussions voulu ne pas nous croire obligé de critiquer le travail entrepris, dans une excellente pensée, par un homme à qui beaucoup de respect est dû; mais il fallait bien dire pourquoi l’on trouvera si souvent le texte que nous donnons en désaccord avec celui de M. de la Rochefoucauld, et surtout pourquoi nous n’avons pu lui emprunter quelques parties de son travail dans lesquelles nous avons remarqué un petit nombre de notes qui ont échappé à nos recherches, et qu’il avait, à ce qu’il semble, recueillies dans des feuilles manuscrites ou sur les marges de livres que nous n’avons pas eus, comme lui, sous les yeux.

Nous n’avons parlé que de la Seconde partie du livre de M. de la Rochefoucauld, Dans la Première partie, intitulée : Études littéraires, se trouvent les Études de Racine sur l’Iliade, et les Études sur les Tragédies grecques. C’est un travail qui donnerait lieu à beaucoup moins de critiques. Les notes de Racine y ont été laissées à leur place, et, par conséquent, y sont bien plus faciles à comprendre; malheureusement elles n’ont pas beaucoup plus échappé, que celles de la Seconde partie, aux altérations, aux retouches.

En recueillant les notes marginales des livres de Racine, il ne nous a été ni possible de pousser le scrupule jusqu’à transcrire le moindre mot, ni facile de décider quels retranchements seraient sans inconvénient, Bien des personnes sont disposées à dire que, si l’on a pris sur soi de supprimer quelque chose, rien ne prouve que ce ne soit pas bien souvent ce qui, au jugement d’un autre, eût offert quelque intérêt. C’est une raison pour être circonspect, jusqu’à la timidité, dans les suppressions, mais non cependant pour aller chercher sur les marges des livres annotés un nom propre, traduit du texte, un petit mot servant à marquer seulement de quoi l’auteur parle, un intitulé de chapitre. On verra que nous avons été bien loin encore dans notre exactitude. Non-seulement nous avons conservé avec fidélité toutes les observations critiques de Racine, mais encore, dans tout ce qui n’est que traduction, paraphrase ou résumé du texte, les notes qui peuvent indiquer ce qui l’a particulièrement frappé dans ses lectures, celles où l’on peut chercher sa manière de s’exprimer en quelque temps de sa vie que ce soit, Parmi ses annotations, on en trouvera de fort curieuses, dont les unes attestent avec quel goût délicat, avec quelle vivacité il sentait les beautés des anciens, et les autres quelles pensées, quels sentiments, quels souvenirs d'événements, de personnages ou d’idées modernes, le préoccupaient au moment où il s’appliquait à ces études, Il en est cependant qui, nous. l'avons déjà dit, paraîtront, si l’on ne s'attache pas à l’ensemble du travail, très-peu significatives. Racine, la plupart du temps, ne songeait qu’à rendre

par ce travail les livres de sa bibliothèque commodes pour son propre usage, à fixer son attention sur ses lectures, à se préparer des répertoires utiles d'idées, de connaissances, et de lieux communs. La manière dont en général il annotait les volumes de ses auteurs ne lui était d’ailleurs pas particulière, Des hommes studieux ont souvent chargé les marges de leurs livres de notes manuscrites du même genre. Il y en a aussi d’imprimées, dont il avait pu rencontrer plus d’un exemple sur les marges de quelques ouvrages. Le Plutarque traduit par Amyot en a qu’il peut être intéressant de comparer à celles de Racine sur le même auteur. L'édition d’Homère donnée à Bâle en 1567 est enrichie d’un semblable travail, que le titre annonce : Homeri opera græcolatina,.… locis communibus ubique in margine notatis.

Nous faisons précéder les études de Racine sur chacun des livres annotés par de petites notices, pour lesquelles nous réservons ce qu’il y a particulièrement à en dire.

Si l'écriture de Racine, un peu différente en différents temps de sa vie, les changements dans son orthographe ; les progrès dans son jugement critique ou dans son style, avaient suffi pour nous faire reconnaître la date plus ou moins ancienne de ces études, nous les aurions classées suivant l’ordre des temps auxquels elles eussent paru se rapporter; mais les moyens d'arriver à ce discernement ne nous ont point paru assez sûrs: nous avons done adopté un autre ordre, dont on comprendra facilement les raisons, et qui a aussi son avantage.

