‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 34 sur 89 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Pvis peu de jours en ça, est de nouuel aduenu, que deux personnes ayans beniuolence lune à 1 autre, et tons deux de noble et gaillarde nature : cestasauoir quant à lart et estude Mercurial (1) et Palladien, se trouuerent ensemble en lieu domestique et priué, et eurent entre autres choses, deuises entremeslees, de la comparaison de la langue Françoise, et de sa franchise et bonté naïue enuers le langage Toscan et Florentin, lesquelz sont deriuez et descendus dun mesme tronc et racine : cestasauoir, de la langue Latine, mère de toute éloquence. Tout ainsi comme les ruisseaux procèdent de la fontaine, et doiuent viure et persévérer ensemble, en amoureuse concordance. Neantmoins commencent entre lesdits deux personnages, qui de toute prime ieunesse sestoient entreaymez par admiration de vertu, à sourdre quelque débat et altercation de leurs prééminences quant à fidélité (2) : et ce procedoit de gracieuse ialousie : Car lune des parties soustenoit, que la langue Françoise estoit assez gente et propice, suffisante assez, et du tout

(1) Mercuréen (1528).

(2) c.-à-d. exactitude expressive. C'est l'idée de la Difèuti de Dobellay. Cf. notre édition I, p. 11.

PROLOGUK.

élégante pour exprimer en bonne foy, et mettre en offert, tout ce que le langage Toscan ou Florentin (iasoit ce quil soit le pins flourissant d'Italie) sauroit ditter on excogiter, soit en amours soit autrement. Et en ce allegoit pour ses garants et deffenseurs aucuns poètes, orateurs, et historiens de la langue Françoise, tant antiques comme modernes, si comme Iean de Mehun, Froissart, Maistre Alain, Meschinot, les deux Orebans, Millet, Molinet, (1) George Chastelain, et autres, dont la mémoire est et fera longuement en la bouche des hommes, sans ceux qui encores viuent et Sourissent. Desquelz maistre Guillaume Crétin est le Prince. Lautre personnage deffendoit et preferoit le langage Italique, comme celuy qui plus et mieux apoinct, et par plus grande affection, scait exprimer son intention en pratique amoureuse et autres matières. Et pour ce prouuer mettoit en auant plusieurs acteurs renommez et autorisez, si comme Dante, Pétrarque, et Bocace tous trois Florentins, Philelphe, Séraphin, et assez dautres Italiens. Pour lequel différent accorder, lune desdites parties sefforçoit d'exaulcer, autoriser, et honnorer nostre langue Françoise et Gallicane. Et de fait, luy seoit bien à merueilles. Comme celle (2) qui dun haut cœur virile et masculin, prononçoit maints nobles termes amoureux et prudents, par élégance féminine. Si me requit de vouloir mettre main à la plume, pour descrire le tumulte amoureux de leur débat, et laccord prochain qui sen pourroit ensuiure, ou au moins en donner quelque bon espoir et apparence par mon escriture. Laquelle, charge iay voulentiers entreprise à sa bénigne requeste, comme celuy qui ayme et honnore à mon pouuoir la langue

{{) Moulinet (1528).

(2) Marguerite d'Autriche ?

100 MIOLOGUB.

Gallicane amie et voisine du langage Italien. Ioint à ce, que aucunes autres raisons concurrentes et non discrepantes, me y ont incité : Cestasauoir, pource que au temps moderne plusieurs nobles hommes de France frequentans les Itales, se délectent et exercitent audit langage Toscan, à cause de sa magnificence, élégance, et douceur. Et dautre part, les bons esprits Italiques prisent et honnorent la langue Françoise, et se y déduisent mieux quen la leur propre. A cause de la résonance, de sa gentillesse et courtoisie humaine. Vne autre raison encores mha à ce stimulé. Cest de persuader, autant quen moy peult estre, la paix et raion perpétuelle, entre lesdites deux nations et langues, lesquelles sont en partie amies et concordantes lune à lautre (1) mais pour la plus grand part ennemies. Ainsi comme si dame Nature tout à son essient les eust desiointes et séparées par obstacle des Alpes, et des montaignes interposites, et par la différence du ciel, des mœurs, et des cou8tumes quant au fait, et des accents, contenances, et prononciations quant à la parole. Lesquelles choses apperent assez clerement au temps présent : Cestasauoir dun oosté par aucunes alliances et communications qui se treuuent et sentretiennent entre lesdites deux nations. Mesmement entre le peuple de Florence et la noblesse Françoise. Et le contraire se monstre par les guerres, factions, bendes, et inimitiez violentes, de Veniciens, auecques leurs confederez contre ceux de nostre langue. Donques, il mha semblé bon pour chose morale et duisant à la chose publique, et aussi délectable aux lisans, de mettre peine à

