EPI8TRE DU ROT
Notez ces mots, ce que i'en pense et dis, Vous le saurez mieux par faits, et par dits.
Or, pour venir à l'exécution, De déclarer la nostre intention, Et pour monstrer que ne sommes amis De ceux qui sont hors de nostre foy mis, N'ha pas long temps, que nostre parantele Iointe auec nous, sans fraude et sans cautele Peismes accord, et parfaite alliance, Délibérez d'enuoyer deffîance Au Turq, qui est le grand vsurpateur Du bon pais ou naquit ta hauteur.
Ce que bien faire alors on ne pouuoit Si tout premier à force on ne ruoit Sur ceux qu'on dit, le peuple de Venise, Fiers ennemis du monde, et de l'Eglise.
Par ainsi, nous et nostre parentage Àyans promis, que du tien héritage Ferions deuoir le réduire à tes hoirs, (1) Ceux de Venise occupans les manoirs De leurs voisins, et faisans auantmur Aux Turqz prochains, ce qui nous estoit dur Se sont bendez, eux et les Grecz ensemble, Tous contre nous : Car peult estre, il leur semble Qu'on les tenoit, pour infidèle gent, Qui croit trop moins en Dieu, qu'en son argent. Si faisoit on : Car tousiours veulent prendre Le bien d'autruy, et lurent de non rendre.
Donques ces gens héritiers de malice la mis aux champs, et faisans forte lisse Encontre nous, ie me mis sur les rengs Premier que nul de tous mes adhérons.
(1) Nous les forcerions de le rendre à tes héritiers.
k HECTOR DE TROYB. 75
Alors croj ie 9 comme bien ta descris» Qu'on peult ouyr iusqae aux enfers, les cris Des Grecz mourans, et des Antenorides, Qui des enfers demandoient subsides.
Bien croy aussi, que l'infernalle porte Ietta dehors vne horrible cohorte D'esprits malins : car ie veis l'air troubler, Venter, plouuoir, tonnoirres redoubler, Les nues fendre, et vomir rouge escler Sur maint harnois, resplendissant et cler, Mais ce faisoit, plus de peur, que de mal.
Si dois sauoir, pour vn cas anormal, Que nous auons autre tonnoirre et fouldre Faite par art, de merueilleuse pouldre, Qui fait partir vn si soudain boulet, Qu'autant résiste homme armé, qu'vn poulet.
Ha Prince Hector, penses y bien, et iuge, Tu ne veis onc si estrange déluge :
Car de ton temps, les guerres, et victoires On les faisoit en bras fulminatoires Tant seulement : Niais nostre artillerie, Sans point de faute, est vne diablerie :
Car posé or, que tu, plus corpulent Beaucoup que nous, et de cœur excellent, Penses reuiure, et reprendre les armes, Quand se viendroit (1) à hanter telz alarmes, la ne pourrois attendre le hutin D"vne Bombarde, ou Canon serpentin.
Car ton grand corps seroit plustot atteint Qu'vn plus petit, qui sassouplist, ou feint.
Si ne seroig d'vn si hideux coup seur, Sans vn harnois de vingt pieds d'espesseur.
Quant ce viendroit (1516;,
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Lors ie voyant deux si rudes tonnoirres, De toutes pars, croître les nues noires, Par haut, par bas, et par mille parcelles Leuer fumée, et tresluire estincelles, Abatre gens, testes, membres voler Morts, et naurez, par tas amonceler, Dressay les yeux en haut, et dy ainsi :
Dieu viuant, quel* tempeste est ceoy î Il peult sembler, que les hommes mortels, Par leurs engins redoutables, sont tels Gomme tu es, ô haut altitonant.
Mais tu seul es les victoires donnant.
Si i'ay bon droit, si i'ay iuste querele r Soit cy ta main, et moy humble aueo elle.
En ce disant, voicy nouuelle chose Digne descrire en mettres, et en prose :
Car Dieu ietta, par vn nouueau présage, Aux ennemis, vent, et pluye au visage.