La bibliothèque de Racine, qui était sans aucun doute très-nombreuse, s’est naturellement dispersée de bien des côtés. Beaucoup de ses livres annotés se trouvent à la Bibliothèque impériale et à la Bibliothèque de Toulouse; mais il y en a aussi dans plus d’une bibliothèque particulière. De quelques-uns de ceux-ci nous avons pu retrouver la trace, et ils nous ont été communiqués avec une obligeance dont nous sommes très-reconnaissant. D’autres nécessairement nous sont restés inconnus; ou, si nous savons qu’ils existent, nous ignorons quels en sont aujourd’hui les possesseurs; nous aurons ci-après à mentionner quelques-uns de ceux-là. Un travail tel que celui que nous avons entrepris est toujours condamné à être incomplet, Du reste, les notes que nous avons pu recueillir paraîtront bien suffisantes pour se former une juste idée de la direction que Racine donnait à ses études et à ses lectures.

Elles font connaître en même temps une partie de sa bibliothèque, sur laquelle il ne sera peut-être pas inopportun d’ajonter ici quelques autres renseignements, sans avoir la prétention de la reconstituer dans son ensemble, Outre les livres annotés par Racine, il s’est conservé un certain nombre de volumes qui portent seulement sa signature, Nous allons dire, autant que nous Vavons pu savoir, ceux qui sont signalés dans divers catalogues ; nous supprimerons seulement ici, pour éviter les répétitions, la mention de ceux dont nous avons recueilli les notes manuscrites, et de ceux dont nous parlons dans les notices particulières sur ces volumes annotés, C’est là qu’on pourra chercher quels exemplaires, à notre connaissance, Racine a possédés de la Bible, d’Homère, de Pindare, des tragiques grecs, de Platon, d’Aristote, de Plutarque, de Lucien, d’Horace, de Cicéron, de Tite-Live, de Tacite, de Quintilien, des deux Plines, de Quinte-Curce, de l'historien moderne Jean de la Barde. | -

Le Quérard, Archives d'histoire littéraire, etc., deuxième année, Paris,

1856 (p. 394-396), a donné, sous le titre de Bibliothèque de Racine, la liste suivante de ses livres :

Aristophane, à la Bibliothèque impériale !.

Idem. Paris, 1540, in-folio, porté au Catalogue de la Bibliothèque d'un amateur (M. Renouard), 1819, tome II, p. 213. (Cet exemplaire a des notes sur trois comédies ?.)

Idem. Leyde, 1625, in-12. Catalogue Sensier, n° 613. Exemplaire, avec la signature de Racine, et quelques notes grecques qui lui sont attribuées.

Bixi (Jacques de Bie) Numismata imperatorum Romanorum. Anvers, 1617, in-folio (avec signature). Catalogue G. Duplessis, n° 1341.

Bossuet. Discours sur l’histoire universelle. Paris, 1681, in-4° (avec notes marginales). Catalogue J. L. D. (Merlin, 1834), n° 1952.

Callimachus. Anvers, Plantin, 1584, in-16 (avec signature). Catalogue Lefèvre d’Allerange, n° 516.

Charron. La Sagesse. Elzevir, 1662 (avec signature). Catalogue Renouard, 1829, n° 1395.

Claudianus. Klzevir, 1650 (avec signature). Catalogue Guillaume de Besancon, n° 274.

Demosthenes, græce. Paris, 1570, in-folio (avec notes nombreuses), Catalogue Aimé-Martin, n° 3233,

Excerpta ex tragædiis et comœdiis græcis, emendata et latinis versibus reddita ab H. Grotio, 1626, in-4° (avec signature et notes sur plusieurs feuillets). Catalogue d’un amateur (Renouard), tome II, p. 195.

Hesiodus, Leyde, 1650 (avec signature et notes). Il a été vendu à Londres, dans une des ventes que M. Renouard y fit faire,

Josèphe. Histoire des Juifs, traduite par Arnauld d’Andilly, 1656. Exemplaire dontle tome IT porte la signaturede Racine, Catalogue Montaran, n° 18.