(1) On dirait sa Concorde du gendre humain, Bruxelles 1508. Une des parties de l'édition 1528 porte pour titre : de Tentreteneneut de V union des princes .

PA0L06UE. i<H

les persuader et enhorter, tant en gênerai comme en particulier destre désormais dun mesme accord et vou lente, sans plus auoir de controuerse entre eux, car trop en couste la façon. (1) Laquelle amitié ne feauté ne se pourra trouuer au temple de Venus qui signifie lascheté, et oisiueté. Attendu quelle est trop amoureuse et accointe de Mars, le grand Dieu des batailles, lequel ne quiert sinon semer diuision et zizanie entre loyaux amans : Mais bien la pourra on recouurer au temple de la Déesse Minerue : cestadire de parfaite opération, de prudence , paix et concorde : Comme on verra parla déduction de ce présent traictë, qui sera divise en deux parties. La première contiendra la description du temple de Venus, selon la mode poétique. Et sera rhythmee de vers tiercets, à la façon Italienne ou Toscane, et Florentine : Ce que nul autre de nostre langue Gallicane ba encores attenté densuiure, au moins que ie sache. Lautre qui fera mention du temple de Minerue, sera meslee de prose et de rhythme Françoise, quon dit Alexandrine. (2) Et pource que de la fin procède la dénomination, il sera intitulé Le chemin du temple de Minerue. Or commenceray ie ce labeur , comme si autrefois ieusse esté curieux de fréquenter le temple de Venus : et que maintenant ie cherche le chemin de celuy de Minerue la belle et vertueuse Déesse, & qui ce Présent est consacré, désirant quelle le reçoiue pour aggreable.

(\) faction et fa%lié(èà 1528).

(2) Baïf et Desportes ont fait des stances semblables, mais souvent eu entremêlant les rimes masculines et féminines.

102 la description

Laeteur dcscrit en la première partie le temple de Venus ; auquel il ne fut pas du tout bien recueiUf. Parçuoy il sadressa depuis au chemin du temple de Minerue.

En la verdeur du mien flourissant aage, D amours seruir me voulus entremettre :

Mais ie n*j euz ne proufit n'auantage.

le feis maint vers, maint couplet, et maint metrc, Cuydant suiuir, par noble Poésie, Le bon Pétrarque, en amours le vray maistre. (1)

Tant me fourray dedens tel' fantasie, Que bien pensoye en auoir apparence.

Comme celuy qui à gré l'euz choisie.

De luy à moy se trouuoit conférence :

Veu qu'il eslut sa dame Auignonnoise, la nonobstant qu'il fuat né de Florence.

Et ie qui fus, en temps de guerre et noise, Né de Haynnau, pais enclin aux armes.

Vins de bien loing querre amour Lyon noise. (2)

Or quittay ie tumultes et alarmes :

Si changeay Mars au noble Dieu d'amours. Et chant bellique aux amoureuses larmes.

Bien me sembloit que plus loing qu'à Nemours On m'eust ouy plourer, gémir, et pleindre :

(1) Cf. Trionfo d % A more, etc. Pour rendre l'imitation des tercets italiens plus exacte, Lemaire n'emploie que des rime» féminines.

(2) Tout ce début est cité par Jordan, Histoire d'un voyage littéraire en France, en Angleterre et en Hollande (La Haye, 1736). En parlant de la rareté des couvres de J. I/emaire,il demande qu'on publie A part ses poésies diverses.

dv rams ni vehvs. 10B

Tant furent grans mes cria, et mes clamonrs.

Par ainsi donc, pour ma douleur esteindre, Au grand saint temple à Venus me vouay, Cuydant mon dueil à meilleur couleur teindre.

Ce temple n'est à Cambra y n a Douay.