Encores plus, en ce temps ombrageux, Comme depuis pour vérité ie sceus, On vid descendre vn colomb par les nues, Faisant en l'air vireuoustes menues.
Or, dois sauoir, que pour diuin augure Le Saint esprit se monstre en tel 9 figure. (1) Par le Colomb, plein d'amour, et sans fiel, Est figuré le grand Seigneur du ciel, Par sa blancheur, de clere relucence, Désignée est Iustice, et Innocence.
Ne iamais Dieu, ne demonstre vn tel signe, Qu'il n'y ayt cas merueilleux, et insigne.
Le beau Colomb de loyauté nafue, Porta en larohe vne branche d'oliue,
1) telle (1516).
A HBCTÛ* t>B TàOYB. 77
Monstrant iadis en ce monde, ou nous sommes Que paix estait, entre Dieu, et les hommes.
Si scay pour vray, que paix sonnent requise, Peult tresbien estre en'iustes âmes quise (1).
Par ainsi donc, la blanche Colombelle, Sans craindre temps furieux, ne rebelle, En voHetant, ses esles dresse, et met Tout à l'entour de mon Royal armet:
Dessus l'armet que i'euz hautain, et riche, Sur vn plumas de grands plumes d'Austriche, (2) Que seul portoye; armé sur vn coursier Haut, eminent, orguilleux, franc, et fier, Car de mes gens, dont i'euz lors grand amas, Nul entre tous ne portait «on plumas.
Et oe fut fait, à an qu'eux tous voyans De mon armet les plumes ondoyans, Neussent ia peur, que ie fusse absent d'eux, En vn estour si rude et si hideux :
Car du mourir, ie n'euz lors peur, ne seing Si m*en soit Dieu, et l'Eglise à tesmoing,
Dont, comme alors semble (3) que le ciel tomba, Et que Ion vid la tresbelle Colombe Dessus mon chef par céleste prodige, Ce qu'apperceut maint homme franc et lige.
En cest instant, Dieu qui sauoit mon cœur, Vainquit pour moy, et me rendit vainqueur :
Ioint auec ce, que des miens fus seruy, Pour ce iour là, aussi bien qu'onques vy.
Par ce moyen, fut à chacun rendu Des allies, ce qu'il jiuoit perdu
krmes, éd. 1528 et 1533 — âmes, éd. 1516.
)lames d'autruche? On trouve autrichon, petit d'autruche,
ringore.
lemblast (1528) et veist.
Tool à mes frais, dont grand' estait la somme, Et oMsmemeat, ma saint siège de Roi me, Pour lequel mis mon corps à l'abandon.
Mais il m'en rend Ta tresmiaaiit guerdon. (1) Loué soit Dieo qui feit ciel et abjma.
De la Tictoire aiaai hante et sublime (Test le grand Dieu, qui puis aas quiase cens Et oaze an e c, tira les Inaorans De la prison infernalle, et do gouffre, Oo nj ha rien, que puanteur et souffre.
Et despooilla les ombres Platoniques De lear poétesse, et rapines iniques.
Lors ie croj bien, que ton ame priées, Il establit aa beau champ Elysée.
Car il pealt tout, et laj seul ha les clef* Des bas enfers, et des hauts cieux sacres.
Et ia soit il, qu'en son essence monde, Iadis hantant en ce bas mortel monde, Eust peu tollir aux Roy*, Ducs, Empereur», Toute la terre : et dire aux laboureurs, le suis seul Roy, de rostre temporel Gomme vray Dieu, visible et corporel :
Ce nonobstant, le simple, trine, et vn Donna la terre aux Princes en commun.
Si n'en retint, sans plus que Je dismage,' x Qui luy est deu, pour foy, et pour hommage.
Or laissa il, pour ce tribut cueillir, (Non que par force aux gens on deust saillir, Mais en humblesse, en douceur et repos) Vn Lieutenant, auecques ses supposts.
Ce Lieutenant, en cas spirituel, Est serf des serfz de Dieu perpétuel,
(1) Allusion à la guerre contres Jules II en 1511.