LE SECOND COMTE
Mais gardez bien de toucher à main nue Ne arc, ne flesche, ô quel' desconuenue !
le scay de vray qu'il en ha fait du mal.
Lors vne Nymphe entour l'arc enormal Et la sagette enueloppe vn tappis (1) Et le tout iette au loing de peur de pis, Par la fenestre, es fossez du chastel, Qui est ai beau qu'au monde n'y ha tel :
Mais de sa flesche, et de sa grand poison, Il se perdit des poissons à foison.
Cygnes, canars, laissèrent le repaire, Et de plongeons mourut plus dVne paire.
Tant deuint l'eaue amaire et pestilente Du fort venin de la flesche dolente.
Et puis acoup quatre Nymphes du moins Prindrent le lict à tous les quatre coings, Et l'enfant nud qui du fort vin est pasle, Tout doucement portèrent hors du poésie, Et l'ont posé emmy la basse court, Là ou la bise à tous lez souffle et court.
Ce fait, Venus au dongeon les rapelle.
Puis par accord toutes ses gens et elle, De toutes pars le pourpris barré ont, Et vn serment entre eux iurent et font, Que là dedens Cupido n'entrera lusques à ce que son arc il r'aura, Qui est tant beau, tant riche, et tant doré, Qu'au monde n'est vn arc si honnoré.
Et ce disant, par bon accord notable, Voicy venir vn bruit espouuentable De gens crians cris d'horrible pitié, Lesquelz la Mort par force et mauuaitié,
(1) enveloppe Tare et la flèche.
0B COMDO ET D'aTROPOS. 4?
A grans troupeaux chassoit en les bâtant,
Vers le chaste! ou des dames ha tant.
Alors Venus met l'œil à la verrière :
Void tant de gens, s'escrie, à la barrière,
Portiers, fermes, leuez le pont leuis.
Onques le iour tel tumulte ne veis.
Lors les portiers en grand peur et destresse
Peirent le vueil à leur dame et maistresse,
Et tout acoup montèrent aux créneaux.
Et Venus s'orne, prend chai nés et anneaux,
Tissus, rubans, coeffes, guimples, atours,
Pour plaire aux gens : car bien en scait les tours.
Pareillement ses femmes et ses filles,
Prennent miroirs pour estre plus gentilles.
Sur le beau bout se mettent et accoustrent,
A fin que mieux leurs beautez se demonstrent : (1)
Car certes point ne craingnent, ne n'ont doute,
Que la Mort vienne, ains pensent, somme toute,
Que deuers eux tendent lours amoureux
Iennee et beaux d'amours tous langoureux.
Si ont empris de bien les receuoir,
De se deffendre et faire bon deuoir,
En leur tirant leurs flesches empennées
De doux regard, d espoir empoisonnées.
Et en iettant chappellets et ûoquars, (2)
Ainsi qu'on fait à ces ieunes coquars,
Et de leur faire (ains que rendre se veullent)
Des maux assez, ainsi comme elles seulent.
Mais trop loing sont de leur conte à ce cop :
Ce sont rieillards qui leur desplairont trop,
1) Rem. la rime.
2) nœud de ruban avec des bouts peniants. Cf. le wallon Jtochê,