‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 32 sur 89 · EP18TRB DU ROT · texte numérisé non relu

EP18TRB DU ROT

De remonter noz ennemis vaincus A grand effort, de lances et d'escus :

Vaincus dis ie, Voire pour sa querele, (1) En exposant ma personne pour elle.

Et maintenant contre nous il s'anime, Plus par faneur, (2) que de cœur magnanime :

Car pour Gasteur, il se nomme Pasteur, En lieu de Père, il est Desolateur.

mon vraj Dieu, quel' guerre monstrueuse.

Mal consonante, encor moins fructueuse !

Il fait beau voir vn ancien prestre en armes, Crier l'assault, enhorter aux alarmes, Souillé de sang, en lieu de sacrifice, Contre Testât de son tresdigne office :

Fermer (3) son camp, en temps rude et dinars, Illec souffrir le plus dur des hyuers, Pour à chacun grands merueilles donner.

Puis, en la fin ses gens abandonner, Laisser là tout, Bombardes et canons, Meubles de guerre, enseignes, confanons, Sans que mes gens daignassent le poursuiure : Car de le vaincre il ne s'en peult ensuiure Los ne proufit, trop moins que d'vne femme.

Destre vaincu, ce me seroit diffame, Ce scet il bien, car assez ha vescu.

Donc, pour non vaincre, et non estre vaincu, S'il reuient plus, et ouy comme on dit, Par tout mon ost ie feray faire edit, Aux gens de pied, quand ilz sont en fureur,

Que nul ne touche au Pape par erreur :

(1) Les éditions antérieures portent : querelle.

(2) fureur ? Mais toutes les éditions ont : faveur (qui peut signifier

protection.)

(3) fimarc, fortifier.

A BKCTOR Dit TROYE. &i

Et que par tout tresbien soit cduisé, Qu'il ne soit prins en habit desguisé. (1)

S'il ha sa croix, et le saint sacrement, Qu'on garde bien d'y toucher nullement :

Mesmement, quand l'artillerie sonne, Que canonnier n'offense sa personne :

Car de tous poinols nous voulons escheuer, Que mesehef nul ne le puisse grener.

Aussi desia, ie proteste et promets, Si mal luj vient, que ie n'en pourray mais, la soit il or, que de ce soucy n'ha, Car oncqnes Pape en armes ne fina.

Mais an surplus, en ceste guerre amere, S'il y ha Grec, ou né de Grecque mère, Puis que les Grecz baient tant les François, Que tout gensdarme en face à son franc chois.

Tout Grec portant la barbette moustache, Qu'il n'ayt respit, aumoins s'il ne se cache : Tout Geneuois, qui ha tourné sa robe, Souz ceste loy, soit comprins, s'il ne hobe. (2)

Veniciens, Marranes, Mores, Turcz, Iuifz, Mamtluz, trop obstinez et durs Contre la foj, tressai n te et treschrestienne, S'ilz sont vaincuz, que mercy ne leur vienne, N'ha tous les leurs complice*, alliez, , D'honneur, de sens, de vertus, oubliez.

Et soit crié, par mes gens, Le Roy viue, Qui pour la foy, contre malice estriue.

Voila la loy, voila l'edict Royal, Que doit garder tout souldoyer loyal.

Or soit assez parlé de tel' matière, (3)

I) V. la même idée dans une sotie de Pierre Gringore. I) sortir, partir. On trouve : sil ne se hobe, éd. 1528. )) Uh éd. 1516.

88 BPISTEI DU ROT

Hpnny soit il par qui iljla faut querre, Mieux me plairoit auoir empris la qu este, De retirer par vue grand conqueste, Des mains des Turcz le Troyen territoire, Qui noua attient, par droit ample et notoire

Car pour fonder noz quereles et droits, Taj regardé par tous sens et endroits, Que nul n'est tant prochain de toy, que ié :

Tu le scez bien, ie ne l'ay pas songé.

Si est il vray, que mon tronc, mon blason N'est point sorti d'Hercules, ou Iason, Qui furent Grecz, tes anciens aduersaires, Tous deux tyrans, tous deux chefz des coursaires, Mais de Francus, le tien très noble filz, Lequel cueillant de tes biens les proufits, Laissa sa terre, et conquist grand pals Sur les palus du fleuue Tanafs.

Estant illec, sa gent creut en tel nombre, Que l'vn faisoit, à l'autre grand encombre.

Si conclu d lors (dont vn chacun le loue) D'aller saisir le grand fleuue Dunoe, Là fonda il, pour sa Royale chambre, Vne cité, qu'il appella Sicambre :

Mais a présent, se dit Bude en Hongrie :

Qui de tous biens ne fut point amesgrie.

Là prindrent nom les Francz de Sicamber, Durs comme sont les marteaux Mulciber.

Et par ainsi, de ces deux noms, que prindrent Tes héritiers, d'estre nommez aprindrent De Francus francs, et par commun adueu Sicambriens, de son filz ton neueu, Dont sont sortis : deux peuples Sicambrois :

Cestasauoir, les Hongres, et Gheldrois.