Si me falut le chercher ou il est.

Dont à le querre en maints lieux tressuay.

Au chemin fus, sur le temps nouuellet.

Non sans souuent souspirer et frémir, Pour parfournir mon vœu, fust bel, ou laid.

Lassé de pleindre, ennuyé de gémir, le quis sommeil cuydant prendre repos, Mais le songer infesta mon dormir.

Car tous les pleints, les pleurs, et 1er propos, Dont en veillant esseruellé m'estoye, Renouuellay, sans aucun interpos.

Et dis aussi : Trop me suit et costoye Fortune dure, et le doux mal d'amer, Duquel Venus durement me festoyé.

En ce disant, auec maint pleur amer, le veis en l'air clere et resplendissant Celle qui fait mes pleintifz entamer.

C'est la Déesse outrageuse, et puissant Mère d'Amour, le fier et orguilleux, Par qui ie suis en douleur languissant.

Trop bel estoit son arroy merueilleux, Trop y auoit de grands beautés insignes, Trop y fut tout plaisant et périlleux.

Son chariot meinent, (1) Coulombs, et Cygnes, Blancs comme neiga, à coliers, argentés.

Alentour sont, ris, et amoureux signes.

Pensers ioyeux, richement charpentes

(I) mainant (1516), menant (1528).

104 LA ft*CRtfTIO«

Tout à e8maU, le tymon enrichissent, Et doux attraits bien faits de tous costez.

Plaisans regards à i'enuiron marchissent, Des roues d'or, richement estoffees, Qui de perles et dyamans blanchissent.

Quand Boreas vid Venus, et ses Feea, Marcher par l'air, tant cler et sapphirin, (1) Il rengorgea ses horribles bouffées.

Si feit Auster, qui du gouffre marin Non esleuant ses nuées obscures, Yeult faire place au doux v^nt Zephyrin.

Lors A polio, passant par les arcures Du Zodiac, entra au mouton d'or, Et à chauffer la terre mit ses cures.

La terre rit, et se mit à l'essor, Quand elle vid, Hyuer, glace, et bruine, Plat confondus, et beaucoup pis encor. (2)

Hucha Printemps, luy monstra la ruine D'Hyuer fuyant les monts hyperhorees, Qui craint Phebus à la corne aureine.

Printemps iojeux feit venir eent charrees De fueille verde, et d'herbette iolie, Dont Zephyrus ha les Landes parées.

Puis vint Flora, qui son trésor déslie, Parestendant ses beaux tapis semez De mainte rose, et de mainte ancolie.

Mars, Auril, May, de florettes armes Tindrent leurs rengs, par champs, et par praries, Souz pauillons, de beaux arbres rames.

Les pastoureaux, des vallées flouries, Font resoner les hauts monts verdoyans

(t) tan cler et seraphirin (1516).

(2) même ponctuation bizarra en 1528 qu'en 1549.

DV M»tLK Ml V6NVS. 10$

De leurs flageola, et musettes série*.

Pan, et Eglé, à chanter «'employai**, Tous d'vn accord fournissent douce noise, ResiouUsans les esprits des oyans.

Mais plus que nulz, s'esiouit et degoise Le franc Tityre, en doux et ioyeux sons.

Parquoy le prys luy demeure, eu qu'il voise.

Car à Venu?, tant ont pieu ses chansons.

Qu'elle arresta son chariot doré Dessus vn tertre, à lendroit des buissons.

A son venir. Faunes l'ont adoré, Satyres, (1) Pans, Bgipans, Dieux agrestes.

Et Syluanus, par les bois honnoré.

Nymphes aussi, diligentes et prestes, .

A la Déesse ont offert leur seruice, Tout à lentour faisans danses, et festes.

Les Nappées, exercans leur office, Font bouillonner fontaines argentines, Creans vn bruit à sommeil trespropice.

Puis à dresser les tente* celestines Ont mis leur soing, les mignonnes Dryades, Faisans de bois ombrageuses courtines.

Les Hymnides, et les Amadryades Prindrent prez, fleurs, et tous arbres en cure, Pour reuestir les monts des Oreades.

Si n'est la gloire aux Naïades obscure, Qui vont gardant par les riues herbues, Que fleuue aucun d'eschappçr ne prooure.

