LE SECOND CONTE
N*ha pas long temps qu'il me fut raconté, Comment Amour qui s'estoit mesconté, Print d'Atropos l'horrible et cruel arc, Dont il occit maintes gens en vn parc.
Or s'en vint il depuis tout jure et las, Tant eut il prins de vin et de soûlas, Rendre au giron de sa dame de mère Qu'on dit Venus, or' douce, et puis amere.
Elle est Déesse, de rien il ne luy chaut.
Si dormoit lors dedens vn poésie chaut Sur vn mol lict de plumettes deslies, (1) Bien tapissé de verdures iolies.
Tout alentour sont ses Nymphes et Grâces Nues dormans, bien refaites et grasses.
Bon les fait voir ainsi tant rondelettes, En souspirant bransler leurs mammelettes.
Le poésie estoit bien garni de verrines Claires luisans, vermeilles, sapphirines, Souef flairant comme vn beau paradis, Plein d'oiselets iojeux et esbaudis, Qui là dedens vn plaisant bruit menoient, Et le pourpris en déduit maintenoient.
Quand là suruint ce fol Dieu qu'on maudit, Chacun dormoit, ainsi comme i ay dit, Fors Volupté la nièce de .Venus,
(1) N'est-ce pas pour délies, délicates, grêles, fines f
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Qui s'esbatoit auec des enfans nuds,
Prenant plaisir, et faisant vn banquet
Tout plein de ioye, et d'amoureux caquet.
Gupido beut trois fois à son entrée
De bon vin doux, pour se mieux aoooustrer :
Et Volupté la plaisanta et la gaje
Print vne harpe, et de chanter s'essaye,
Pour festoyer Amour à sa venue,
Lequel s endort dessus sa mère nue,
Et ronfle, et souffle, et son arc laisse cheoir
Sur vn coussin, ou depuis se vint seoir
Volupté gente, et se mit au cul nu
Sans y viser sur l'arc de fer cornu,
Et sur vn trait plein de poison mortelle,
Si se piqua, et receut douleur telle,
Qu'elle ietta vn haut cry et agn,
Duquel Venus tressaute, et par argu (1)
Tense et demande à quoy faire on l'esueille.
Lors Volupté qui à la mort traueille, (2)
Perd sa couleur, et palliât comme cendre.
Venus la void, et elle de descendre,
Print sa niëce, en ses bras, desia froide,
Qui clost les yeux, et deuint toute roide.
Lors en plorant s'escrie, ha Dieu mon père
Iuppiter haut, soyez moy si prospère,
Que ie ne perde ainsi ma Volupté.
En se disant, Volupté d'vn costé
Pend iusqu'à terre, et Venus void sa hanche
Teinte de sang, qui souloit estre blanche.
Si prend vn linge, et torchant appercoit,
Que la chair s'enfle, et l'autre trespassoit.
(1) reproche.
(2) a souffrance Qortellf .
DE C9FIM BT D ATROPOS. 4K
Et ce voyant de dueil Venus 8e paulme :
Mais Pasithee vne Grâce eut du baulme.
Duquel soudain elle oingnit la piqueure De Volupté, qui santé luy procure.
Puis Aglaia autre Nymphe gentile Print du nectar, et de l'ambroise vtile, Dont les hauts Dieux sont au ciel maintenus.
Si en fait boire et manger à Venus.
A sa nièce en mit entre les dents. Lors eussiez veu miracles euidents, En moins de temps que ie ne le recite.
L'vne se dresse, et l'autre ressuscite :
Car plus de force eurent ses médecines, Que nulz vnguents, bruuages, ne racines, Dont en ce monde on sache faire espreuue.
Par ainsi donc quand Volupté se treuue Oarie aopup du baulme odorifare, Venus la baise, et ces mots luy profère :
Las qui t'auoit ô ma nièce m'amie, Ainsi nauree, et en mort endormie, Que ie le sache à fin de m'en venger.
Lors Volupté monstra Tare estranger, Et vne flesche encor de son sang teinte, Qui presque l'ha mortellement atteinte.
Venus regarde, et congnoit Tare de Mort, Dont de despit ses belles leures mord.
Gardes pour Dieu (dit elle) d'y toucher, Filles gardez, ha le notable archer Qui ha changé son tresbel arc d'ynoire A cestuy cy : vous tous enyurez, voire, Est ce bien fait ! tous enyurez tous donques T Sus qu'on le prenne, et sans fautes quelconques Qu'il soit porté hors de nostre manoir, Auec son arc hideux, horrible, et noir :