Les vus sont mis en basse Pannonie,

A HECTOt Ml TKOYB. 85

Les autres sont en basse Germanie.

Pareillement, de Francus sont dits francs Les hauts Germains, puissans hommes et grans, Qui par prouesse, et force, non inique Premier regnans, en terre Germanique, Ont donné nom au pais de Francone, Qui est prouinoe, illustre, riche, et bonne : En leur langage, on lappelle Franclant, Oultre le Rhin, lequel fieuue est coulant Bn l'Océan, qu'on dit la mer de Frise, Vers le cartier du Nort, et de la Bise.

La grand cité de Francone, est Francfort :

Qui de tel nom se prise encores fort.

Que diray ie de tes gens au surplus ?

Sicambrois, Francs, ainsi que du ciel pleus (1) A grand ondée enuahirent les Gaules :

Lors les Romains tournèrent les espaules, Si que tantost presque Gaule totale, Receut le nom de France Occidentale, Pour désigner par vraye demonstrance Qu'AUemaigne est Orientale France.

Voila comment ton noble filz Francus Vint en Europe, ains long temps que Turcus, Qui d'aucuns est pour ton neueu clamé, Dont le pais de Turquie est nommé.

Or depuis ont, les tiens hoirs, mes an oestres, (La mercj Dieu) tant eslargi leurs sceptres, Qu'en ensuiuant les tresgrans labeurs tiens, Hz sont par tout nommez Rojs treschrestiens.

Donques par tout les climats renommez Chrestiens sont francz, et pour francz sont clamez.

Aussi Franca est de toute gent franchise :

(I) Se rappeler le mot historique : « Il en pleut, des flamand* ! »

84 BPtSTSB DU ROT

Franche en tons cas, tant soit chose précise.

Franco ores est tresfranche en liberté,

Et tousiours franche en libéralité.

Et ce suffit pour t'aduertir des choses.

Tout simplement, sans grans textes on gloses.

Dont se ainsi fust que Dieu, qui tout ottroye. Nous donnast voir la grand terre de Troje, Et la endroit noz fleurons embellis Fussent plantez, noz armes, et nos lis»

Lors en rendant à sa hautesse grâces, Nous enquerrions des grands ruines basses De ta cité, en contemplant le tout, En souhaitant qu'elle refust debout :

Mesmes le lieu de ta très riche tombe, (1) Là ou Xerxes feit son grand hécatombe.

Sacrifiant pour vn iour mille bœufz , A ton honneur, comme bien sauoir peux.

Illec iadis, par merueilleux exemples, Furent dressez riches autelz et temples, Comme on faisoit aux vertueux heroês, Ayans vaincu, de fortune les roues.

Là Alexandre, et César tous deux preux, Allèrent voir leur chef cheualereux Gisant en terre, et le reuerénderent, Et pour l'honneur de toy seul commandèrent, Que tous Troyens, en quelque part qu'ils fussent. Fussent dits francs, et toute franchise eussent.

Lequel tresgrand privilège, ont gardé Les tiens François : car Dieu y ha aydé :

Et croy qu'encor aussi le garderont, Tant que le ciel sera mobile et rond.

Pareillement, vn grand Magicien

(1) treschere tumbe (éd. 1516).

A HECTOR DE TEOT. 85

Dit Àpollin, philosophe ancien, Alla veiller vne nuict en ton temple.

Et comme illec demj donnant, contemple Tes grands vertus, apparoir luj voulus, Et questions douteuses luj solus. (1)

Ton ombre estoit de douze grands couldees Si falloit bien grands forces redondees Be vn tel corps. Encores pour entendre, Que chacun veult à toj congnoitre tendre, N'ha pas long temps qu'vn Prince de haut sang, Qui en parfin mourut armé au blanc, (2) Voulut par l'art d'vn clerc Nigromantique Te voir debout, en vn corps fantastique :

Ce qui fut fait. chose bien spectable !

Ton fier regard, ta face redoutable, Feit à aucuns aussi hardis que Heures, Faire trembler les belles fortes fleures.

Non sans raison : car la loy le deffend.

Aussi beaucoup les très passez offond, Qui par rigueur des incantations Les fait sortir hors de leurs mansions, Soit par instinct de cœur trop curieux, Ou pour désir d'estre victorieux, Et de sauoir la vérité apperte Des cas futurs, en victoire ou en perte.

Le Roy Saul y fut trop sensuel, Quand traire feit lame de Samuel Hors des enfers, par vne Phytonisse, (3) En vsant lors de son sens assez nice :

Car il perdit tout premier corps et ame,

1) Apollonius de Tyane.

2) On dit encore : Armes blanches \ les armes d'un jeune chevalier it l'écu n'était chargé d'aucune armoirie.

3) PhUonisse (éd. 1516).

86 BP1STKB DU ROT k HBCTOR DE TBOYE.

Et tout les siens, l'espoir de son Royame.

Si ne m'enquiers des batailles futures, Ains mets en Dieu toutes les aduentures :

En protestant, que ie ne vueil offendre Homme viuant : sinon ponr me défendre.