Quand Venus vid les régions imbues De flair plus doux, qu'odeur ambrosiane, Partant du clos des florettes barbues :

Elle appella la fille de Diane

(I) 1516 a encore Satires.

Rooee dooce. ai de ref reeehir plantée La y snchsrgea cane cotidiane. (1)

Et celle à qui tels maures eont plaisantes, Pett Tn initier de perlée rondelettes, Plue que crystal, deres, resplendissantes,

Paie les pendît eatoar dee entelettee, Bar lee raineesax dee espineux rosière, (2) Et ma sommet dee Amirans violettes.

Ce tempe pendant, les fine ioyeox gosiers Des oiselets, Aurora saluèrent, Qui coolooroît deeia fleurs, et fessiers.

Toaa éléments, de ioye transmuèrent, En admirant sa blancheur rubiconde :

Et lee clers Cieux, leore béantes, donnèrent. (3)

Cy, 6 Clio, eelargie moj faconde, Pour expliquer dee haute faite de Venue, Ce que l'en vois, en matière féconde.

Vn Temple y ha, plue beau ne rid onq nuls, Assis sus Roc, en lieu fort autentique, (4) Aux confluents d'Arar et Rhodanus,

Là est le chef de la Gaule Celtique, Reflourissant comme vn autre Ilion, Et surcroissant en sa valeur antique.

Peuple Royal, portant coeur de Ljon, Y fait seiour, dont France est décorée.

Et y yoid on Njmphes Tn million.

Njmphes d'honneur, de beauté naturee, Beaux esperits, visages angeliques, • Plus qu'onques n'eut, en Cypre, ou Cytbaree. (5)

(1) guotidiane (1528), cotiiiane (1516).

(2) c.-à-d. petite ente, petite greffe.

(3) c.-à-d. mettre à nu, dévoiler.

(4) c.-à-d. considéré, notable, autrefois autentif, autentik.

(5) Citheree (1528), Cytharée (1516).

Df TBftFLl Dl VKWVS. fO?

Là, ha Venus son temple, et ses reliques, Ou mainte amants par grand 1 ardeur se vouent, Et y font vœux, tant priuez que publiques.

De temples maints que les Prêtes louent Ce n'est plus rien, ils sont tous abolis :

Mais cestuy seul, les Dieux font et aduouent.

Les piliers sont de dyamans polis, Le fondement est d'argent bien duisant, L'auantportal, tout de sapphirs iolis.

L'ordre du comble, ordonnée en croisant, Fait entasser les beaux piliers ensemble, Qui sont d'iuoire, et de fin or luisant.

Tout le dehors, m Paradis ressemble :

Le dedens n'est ne trop eler, ne trop brun, (1) Mais délectable à voir, comme il me semble.

Iadis Venus, en deux temples, dont Ywn Fut Corinthois, et l'autre de Sicile, Mainte flfle eut, dédié en commun.

Mais ceux destruits par guerre difficile, La grand Déesse, ba depuis mieux assis En Occident, son temple et domicile.

Car là void on simulacres massifs, Idoles peints, et viues imagettes, Sans encombrier de Terre ou de châssis.

Qui des griefz maux, ou (2) personnes subiettes Sont maintesfois, ainsi que par miracle Donnent respons de leurs douces gorge ttes.

De' ce haut temple, et meruèilleux oracle, Les autels sont de lis tresbien parez, Encourtinez, pour euiter spectacle.

Les chappes sont, de draps bien figurez :

(1) c.-à d. sombre, quelquefois farouche, funeste.

(2) où, auxquels.

M6 XA DCftCAIPTIOEI

Le propre encens, est d'odeur naturelle, Les benoitiers, des (1) vaisseaux corporels.

Et là dedens jamais eaue ne gelle, Se l'asperges (2) n'est destoffe amortie, Ou qu'vn froid vent de crainte ne s'j mesle.

Les confanons, de couleur assortie Sont les atours d'accoustremens gorriers, Branslans au vent, d'viie et d'autre partie.

Lesquelz on porte .aux festes voulentiers, Danses et ieux, ou se font fictions, Là mieux qu'ailleurs, les desplove on d'vn tiers. Là les templiers font leurs processions, Mainte statue est droit là transportée, Et là se font grands intercessions.