1. Le Quérard, qui d’ordinaire désigne les éditions, ne donne ici aucune indication; or nous avons en vain cherché à la Bibliothèque impériale un Aristophane portant la signature de Racine. Nous y avons trouvé divers exemplaires du comique grec chargés de notes manuserites. Il y en a un sur les marges duquel on trouve beaucoup de ces notes écrites en grec, et qui sont de différentes mains, Un petit nombre d’entre elles, une par exemple qui est à la première page, nous a rappelé l’écriture grecque de Racine, mais non avec certitude, Cet exemplaire a pour titre : Aristophanis facetissimi Comædiæ undecim. Ex officina Plantiniana, apud Christophorum Raphelengium, Academiæ Lugduno-Batav. typographum. M.DC.

2. Il est ainsi désigné dans ce Catalogue : « Aristophanis facetissimi Comœdiæ undecim, græce, Parisüs, Wechel, 1540, in-4°, v. f. ancien. Avec notes de la main de Jean Racine sur toutes les marges de Plutus, sur la plus grande partie de la pièce des Vuées, et sur dix feuillets de Zcclesiazusæ, » — Dans le Catalogue Renouard (2° édition, Paris, L. Potier, etc., 1854, n° 1048), le nom du libraire, #echel, est suivi des dates 1537-1540, et la description se termine par ces mots : « Avec la signature de J. Racine sur le titre, et de nombreuses notes de sa main. Elles sont de la belle écriture du temps de sa jeunesse. »

3. Au numéro indiqué ici, le catalogue de la bibliothèque de M. Aimé- Martin (Paris, chez Techener, 1847) décrit en effet ce volume. On y lit: « Il (Racine) paraïtrait, d’après une note de quatre pages, qui se trouve à la page 37, donner des instructions pour une édition de Démosthène. »

Martial, 1644, iu-12 (avec signature). Catalogue Debure, 1853, n° 537,

Morus, l’Utopie, traduite par Sorbière, 1643 (avec signature). Même catalogue, n° 537.

Divi Paulini opera. Anvers, Plantin, 1622, in-8° (avec signature). Catalogue van Hulthem, n° 992.

Regnier. Elzevir, 1642 (avec signature et notes). Catalogue Aimé-Martin, n° 4341.

Sallustius, 1665, in-24 (avec signature). Vente J. L. D.

Scholæ Sulernitanæ de conservanda valetudine opusculum,. Paris, 1555, in-16 (avec signature et quelques notes). Catalogue Parison, n° 495.

Sainte Thérèse. Traité du chemin de la perfection, traduit par Arnauld d’Andilly. Paris, 1659, in-8° (avec signature). Catalogue Feyrrat, 1844, n° 67.

Xenophontis opera, Paris, 1625, in-folio (avec signature). Catalogue de M. Tross, 1852.

A ces indications, tirées du Quérard, nous pouvons en joindre quelques autres.

Nous trouvons dans le Catalogue Villenave, Paris, chez Charavay, 1850, sous le numéro 940 : Nouvelle méthode pour apprendre facilement et en peu de temps la langue espagnole. 1 vol. in-18, relié en veau (avec signature de Racine sur le titre).

Dans un autre Catalogue de la bibliothèque de M. Villenave, Paris, Chimot, 1848, sous le numéro 548 : OEuvres de Scarron, suivant la copie imprimée à Paris, Elzevir, à la Sphère, 1668, petit in-12, 2 part., relié en veau brun (avec signature de Racine sur le titre).

La Vie de Salomon, par l'abbé de Choisy, Paris, 1687, in-8°, avec des notes manuscrites de Racine, a été achetée en 1855 par M. Chauveau fils, qui ignore dans quelles mains cet exemplaire se trouve aujourd’hui, après plusieurs ventes successives. Nous tenons de M. Chauveau que les notes de ce volume ont quelque étendue, M. Édouard Fournier (Notes de Racine & Uzès, p. 103) en signale plusieurs, celles des pages 5, 7, 8, 15, 17 et 28, comme étant d’un caractère assez différent de celui qw’on pourrait supposer à la date où elles ont été écrites, et où Racine était dans de grands sentiments de piété ; mais comme il n’en cite pas le texte, il ne met pas ses lecteurs à même d’en juger.

