DE LA
Et destournes no& personnel dolentes, D'iniures tant obliques.
FRANCE
Peuple François, ô tresfranche noblesse; Si ce malheur trop apparent nous blessé.
Plus grand mal deuons craindre.
Parquoy nous faut noz cœurs mesmes astreindre De prier Dieu, que ceste peur nous éesse, :
Et noz larmes espraindre :
Car grand douleur poursuit nostre Princesse, Pour ses vertus estaindre.
BRETAIGNE
Franc Breton noble à qui la Mort veult teindre Le blanc en noir, et trop au vif atteindre Ton cœur par grand aspresse, Fais de tes jeux vne 'fontaine expresse, Et garde bien là dedens y remaindre Fors douleur et tristesse.
Mais toutesfois, ains que du tout se plaindre, Espérance (1) est mais tresse.
FRANCE
Or priez donc, vous nobles virginettes, Enfans d honneur, toutes personnes nettes, Vierges (2) sans tache, et sacrées nonnettes, Suppliez Dieu, de cœur et de pensée :
dit : « public et publique sont tous deux bons pour adjectifs masculins. »
(1) Lu main dieu (mscr. de G.),
(2) Vtfvee (mscr. de G.)
ET COftTALSSCIRCE M LA EOIHB. M
Entendes y, pucellee mignonnettee, Offrez à Dieu piteuse* chansonnettes, Allei nuds pieds, o voz mères honnestes Sur l'herbe verd, sur sablon et chaussée.
BRBTAIGNK.
Féminin sexe, aussi doux que rosée, (1) Helas, par vous soit la face arrosée De mainte larme, en amour embrasée, Pour tous ietter du péril ou tous estes :
Car si la Mort ia preste et disposée, Ruoit son dard, ou el f prend (2) sa visée, En dueil seroit la vostre vie Ysee, fit n'eustes onc tant de maux ne molestes.
FRANCE
Sexe viril, François, Breton, Latin, Priez or* Dieu : tant au soir qu'au matin, Qu*Atropos fasse autre part son butin, Et cherche proje ailleurs que sur noz lieux.
Tout Moyne, et Carme, Ermite et Augustin, Religieux, Prescheur, Obseruantin, Et Prestre et Clerc, Chanoine, et Ceiestin Faites chacun endroit soy qui mieux mieux.
BRETAIONE.
Mettez vous y très tous, ieunes et vieux, Priez du (3) cœur, et larmoyez des yeux,
(1) routée, terre arrousée pour/ace arrosée (mscr. de O.)
(2) eV prent (mscr. de G.) (3)*(mscr. de O.)
M LA TÀUTYM
Pour la meilleur qu'on ajt yen sous les deux, Depuis qu'Heleioe engendra Constantin.
Si or* la prend le poieeant Dieu des Dieux, Vous noue Terrez aduenir des maux tieux, Que de cler sang courront aual les rieux, Par ce meechef soudain et repentin.
FRANGE
Vostre Roy pleure, ô noble sang de France, DVn cœur piteux, de loyalle souffrance, Percé de dueil, au Tif et à oultrance, Secourez le, soyez luy compassible*.
Sa fille aisnee en ha tel' (1) desplaisanœ Comme elle doit, par naturelle vsance.
L'autre fort ieune est encor en enfance, Qui ne congnoit les meschefz tant nuisibles.
BRBTAIONB.
Ha francs Bretons, par tous moyens possibles Veillez en pleurs, et larmes indicibles :
Ne ne soyez ioyeux, gays, ne risibles :
Tant que sachez, (2) que soit à deliurance Vostre Princesse, ayant douleurs sensibles, Aux médecins du tout incongnoissibles, Mais à Dieu seul congnues et visibles, Qui donner peult salut et recouurance.
FRANCE
Roy tresillustre, et père du pals, Voy tes subietz, es ton nez, esbahis
(1) telle (mtcr. de G.)
(2) sachiez (mscr. de G.)
ET CORTALnCHKE M Là ROTNB.
De tes douleurs, dont ils sont enuahis, Et comme toy, en portent peine et dueil :
Couches en terre, aussi plats que plais Crient à Dieu, Ha sire Dieu ! trahis Sommes nous bien, nous as tu tant haïs, Que tu nous toli à chacun son autre œil ? (1)
BRETAIGNE
Rojne bénigne, et nostre doux recueil, Pleuat or à Dieu, qu'il en fust à mon rueil, Bt que des miens passer le mortel sueil Deussent (2) grand nombre, auiourdhuj qui sont vifz, Bt ie te veisse en Royal appareil, Luisant au monde, ainsi quVn beau Soleil Fresche et entier, au tainct cler et vermeil (3) Comme autrefois t'ay vette à mon deuia.
FRANCE
Tu monseigneur, haut espoir des François, Duc François Des grans Princes le choix, Seconde fleur des plus nobles du monde, Voys or* comment on se lamente à Bloya, Bien l'apperçois, Dont certes tu reçois Apres le Roy, peine extrême et seconde.
BRETAIGNE
Ce danger grand, qui sur nous deux se fonde,
(1) Pas de point d'interrogation dans le macr. de Genève.
(2) Peussent (macr. de G.)
(3) Vers omis dans les éditions 1516, 1528 et 1533.
04 DI LA VAUTVM
Sur luy redonde,
Et trouble sa clere onde,
Voyant sa mère en dangereux destroits.
Voyant pallir sa perle clere et ronde,
S'en luy abonde
Vne pitié parfonde,
Certes son cœur fait ses naturels droits.