Là est Venus par musique enchantée, Et tout le chant prend d'amours aecordance, Ou volupté, sans nulle autre est hantée.

Là est l'vsage, et coustumiere danse De l'ordre hujnain, et le droit naturel Du diocèse, ou tant ha d'abondance.

C'est au lieu dit, Paradis corporel, Dont Genius est métropolitain, Qui tire plus que bœuf ou que torel. (3)

Genius donc, premier Primat hautain, De toute Gaule, ha citez suffragettes Tant en pais (4) prochain comme lointain.

Villes, citez, mignonnes et fringantes, En qui les biens du monde.se comprennent, Comme on congnoit par œuures élégantes.

(1) de (1528 et 1533), des (1516).

(2) Lacurne St Palaye ne donne que le sens d'asperaoir, goupillon.

(3) Genius, chapelain de Dame Nature dans le Roman de la Rote.

(4) pays, dUsyllabiq. (4516 et 1528).

DV TBFLI Dl VWV». W9

Et d'autres tant, qui tout les iours apprennent, Que Genius, Prélat Vénérien, Est esbahi, dont tant de gens luy viennent.

Or fait il bruire en maint lieu terrien Son tintinnable, et mener grand tin tin :

. Qui ne le peult sonner, (1) il n'aura rien.

Las cloches sont de métal argentin, Et qui ne tire, ainsi qu'à labandon Il aura beau cliqueter le patin. (2)

Car ia n'aura, ne grâce ne pardon :

Tant est le prestre estrange de nature, Qui tout deuroit présenter en pur don.

Ainsi Venus, parmj la fiourituiç Au iour poingnant, que matines sonnèrent, Feit de son temple ouurir la grand' closturo.

Et là séant, les oiseaux entonnèrent, Vn doux cantique, entrebrisé d'accords, Dont les parois du temple résonnèrent.

Phiiomena (3) moduloit ses records, Contre tenant, à Progne l'arondelle, Par vn doux bruit accordant sons disctfrds.

Merles, mauuis, de plus belle en plus belle.

Serins, tarins, faisans proportions, Y murmuroient, par tenson non rebelle.

Chardonnerets, en diminutions,

(1) Dans ce vers décasyllabe a majori, comme on a dit, le plus long hémistiche est quelquefois marqué par la virgule qui correspond au aigne / des éditions gothiques.

(2) Cf. cliquet, son d'une cloche et clique-patins, traine-savates. Dana Villon, clique patins désigne les amoureux qui faisaient claquer leurs souliers pour attirer l'attention des belles.

(3) Toutes les éditions antérieures ont aussi Phiiomena pour Phi- Umèle.

110 LA DWCR1PTIOH

Lynottes, gays, trestous, à qui mieux mieux, Feirent ouyr leurs iubilations.

Leurs poincts d'orgues, volèrent aux hauts deux Leurs versets dits alternatiuement Délectèrent les oreilles des Dieux.

Et quand leur hymne eut prins definement, Il vint auant maint nouuel Arion, Maint Orpheus, iubilant doucement.

D v vn vieil Terpandre, ou d*vn vieil Amphion, D'vn Àpollo harpant en sa coquille On n'ha plus cure, et si les deffie on.

Pour vn Linus chantant de voix tranquille, Vn Thamyras, Tubal, ou Pythagore, Il en est cent, et pour cent en est mille. (1)

Au nouueau chant, à la nouuelle gorre, (2) Venus s'endort, mieux qu'au chant des Se raines, Ou qu'à menger pauots, et mandragore.

Tous vieux flageots, guisternes primeraines, Psalterions, et anciens decacordes, Sont assourdis par harpes souueraines.

Par le doux son des nouueaux monocordes, Ont mis souz banc les gens du Roj Clouis, Leurs viiesles, leurs vieux plectres et cordes. (3)

Et maintenant fréquentent à deuis Les cœurs diuins, les pulpitres dorez, Anges nouueaux, dont les cieux sont seruis.

Au fin mjlieu du cœur, ouyr pourrez Entrebriser musique Alexandrine,

• (1) cf. Triofifo d'Amure, capitolo }V.

(2) 1. 1. mode ; gorrier *=* fris que, brocard, qui recherche la mode arec excès.