Nous avons sous les yeux une MVotice de livres contenant des notes manuscrites de Jean Racine et de ses deux fils, Jean-Baptiste et Louis Racine. Elle x été extraite du Bulletin universel des sciences et de l’industrie, vu section, 2° cahier, 1825, art, 229. Les ouvrages qui y sont mentionnés avaient passé par héritage entre les mains de Mile des Radrets, petite-fille de Louis Racine. Voici quels sont ceux qui, d’après cette Motice, avaient appartenu à Jean Racine :

C. Sallustius Crispus cum veterum historicorum fragmentis, editio novissima, Amstelodami..…, 1669 ?, avec le nom de Racine, et des notes marginales, les unes du grand poëte, les autres de son fils ainé.

1. Le Catalogue Aimé-Martin, qui décrit en effet, sous le numéro 434, cet exemplaire de Regnier (petitin-12, v. f.), ne parle point de notes de Racine, mois seulement de « plusieurs corrections de sa main. »

2. Dans le Catalogue de M. L, D. (Merlin, 1834), ilest dit que ce mème

Collecta divi Gregorii Nazianzeni plurima poemata, in latinum conversa, etc. Parisüs, apud J. B. Brocas, 1718. Jean Racine a écrit des notes marginales sur le texte, des remarques grammaticales à la fin de l'ouvrage, et sur les feuilles blanches qui précèdent le titre, une Liste des bons dictionnaires, pour bien apprécier la langue grecque.

Discours sur l’histoire universelle, par Bossuet, Paris, Seb. Mabre Cramoisy , 1681, in-8°, avec des notes marginales de Jean Racine et de Mlle des Radrets!.

Dans les Archives historiques et statistiques du département du Rhône (tome VII, Lyon et Paris, 1827), une lettre signée Parelle fait connaître (p. 32 et 33), comme étant alors en la possession du signataire, les livres suivants :

Le Sulpice Sévère de Racine, 1574, in-12. « Les deux livres d’histoire (de l'Histoire sacrée), dit M. Parelle, sont annotés en latin, depuis la première jusqu’à la dernière page. L’historien y est souvent rectifié, et l’autorité de Jansénius fréquemment invoquée, » ;

Une des éditions originales de Boileau, Paris, 1674, in-4° : volume « ayant appartenu à Racine, qui a transcrit, en marge des satires, les passages d’Horace, de Perse et de Juvénal, imités par Boileau. »

Un Abrègé de la Grammaire grecque de Port-Royal, Paris, 1655, in-8° : « au commencement et à la fin duquel se trouve un supplément relatif à la syntaxe et à la ponctuation, formant cinquante pages environ, écrites entièrement de la main de Racine. »

Les Sentences de P. Syrus, grecques-latines, Paris, 1612, in-8°, avec deux lignes seulement de Racine à la page 4,

M. Feuillet de Conches, dans ses Causeries d'un curieux, parle de plusieurs volumes annotés par Racine, entre autres (à la page 518 de son tome INT) d’un Platon, qui est vraisemblablemènt celui que l’on conserve à la Bibliothèque impériale, et dont on trouvera les notes ci-après. Parmi les livres qu’il nomme, il y en a que lui seul nous a fait connaître, « J'ai vu, dit-il (à la page 519 du même tome), deux volumes des Essais de Nicole et un d’ Antoine Arnauld (M. Feuillet de Conches ne désigne pas autrement ce dernier ouvrage), chargés, aux marges, de notes du grand Racine. Ces notes, fort nombreuses et d’une écriture très-menue, m’ont semblé avoir été rédigées pour Péducation de ses filles, car leur nom y était glissé, J'ai eu également sous les yeux un certain nombre d’autres livres..., annotés de sa main, Un Dexter? était noirei de ses notes critiques, à côté d’un Davila commenté de sa plume.

exemplaire (1 vol, in-24, veau brun) est de 1665. Il y a probablement une erreur dans Pun et dans l’autre catalogue. Cette édition est de 1667, d’après la Liste chronologique des éditions de Salluste que Dotteville a donnée en 1763, à la fin de sa traduction de cet historien,

1. C’est probablement le même exemplaire, mentionné dans le Quérard: voyez ci-dessus, p. 172.

2. La Chronique de Dexter, imprimée plusieurs fois au commencement du dix-septième siècle, est regardée comme apocryphe.

3. Son Histoire (Storia delle guerre civili di Francia) fut publiée pour la première fois à Venise, en 1630, in-4°. Au temps de Racine, les éditions de ce livre étaient déjà très-nombreuses,