Et oultreplus, protestant derechef, Qu'à moy ne tient que le grand Prestre et Chef De nostre Eglise en la foj catholique, N'aille tout droit, sans tenir uoye oblique, Contre les Tarez, selon sa foy promise, Sur tous noz saints iuree de main mise.

Or vueille Dieu qu'en ta paix tu demeures, Et quand seront mes destinées meures, Que Taille à Dieu, créateur de nous tous.

Si que l'enfer ne voyons iamais nous, Aincois plustost les champs Eljsiens, Ou il ne croit que fruits ambrosiens.

Et roila ce qu'escrire ie te puys.

De tout Testât auquel à présent suis.

S'il y ha rien de nouueau que tu saches, le te requiers que point no le me caches.

Ce messager qui va tost, et souuent, Est Boreas Septentrional vent.

Par luy pourras quelquesfois me rescrire, Ou par Auster et son frère Zephyre.

Adieu parent, adieu chef des Illustres.

Et du plaisir des lettres pe me frustres,

Escrit à Bloys par vn lundy matin, L'an que dessus la veille saint Martin. (1)

(1) En 1511.

FIN

De pev assez.

CE SONT LES XXlffl

Couplets de la valiiude et conualeseenee de la Roynt treschrestienne, Madame Anne de Bretaigne, deux fois Roy ne de France. (1)

En temps obscur, de pitoyable doute, (2) et merueilleuse perplexité, ie veis au pourpris Royal de Bloys, deux trèshautes et tresnobles Princesses de grandeur spectable et magnificence incredible, dont lune sembloit estre mère, et lautre fille. Toutes deux également dolentes en semblance, et de trouble maintien. Lesquelles après auoir feminniement ietté plusieurs exclamations piteuses, auec interjections confuses (tontesuoyes en bruit taciturne) finablement raffermerent leurs voix : et rasseirent (3) leurs habitudes par pleinte modérée et facile à entendre. Si se mirent à genoux, ioingnans les mains au ciel. Puis par xxiiii. Couplets différons en résonance harmonieuse, exprimèrent la tresparfonde doleance de leurs cœurs, comme en certaine manière de paalmodiation, par répétitions alternatiues. (4)

(1) Dans le manuscrit de Génère, ces 24 huitains, sans aucun titre, sont placés à la suite du 2« livre des Illustrations. — « Deux fois Royne de France » manque dans l'éd. 1516.

(2; piteable double (mscr. de Génère.)

(3) rassirent (mscr. de Genève).

(4) Le mscr. de Genève ajoute en parenthèse : ainsi quil seneuyt*

H8 DE LA TALITTDE

FRANCE

Vray Dieu do ciel, paissant Dieu de nature, Dieu qui formas l'humaine créature A ta semblance digne, Escouta moy, par ta grâce bénigne : , Car mise suis eh grand desconfiture Et mortelle ruîne,

Si (1) ton Soleil (à ma bonne auenture) ' v N*esclarcist ma bruine.

BRETAIGNE

mon vray Dieu, dont le pouuoir ne fine, Dieu qui resplends en (2) lordre seraphine Sur toute essence pure, Las prens de moy auiourdhuy soing et cure Ou autrement, tout bien de moy décline, Et faudra que fendure Tous les malheurs, que de faire est enoliûe La Mort cruelle, et dure.

FRANCE

Roy ne des cieux, pleine de toutes grâces, Regarde nous en ces régions basses, Et ton cher Filz supplie Que le fier dard de la Mort, rompe ou plie.

A tout le moins retarde aucuns espaces, Et si retienne (3) en vie Nostre Royne Anne, à mortelles menasses Durement asseruie.

(\) Se(macr. de 0.)

(2) sur (raser, de G.)

(3) reliegne (mscr. de G.)

ET CORYAWWdUtat BB LA ROTMB. 89

BRETÀIGNE.

S'il est pitié en toj qu'on chante, ou die, Vierge sans per, aumôins (1) que i'en mendie Trente» on quarante brasses.

Ce sont tant d'ans, qu'encor viure tu faces Celle, qui toute. & t'aymer se dédie.

Ses forces sont ia casses.

Mais il n'est rien que te nie, ou deadie, Ton fllz, si tu l'embrassas.

FRANCE

Esprits du ciel, esprits arohangeliques, Saintes et saints, nobles vierges coliques, Vefues, et continentes, Offres à Dieu requestes pertinentes, Dont on verra (2) les exploits mirifiques : t Car maintes gents, et gentes, Scauent qu'elle ha voz maisons magnifiques, Rendu plus refulgentes.

BRETAIONE

Helas oyez noz prières présentes, De tonte feinte hypocrisie exemptes, Saints confes catholiques, Et vous martyrs, desquelz maintes reliques E}le ha orné de beautez excellentes, Voyez les maux publiques, (3)

(1) que aujourduy jen mendie (msor. de G.) au moins seite ou infjt brasses.

(2) voirra (éd. 1516.)

(3) Palagrave. en constatant que J. Le Maire écrit toujours icque, 'admet plus cette désinence pour les deux genres. Mais Rob. ESstienoe

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