DB CUPIDO ET O'ATROPOS
Cupido estre jure et saoul à oultrance :
le dis que vaine est telle remonstrance, Et qu'on ne doit par droit accepter mie Cil qui produit son crime et infamie.
Quant à cela que tu dis par despris.
Que Tare d'Amour est trop de plus haut prys Que cil de Mort, et de meilleure sorte, le le te nie, et au droit m'en rapporte.
Et s'il conuient le prouuer par tesmoings, Ten produiraj bien dix mille du moins.
Si Tare de Mort est triste et douloureux, Celuy d'Amour est grief et langoureux :
L'vn fait acoup du monde trespasser, L'autre en viuant de mort les traits passer.
Presque en valeur ilz conuiennent ensemble.
Mais pour en dire icy ce qu'il m'en semble,.
Mieux vaut par mort perdre acoup sa vigueur, Qu'en amour viure, et traîner grand langueur : C'est vn prouerbe en tous lieux gênerai.
A ce que dis, qu'onc ne fut libéral Eschangement, ne franc, ne voluntaire, L'expérience en fait foy du contraire, Et qu'à eux deux la chose eatoit plaisante :
Car on ha veu en plaine assez patente, De lare mortel Cupido fort tirer, Pour ieunes gens d'iccluy martjrer, Qui de leur vie ont fait puis cession.
Voulez vous plus ample possession, (1) Preuue plus clere, ou tesmoing plus vailable ? le croy que non, parquoy garse muable, Ne farde plus ton babil, ton prescrit, De la couleur de ciuil droit escrit,
(1) Titre, document, sûreté.
Lit TIERS CONTE
Par ce ne puys (1) nullement me séduire.
Et d'autre part, si Ton vouloit réduire (2)
L'arc Cupido à luy son maistre ancien,
Il conuiendroit qji'Âtropos oust le sien,
Lequel Venus de tout plaisir meurtrière
Ha fait ietter en profonde fondrière
DNrn ûeoue obscur, duquel teau toute immunde
Ha fait périr les deux pars de ce monde.
Or ha .esté cest arc tant tracassé, '
Quo presque est il tout brisé et cassé,
Parquoy n'est point à présent receuable. *
Ce congnoissant ma maistrtsse notable,
Ma donné charge, et pleine instruction,
Sur le danger de ma destruction,
Ne consentir à autre accord final,
Dont fay iuré Styx pain* infernal,
Qui tst serment que ne rond rois enfraindre :
Car tous les Dieux (ce crois) doiuettt fort craindre.
Je n'en dis plus, et finis pour cela.
Pourtant chacun se tienne à ce qu'il ha.
Ainsi fina Megere sa réplique.
Et Volupté formoit ia sa duplique,
Si par mes dits et tumultueux sons (3)
N'eussent esmu ensemble gros tensons.
Par diuers iours ont vaqué à l'affaire.
Sans qu'on peust rien accomplir ne parfaire,
Ains tant croissoit tousfours leur différent,
Que long procès y estoit apparent
Toustours, trop plus que moyen de concorda.
(1) Dans Ronsard tu puis.
(2) Ramener, rendre, sens propre et primitif du mot.
(3) N'est-ce pas mesdits, mauvaises paroles par lesquelles s'élèvent les diuputes ?