NOTICE. 17h

Il y avait aussi des feuillets d'extraits grecs des Pères sacrés, surtout de saint Chrysostome et de saint Basile 1, »

La Bibliothèque de Toulouse possède une trentaine de volumes qui portent la signature de Racine, et que le Franc de Pompignan avait achetés après la mort du second fils du grand poëte. La ville de Toulouse en fit elle-même Vacquisition en 1787, trois ans après la mort de le Franc de Pompignan. M. Pont, aujourd’hui bibliothécaire à Toulouse, nous en a communiqué la liste avec une extrême obligeance. Nous allons transcrire, d’après lui, cette liste, après en avoir retranché, comme nous l'avons fait pour les catalogues déjà cités, les ouvrages qui seront mentionnés dans les notices particulières sur les livres annotés.

Huberti Goltzii Numismata. Bruges, 1573-1596, 4 vol. in-folio,

Œuvres de Clement Marot. Lyon, Guillaume Roville, 1567, in-16.

Epigrammatum græcorum libri septem (avec les notes de Jean Brodeau). Francfort, 1600, in-folio.

Stephanus Byzantii, de Urbibus et Populis (gr.-lat.). Amsterdam, 1678, in-folio.

Apollonii Rhodii Argonauticon, libri IF (gr.-lat.). Leyde, Elzevir, 1641, 2 vol, in-8°.

Gisberti Cuperi Apotheosis vel Consecratio Homeri. Amsterdam, 1683, in-4°.

Polybii, Diodori Siculi, Nicolai Damasceni, etc. Excerpta (gr.-lat.). Paris, 1634, in-4°,

Ludovici Nonnii Commentarius in Huberti Goltzii Græciam, insulas, etc. Anvers, 1620, in-4°.

Hesiodi quæ exstant (gr.). Ex officina Plantiniana Raphelengi; 1605, in-4°.

Herodiani Historiarum libri VIII (gr.-lat.). Henri Estienne, 1581, in-4°.

J. Crispini Lexicon græco-latinum. Vignon, 1595, 2 vol. in-4°.

Theocriti, Moschi, Bionis, Simmii quæ exstant (gv.-lat.). Ex bibliopolio Commeliniano, 1604, in-4°.

Les volumes annotés par Racine qui sont mentionnés dans la Copie exacte de l’état des livres que Monsieur Racine (Louis) a remis à la Bibliothèque du Roi, forment la plus grande partie de ceux dont nous donnons ci-après es notes, Nous les avons tous trouvés à la Bibliothèque impériale, à l'exception d’un qui a échappé à nos recherches; c’est celui qui a pour titre : Veterum Comicorum sententiæ, « avec plusieurs de ses notes à la marge, » dit la Copie exacte.

À la même Bibliothèque impériale, il y a un Pétrone dont nous devons parler, quoiqw’il n’y ait point de preuves suffisantes qu’il ait, comme on le croit, appartenu à Racine. Cet exemplaire a pour titre : Tüti Petronii Arbitri.….. Satyricon. Parisis, apud Claudium Audinet.….. M.DC.LXXVIT, I vol. in-12, Sur. le feuillet de garde, on lit cette note de M. Capperonnier, qui était, au siècle dernier, bibliothécaire à la Bibliothèque du Roi : « Cet exemplaire de Pétrone est infiniment précieux. Les notes marginales sont du grand Racine, et ont été écrites sous sa dictée par un de ses fils, qui a signé au bas du titre, »

4. De ces Extraits nous n’avons trouvé à la Bibliothèque impériale que les derniers, si ce sont bien les mêmes qu’a vus M. Feuillet de Conches.

