Vers
2. Racine renvoie à-la page ba de son manuscrit (page 98 de ce
volume), où il a cité les vers 221-223 du livre X de l'Odyssée, et les vers 12-14 du livre VII de l’Énéide, sur Circé.
furent entrés, elle les fit asseoir sur de beaux siéges, et leur fit un mélange de fromage, de farine, de miel frais et de vin, et mêla dans le pain des venins malfaisants, afin qu'ils oubliassent leur pays. Homère, ce semble, ne fait pas mettre le poison de Circé dans les breuvages, mais dans le pain, dvéutoye dù oirw Papuaxx Ayp’!. Ovide, au contraire, qui, au reste, à suivi Homère mot à mot, lui fait mettre ce suc empoisonné dans le breuvage, au [livre] 14. Métam.?. Homère nomme ici le vin Pramnien, qui étoit encore fameux du temps de Pline, et qui naissoit à l’entour de Smyrne, dans l'Asie. Après donc qu’elle leur eut donné à boire, elle“ les frappa d’une baguette, et les renferma dans un toit à cochon; et ils prirent tous la figure de cochon, la tête, la voix, le corps et le poil. Néanmoins leur esprit étoit toujours ferme et entier comme auparavant :
Arèo voës Av Euxedoc, ds td népos mep. [Vers 240.]
Ceux qui se sont mêlés d'expliquer les fables ont dit que cette métamorphose des compagnons d'Ulysse en cochons signifioit que ces gens-là, s'étant abandonnés au vin et à la bonne chère, étoient devenus comme des cochons. Cependant cela ne revient pas bien au sens d'Homère, qui dit que leur esprit étoit aussi entier qu'auparavant; car il est bien certain que l’ivrognerie et la crapule gâtent l'esprit tout le premier; et on peut dire des gens qui y sont adonnés que ce sont des cochons sous la figure humaine, au lieu que ceux-ci étoient des hommes sous la figure de cochons. Néanmoins tout le monde l’entend en ce sens-là; et Horace, parlant d'Ulysse :
Sirenum voces et Circes pocula nosti, Quæ si cum sociis stultus cupidusque bibisset, Sub domina meretrice fuisset turpis et excors,
Vixisset canis immundus, vel amica luto sus Ÿ.
. Vers 235 et 236:
. Vers 273-276.
. Voyez Pline, livre XIV, chapitre 1v (ou vi). Il, dans le manuscrit.
Épitre x du livre I, vers 23-26.
CE OO DR b#t
Elle leur donne donc des glands à manger, et autres telles viandes propres aux cochons :
Ofa oùes papateuvédes alèv Edovauv. [Vers 243.]
Eurylochus, qui avoit été sage, s’en vint droit à Ulysse, pour lui apporter cette nouvelle; mais il ne pouvoit parler, de tristesse :
Kie dyei meydAw BeboAnuévos: èv dE of dose Acxpubow rlurlavto, y6ov à &iero Ouuoc. [Vers 247 et 248.]
Il lui conte donc comme ses compagnons sont tous entrés, et qu'il n’en est pas sorti un seul. Ulysse prend son épée, et dit à Eurylochus de le conduire. Eurylochus se jette à ses pieds, et le prie de n’y point aller, parce qu'il n’en reviendra point. Ulysse lui dit qu’il demeure donc à boire et à manger; mais que, pour lui, il est obligé d'y aller :
Kpateph dé por Exker” évéyan. [Vers 273.]|
Assez près de la maison de Circé, il rencontre Mercure à la verge d'or, xovcopparist, ressemblant à un jeune homme à qui le poil ne fait que de naître :
Toùrep xapreotétrn 6n. [Vers 279.]
Mercure l’arrête, et lui apprend l'état de ses compagnons; et afin qu'il n y tombe pas, il lui donne un remède puissant pour rendre inutiles les breuvages de Circé. C’est une herbe que Mercure arrache de la terre et en montre la nature à Ulysse :
Pln pèv pékav Écxe, yékaxte dE elxekov dv0os, [Vers 304.]
Les Dieux, dit-il, l’appellent moy; il est difficile à déraciner ? aux hommes, mais tout est possible aux Dieux. Pline, au livre 25., c. 4, l'appelle Zaudatissimam herbarum. W dit qu'elle croissoit vers la montagne de Cyllène, en Arcadie, radice rotunda nigraque magnitudine cæpæ, folio scillæ ;
ï, Vers 277.
: Fo me 24 & à 2, Racine a écrit déraciner en interligne, au-dessus de treuver, qu’il avait d’abord mis.
SUR L’ODYSSÉE D'HOMÈRE. ét
effodi autem difficulter. Les Grecs dépeignent sa fleur noire, quoique Homère la décrive blanche. Quelques médecins croient qu'il en vient aussi dans la Campanie ; et Pline dit qu'on lui en avoit apporté? une sèche, qu'on avoit treuvée dans la Campanie, et que sa racine étoit de trente pieds de long. Il dit en un autre endroit* qu'elle est excellente contre la magie. Mercure la donne donc à Ulysse, et lui dit que quand, après avoir mangé, Circé lui donnera un coup de sa baguette, il tire son épée comme pour la tuer : Et alors, dit-il, elle aura peur, et vous invitera à coucher avec elle. Cela montre que pour surmonter la volupté il faut du courage et de la tempérance; car Socrate entend cette vertu par l'herbe moly#. Mercure dit à Ulysse qu’il ne refuse point de coucher avec elle, afin d'obtenir la délivrance de ses compagnons; mais qu’il la fasse jurer auparavant le grand serment des Dieux, qu’elle ne lui fera point de mal ni d’affront :
MÂ ©” droyupvwbévra xaxby zal dvhvopa 0eln. [Vers 3o1.]
Mercure s'envole, et Ulysse poursuit son chemin, roulant bien des choses dans son esprit :
. HoX dE pot xpaèln réppupe xévre. [Vers 309.]