‹ Œuvres de J. RacineChapitre 258 sur 390 · LETTRES. 433 19. — DE RACINE A MARIE RACINE · texte numérisé non relu

LETTRES. 433 19. — DE RACINE A MARIE RACINE

A Usez, le 3°" janvier 1662,

Ma TRÈS-CHÈRE SOEUR,

Je reçus hier votre lettre avec beaucoup de joie: mais j'en aurois encore davantage, si vous m'écriviez un peu plus souvent. Vous n'avez qu'à donner librement vos lettres à mon oncle Sconin ‘, comme je vous l'ai déjà mandé. Il prend la peine de m'écrire presque tous les quinze jours, et il prendra bien celle d'envoyer votre lettre avec les siennes. Mandez-moi tout ce qui se passe à la Ferté, comme vous avez commencé, mais faites-le un peu plus au long que vous n’avez fait. Quand on écrit de si loin, il ne faut pas écrire pour une page. J'ai vu que vous m'écriviez de si belles lettres quand j'étois à Paris : il ne se passoit rien à la Ferté que je ne susse par votre moyen. Assurez-vous que je ne saurois avoir plus de plaisir que lorsque vous vous donnerez cette peine pour moi. En récompense, lorsque je treuverai l'occasion de vous envoyer quelque chose de ce pays, je ne la laisserai pas passer. Mais il faut un peu attendre. Je ne fais encore qu'arriver, et je n’ai pas eu le loisir de reconnoître ce qu’il y a de beau. Ma mère m'écrivit, il y a huit jours; elle avoit en effet encore de la fièvre comme vous me mandez, mais elle espéroit d'en être bientôt dehors. Je reçois assez souvent des nouvelles de Paris; il n’y a que vous qui êtes une paresseuse. Vous direz peut-être que vous avez encore la fièvre; mais vous avez bien vu que quand je l’avois encore, je ne laissois pas de vous écrire. Après tout, je suis bien marri que vous l’ayez, et que vous la gardiez si

LærrRe 19 (revue sur l’autographe, conservé à Soissons). — 1. Voyez ci-dessus, p. 376, la note 5 de la lettre 3. É

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longtemps. J'en ai eu quelques accès la semaine passée ; mais elle m’a quitté, Dieu merci.

Quant à ce que vous me mandez que ma cousine Parmentier ? est encore malade, je vous puis assurer que j'y prends grande part, et qu'elle me touche toujours d'aussi près qu'elle a fait. Je suis marri que mon cousin son frère ait rompu avec moi, comme il a fait à cause de mon voyage, et je vois bien qu'il n’est pas aussi bon ami que je le suis envers lui. Quand il seroit venu ici au lieu de moi, je ne lui en auroïs pas voulu mal* pour cela. Il ne sait pas les raisons qui m'ont obligé d'y venir. Cependant je sais assez que lui et mon oncle du Chesne ont fait bien du bruit pour cela, à cause que j'y étois venu sans lui, comme si cela dépendoit de moi. Quoi qu’il en soit, je suis marri d'être mal dans son esprit; mais je ne lui en ai pas donné de sujet. Il est vrai que je ne lui ai pas écrit depuis ma maladie, parce qu'étant encore à Paris, je ne pouvois presque écrire à personne, et depuis que je süis ici, je n’ai pas su par quelle voie lui écrire, aussi bien qu’à d'autres personnes qui peut-être m'en voudront mal. Je vous dis tout cela parce qu’il n'y a rien que je haïsse tant que d’être mal avec une personne comme lui, avec qui j'ai toujours été si bien. Si l'occasion s’en présente et qu'il vous parle de moi, dites-lui ces raisons, s'il vous plaît, et faites mes baisemains à ma cousine sa sœur. Je vous en prie de tout mon cœur. Vous savez combien je l'ai toujours honorée, et Je l’honore toujours de même.

Après tout, il ne faut pas s'étonner si mon oncle Sconin ne s'est pas employé pour le faire venir *, parce que vous savez bien la manière dont mon oncle du

2. Voyez ci-dessus, p. 375, la note 2 de la lettre 3. 3. Mal a été ajouté dans l’interligne.

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