Nous avons lu ces notes marginales, qui sont de l'écriture si correcte et si élégante du fils aîné de Racine. Elles sont très-abondantes, très-érudites, plus érudites que ne l’étaient généralement celles de Racine, Quoique l’annotateur n'ait évidemment étudié le livre licencieux de Pétrone qu’avec les plus doctes préoccupations, cependant il a çà et là expliqué quelques passages des plus scabreux avec une singulière crudité d’expression, dont on ne trouverait d’exemple dans aucun des écrits de son père, de quelque date qu’ils soient. Comment pourrait-on se représenter Racine, dans les dernières années de sa vie, non-seulement sortant ainsi de ses habitudes de langage et écrivant de telles énormités, mais les dictant à son fils, à un fils qui, lorsqu'il perdit son père, n'avait pas vingt et un ans? M. Capperonnier aura donc été abusé par quelque tradition, dont on peut s’étonner qu’il n'ait pas reconnu la fausseté. Jean-Baptiste Racine avait-il tronvé ce Pétrone dans la bibliothèque de son père? Il se peut, mais rien ne l’atteste,

Un bibliophile distingué de la ville de Toulouse, M. le docteur Desbarreaux-Bernard, possède deux ouvrages qui ont appartenu à Racine, un Pline, dont nous parlerons en son lieu, et un exemplaire de l'édition des Poetæ græci gnomici, donnée en 1569 par Crespin (Crispinus), 1 vol. petit in-12, qui porte la signature de Racine. La reliure est en vélin, avec tranches dorées.

M. Saint-Marc Girardin, dans une note de son édition des OEuvres de Racine, tome I, p.215, nous apprend qu’il a vu « à Hyères, dans la bibliothèque de M. Denys, ancien député, un Pétrarque, où Racine avait noté et traduit quelques expressions. »

Une vente toute récente (1°* mars 1869 et jours suivants) nous a fait connaître un volume annoté par Racine, qui est ainsi décrit sous le n° 5405, dans le Catalogue des livres rares composant la bibliothèque de M. Victor Luzarche’(Paris, A. Claudin, 1869) : « Relation des troubles arrivez dans la cour de Portugal en l’année 1667 et en l’année 1668 (par Blouin de la Piquetierre), Paris, 1674, in-12, veau fauve, Exemplaire ayant fait partie de la bibliothèque de Jean Racine, avec sa signature et notes autographes. » Le catalogue cite cette note, qui est au bas de la page 169 : « La Reine, en ce temps-là, manda à Mme la duchesse de Vendôme qu’elle se croyoit grosse. Celle-ci envoya la lettre au marquis de Saint-Maurice, afin qu’il mandât la nouvelle en Portugal. » On trouve une note presque semblable dans les Fragments historiques de Racine : voyez notre tome V, p. 163.

Ox ne peut douter que, parmi les études auxquelles s’est appliqué Racine, et dont nous cherchons ici les traces dans les volumes qui lui ont appartenu, celle de FÉcriture sainte n’ait, à différentes époques, tenu une des premières places. Il y fut certainement initié dès le temps de son éducation à Port-Royal. Elle devint pour lui un indispensable devoir à Uzès, lorsque, se préparant à Pétat ecclésiastique, il mélait des travaux théologiques à des occupations littéraires, dont quelques-unes étaient d’un caractère bien différent. Beaucoup plus tard, au temps où il composa Esther, Athalie et les Cantiques sacrés, le soin extrême avec lequel il étudiait la Bible nous est ‘attesté par ces belles œuvres poétiques; et toutefois c'était alors comme chrétien, plus encore que comme poëte, qu’il sentait le besoin de puiser sans cesse à cette source sacrée, Dans le manuscrit de ses Remarques sur Athalie (voyez notre tome V, p. 205 et Suivantes), nous avons vu que les commentateurs de la Bible lui étaient familiers; on reconnaît aisément, lorsqu'il y cite Lightfoot et le Synopsis, qu’il’ ma pas ouvert ces gros livres seulement pour le besoin du moment et pour y trouver quelques remarques d’une importance très-secondaire, mais qu'il était de longue main versé dans ces savants écrits, Nous avons pu offrir d’autres exemples des mêmes études dans les Réflexions pieuses sur quelques passages de V'Écriture sainte , qui ont été recueillies par Louis Racine, et dans les extraits des livres saints rassemblés sous le titre de Port-Royal et Filles de l'Enfance (voyez le même tome V, p. 201 et suivantes, et P. 212 et suivantes).