FRANCE
DespouiUe toy de fleurs et de verdure.
Si oeoy dure, Et prens noire vesture
Printemps nouuel, entrant au moyg de Mars.
Trop bairons (1) nous ta verde fioriture, Si ta figure
Ha si mauuais augure, Qu'à ton venir Mort nous iette ses dars. (2)
BRETAIGNE
Ne chantez plus, vous oiselets espars, De toutes pars, Laissez voz chants gaillards, Si lamentez en trespiteux murmure, Iusques à tant que ieunes et vieillards, Pasteurs en parcs, Gendarmes et souldars, Ne doutent plus ceste mortelle iniure.
FRANCE, Ne flote plus ne reflote la mer,
(1) kajfrom, en mscr. de G. mais ne faisant non plus que deux syllabes.
(2) Venir, éd. 1516 ; mais a que a ton vente, » en mscr. de G.
ET COHVALBSCÉNfcB HB LA ROTNB. 86
Si cest Amer
Que nul ne doit aymer,
N'est auant hors de ma triste mémoire :
Poissons nageans, laissez vous tous pasmer,
Et abjmer,
Sans plus d'eaue humer,
Si ce mal tombe au grand fieuue de Loire.
BRBTAIGNE.
Si la royne ist de ce val transitoire, Honneur et gloire.
Autant qu'on peult (1) croire, Adieu vous dis pour mon dueil exprimer Adieu clémence et vertu donatoire, Pitié notoire, Aumosne méritoire, Et tous les biens qui font à estimer.
FRANCE
Bretaigne fille, ayons en Dieu fiance, Car ma créance Encline à espérance, Tant ont noz gens fait prières et vœuz.
Dieu tout puissant poise tout en balance :
Mais quand sa lance, A nous punir s'auance, Pitié le rend vers ses seruans piteux. (2)
(1) que on (éd. 1516) ; que" on en (mscr. de 0.)
(2) Et quand ta lance
De nom pugnir savane*
Enfin pitié le tend à nous piteux (mscr. de G.)
96 DE JLA VAUTVBE
BRETAIGNE
France ma mère, helas ce cas hideux, Touche à nous deux :
Mais si Dieu glorieux
Vouloit monstrer sa grand resplendissance, Son nom hautain, son nom victorieux Peroit houreux Maints poures langoureux, Qui ia de peur, n ont vertu ne puissance. (1)
LACTEVR.
Par ces douces et lamentables vociférations (2) féminines, qui penetroient iusques aux ci eux, le Roy tresdebonnaire Loys douzième, fut nauré iusques au cœur dune flesche empennée de pure et chaste affection maritalle, et plus que paternelle. Mais de la playe nyssit autre liqueur, fors eaue clere et viue quon dit lacrymale, en grand abondance. Laquelle chose est trop plus difficile & tirer dun coeur d'homme, et mesmement dun Prince tel quil est, que ne seroit traire du sang à force hors du corps dun vaillant homme darmes. Car ce ne se peult faire sans grand violence. Ledit seigneur donques (iasoit ce que trespuissant il soit) mais voyant que sa mondaine puissance nestoit assez aydable, ne secourable à sa treschere compaigne, attendu que toutes choses terrestres et humaines luy defaillôient, (3) mesmement lart medicinable, qui est le dernier
(1) On aura pu remarquer dans toutes ces stances une grande variété* de rythmée, et surtout la rime triplée en chaque quatrain.
(2) c.-à-d. exclamations.
(3) Le mscr. de 0. ajoute : « en ung instant et a% grand besoin/ mesmement Part medecinalle. »
ST CORfALBSCENCB DE LA ROYNE. 97
remède à nostre fragilité, saduisa promptement de son tresdigne et tressaint tiltre, qui est de Chrestienté en degré superlatif, an moyen duquel il ha acheué maintes hautes besongnes, et cuite maints grans perilz, et infortunes dressez à luy et à son peuple. Par ainsi comme Roy treschrestien, il ha eu recours au ciel dont son tiltre, sa consécration, son enseigne et ses armes sont descendues en terre. Et puis quil ha eu recours au ciel, le Souuerain dominateur céleste nous ha esté propice et fauorable, et ha réitéré audit seigneur Roy vn second miracle, dont le premier à tousiours mémorable, ha esté veu en sa personne meemes : et cestuy cy, en sa seconde personne : cestasauoir la Royne Anne nostre princesse souueraine et tresredoutee. Pour la convalescence de laquelle, soient & Dieu célébrées par toutes nations, tant subiettes comme amies et béniuolee, (1) infinies actions de grâces : et rédigées par escrit en mémoire (2) perpétuelle, à fin quon cognoisse cy après par exemples certains, ou plustot histoires approuuees, de combien les puissances supercelestes et vltramondaines, sont plus familières et enclines au secours de la sacrée couronne et maiesté treschrestienne, que ne sont les choses terrestres et visibles.
Fait à Bloys au iardin du Roy, Lan de grâce mille cinq
uns et doute. (3)
(1) ieneeolentee (mscr. de G.)
(2) perpétuelle, omit dans la mscr. de 0.
(3) Le mecr. de G. porte : Fait à blois le second jour dauril Lan de grâce mil cinq cent et %nu avant paeques. — Est-ce la date de la composition ou de la copie ? — Jean Marot fit également (en mai*» 1512) dea vert pour célébrer la conyalescence de la reine Anne, après une fausse couche.
LETRAICTE
INTITVLÉ LÀ CONCORDE DBS DBVX LANGAGES.