Mais ces différentes notes, écrites sur des feuillets volants, ne sont-elles pas une faible partie seulement de celles que Racine avait recueillies sur la Bible, et qu’il avait très-probablement écrites sur les marges de plus d’un exemplaire des livres sacrés, ayant toujours eu l’habitude de ces annotations marginales ? Nos recherches de ce côté n’ont pas été aussi fructueuses qu’il nous semblait permis de l’espérer : ce qu’on peut attribuer à la difficulté de retrouver les volumes d’une bibliothèque dispersée. Quoi qu’il en soit, il est naturel de supposer que la bibliothèque de Racine était très-riche en éditions diverses des livres saints et des commentaires dont ils ont été l’objet. En voici quelquesunes que nous savons lui avoir appartenu.

Dans la MWotice de livres contenant des notes manuscrites de Jean Racine et de ses deux Jils, Jean-Baptiste et Louis Racine |, on mentionne un Nouveau Testament en grec (Novum Testamentum ex Bibliotheca regia. Lutetiz, ex officina Rob. Stephani, typis regis, 1549, maroquin noir, filets, doré sur

Voyez ci-dessus, p. 173,

J, Raorne. vi 12

tranche), et un Livre des Psaumes, également en en LL. dr 5 phetæ Psalmorum liber. Ad exemplar Complutense, ag ù Den £ ‘a Antverpiæ, ex officinis Christ. Plantini, 1584), ces deux livres portant e nom de Racine. C’est probablement le même exemplaire du Psautier d Auvers (1584), avec la signature, qui est placé dans la Bibliothèque de Jean es : par les auteurs du recueil que nous avons déjà cité sous le nom du Quérar . Ce même Quérard nomme aussi, parmi les livres ayant appartenu à ag = un autre Psautier (Psalterium Davidis, Paris, 1546), avec signature, d’après le Catalogue Nodier (1829); un Testamentum Novum in-16 (Paris, Robert Estienne, 1549), également avec signature, d’après le Catalogue sai ht (1850); enfin, d’après le Catalogue Séguier de Saint-Brisson, n° 706, 1 ouvrage de Van der Driésche, qui a pour titre : I. Drusii Observationum libri XII. Antverpiæ, M.D.LXXXIV (in-8°). Ces observations très-savantes du célèbre hébraïsant sont, quoique toutes grammaticales, d’un très-grand seccurs pour l'intelligence des livres sacrés. L’exemplaire, qui porte la signature de Racine, est aux armes de de Thou. Le Catalogue des livres rares et curieux composant la bibliothèque de M. J. d'O*** (Joseph d’Ortigue), Paris, L. Potier, 1862, fait mention, à la page 1, d’une Histoire critique du Vieux Testament, par le R. P. Richard Simon, prestre de la Congregation de POratoire, 1680, in-4°, qui porte sur le titre la signature de Jean Racine. C'était un livre que sans doute Racine, à l’âge où il put le lire, ne consultait qu’avec défiance, car il avait été jugé dangereux et supprimé. L'auteur était d’ailleurs ennemi des théologiens de Port-Royal et imbu de principes tout contraires aux leurs, On ne signale aucune note manuscrite de notre poëte sur les marges de ce volume, non plus que sur celles des précédents.

Racine nous apprend lui-même (voyez sa lettre à Jean-Baptiste Racine en date du 24 septembre 1694) qu’il, avait « les Psaumes latins de Vatable, à deux colonnes et avec des notes, in-8°, »

La Bibliothèque de Toulouse possède, parmi les livres ayant appartenu à Racine, un Vouveuu Testament en grec, de Robert Estienne, d’une édition différente de celle dont nous avons parlé plus haut. Il est divisé en deux parties, reliées dans le même volume in-8°. La première partie contient les Évangélistes; elle porte sur le titre la date de 1569 (Lutetiæ, ex officina Roberti Stephani, typographi resii, typis regis. M.D.LXIX). La seconde partie a la date de 1568. L’exemplaire dont nous parlons, et qui a fait partie de la bibliothèque de Racine, dont la signature est sur le feuillet de titre, est en maroquin rouge, avec filets dorés sur les plats, et tranche dorée.

La même Bibliothèque conserve aussi le Nouveau Testament de Mons (Gaspar Migeot, 1667, 2 vol. in-8°), qui a appartenu à Racine, et porte sa signature sur le feuillet de titre du I** volume. Cet exemplaire est relié en maroquin rouge, tranche dorée.

Un exemplaire très-précieux de la Bible latine publiée, en 1651 et 1652, à Paris, chez Antoine Vitré (Biblia sacra vulgatæ editionis, 8 tomes in-12), se trouve à la Bibliothèque impériale, Il a été divisé par le relieur en dixsept volumes, dont un, le IIIe, manque aujourd’hui. Sur le feuillet de garde du I** volume, Louis Racine a écrit cette note : « Cette Bible qui appartenoit à mon père, avoit appartenu à M. le Maître, et les volumes suivants sont chargés de notes de sa main, » En effet, à l'exception du 1°" volume, dont la reliure n’est pas semblable à celle des autres, et qui tient évidemment la

place d’un volume perdu, tous ceux dont se compose maintenant cet exem= plaire incomplet portent des notes de le Maistre, les unes en latin ou en grec, les autres en français : toutes les marges en sont couvertes, ainsi que les feuillets blancs intercalés. C’est une annotation très-savante, où les Pères, saint Augustin surtout, sont sans cesse cités, et où les réflexions édifiantes tiennent une grande place, Nous y avons fréquemment remarqué ces Vota (ou souvent, par abréviation, N.) qui servaient à Racine aussi dans tous les livres qu’il a annotés, pour fixer le souvenir des passages qu’il jugeait les plus importants. Il n’est pas sans intérêt de trouver quelque ressemblance entre la manière de travailler qui était familière à Racine et celle qu’il avait pu observer chez un des plus illustres instituteurs de sa jeunesse,

On pouvait espérer qu’en examinant attentivement tous les volumes de cette Bible de Vitré, on y trouverait aussi des notes de Racine, quoique son fils, Louis Racine, n’en eût point parlé. Nous avons cru un moment reconnaître Pécriture de Jean Racine à côté de celle de le Maistre, sur les marges de deux volumes, l’un de l’Ancien, l’autre du Nouveau T. estarnent; mais nous n’avons pas tardé à voir que nous nous trompions. Les notes manuscrites que nous avions crues de sa main, et qui se rapportent aux douze premiers chapitres du livre I des Rois, et aux cinq premiers chapitres de l'Évangile de saint Matthieu, sont de la main de J ean-Baptiste Racine. Lorsqu'on n’est pas assez sur ses gardes, l'écriture du fils aîné, très-soignée, fine et élégante, peut être confondue avec celle du père, telle surtout qu’elle fut au iemps de sa jeunesse, En outre, ce qui rendait l’erreur plus facile, Jean-Baptiste, quelques changements qu’eût déjà subis l’orthographe, nous a paru ne pas les avoir adoptés : il restait fidèle à celle que l’on trouve dans les plus anciens écrits de son père. Enfin, pour certaines particularités, son annotation rappelle beaucoup celle dont notre poëte avait l’habitude : il s’était évidemment formé sur ce modèle, Cependant il faut dire qu’en général les notes de Jean-Baptiste Racine sur la Bible ont un caractère plus marqué d’érudition, qu’on retrouve d’ailleurs dans les autres notes qui nous restent de lui, par exemple dans celles du Pétrone dont nous avons parlé ci-dessus, aux pages 175 et 176. Ce qui nous a d’abord mis en défiance contre notre première erreur, c’est que l’annotateur, citant assez fréquemment Le texte hébreu, se sert, pour en transcrire des mots, de caractères hébraïques, qu’il trace d’une main sûre et exercée. On a, nous l’avons dit ailleurs !, des notes de Jean-Baptiste sur la grammaire hébraïque : il était donc hébraïsant, Si son père se fût livré à la même étude, nous en aurions trouvé des traces quelque part. Du reste, une fois notre attention éveillée sur la nécessité de nous mieux rendre compte des caractères distinctifs des deux écritures, nous l'avons fait de manière, non-seulement à ne conserver aucun doute sur l’auteur des notes mélées à celles de le Maistre, mais aussi à ne plus être exposé à quelque autre méprise de ce genre.

La Bibliothèque impériale possède un autre volume de la Bible de Vitré, aÿant également appartenu à Racine, et qui, à la difference de ceux dont nous venons de parler, a des notes manuscrites dans lesquelles son écriture se res connaît sans le moindre doute. Ce volume ne fait point partie de l’exemplaire de le Maistre, Il n’a aucune note de la main de celui-ci, et est relié en par

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