(3) Un autre apôtre de la Renaissance, J. Dutellay (dans la Diffense) traite de même les espicerûs du Mojen Age.

D? TKMPLS M TEHVS. 111

Et de Iosquin les verbes coulourez.

Puis d'Ockeghem, l'harmonie tresflne.

Las termes doux de Loïset Compère, Font mélodie aux oieux mesme confine. (1)

Les neuf beaux deux que Dieu tourne et tempère, Rendent tel bruit en leurs sphères diffuses, Que le sou vient, iusqu'en nostre hemispere.

Et de là sont toutes grâces infuses Aux clers engins, et le don celestin De la liqueur et fontaine des Muses.

Tant en François, que Toscan et Latin, L air y resonne, entre les murs du temple, Et plus au soir qu'il ne fait au matin.

Or, quand le nombre et l'ardeur ie contemple De tant de gens, qui deuant Venus chantent, le n'aj veine qui de stupeur ne s'emple.

Poètes maints, en ce grand temple hantent En descriuant les iojeux esbanois, Et leurs escrit8 y dédient et plantent.

Non pallissans deuant ces doux mynois, De peur de mort, ou de honte importable, Comme iadis aux aultez (2) Lugdunois.

Mais de cœur gay, de vouloir délectable.

Leurs conceuoirs hautement pindarisent,

(1) Josquia Desprez né à Coudé* (1450 f 1531), musicien de la cour de Louis XII, et disciple de son compatriote Ockeghem (1430 f 1513). — Louis ou Louiset Compère, célèbre contre- pointiste de la Flandre wallonne, condisciple de Desprez et peut-être aussi de Guillaume Crétin, Fauteur d'une Défloration sur Jean d'Ockeghem.

(2) 1516 a également auites ; mais 1528 et 1533 ont autels. Allusion à Juvénal. Sat. I, v. 43 :

Palieat ut nudis pressit qui calcibus anguem, Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram.

112 LA DB8CAIPTI0N

En figurant mainte couleur notable.

Musiciens de leurs voix symphonisent, Et leurs buseaux vnanimes concordent, (1) Soufflent, harpent, tympanent, citharisent.

Facteurs, Rimeurs, maint beau dictier recordent, A la louenge, et bruit de la Déesse, Et de beaux mots leurs dits ornent et bordent. (2)

La n ot on rien, que plaisance et liesse, Du bruit hautain le haut oiei en resonne, Tout à soûlas s'y déduit et acquiesce.

Là ne voit on, que gloire qui foisonne.

Là se produit lascinité Comique, Lyriques vers, dont amours on blason ne.

Là recite on d'inuention sapphique Maint noble dit, cantilenes et odes, Dont le style est subtil et mirifique.

Tout ce qui est en liures ou en codes, Se met auant, hymnes et élégies, Chansons, motets, de cent tailles et modes.

Là se déduit par généalogies Le tronc d'amours, son los qui resplendit, Et le nombre des grâces eslargies.

Là maint gosier, barytonnant bondit, (3) Qui Lay prononce, ou Balade accentue, Virelay vire, ou Rondel arondit.

Maint seruentois là endroit se punctue, (4) Chant Royal maint si chante et psalmodie :

(1) Minage donne ce passage pour montrer que buste* signifie flûte et tuyau de flûte. Seheler signale dans Gillon li Moisit bu$e au sens de trompette. Confusion avec buccina, en flamand bfituin 7

(2) Est-ce un souvenir du provençal bordo mm vers?

(3) c.-à-d. sonne, retentit.

(4) terme de musique : marquer les repos, diviser les phrases, dans la composition musicale.

DT «*»!•! SB VWIYS. H$

Brief, vuchacun 0*7 peine et esuertue.

D'amours sentir vnchacun s estodie.

Parquoy leans i'ouys ti doux ta moite, Qu'au monde s'est semblable mélodie.

Du bruit souef, qui au temple résulte Incessamment, sans silenoe ne pesés»

Dame Venus eesiouist et exulte*

Et oe pendant qu'on chantoit tant de proses, Le grand Prélat de ce temple notoire»

Sacrifloit d'encens pur et de roses,

Dont le doux flair, espars par l'oratoire, Refooilloit les oœurs des amoureux, Puis tost après on sonna l'offertoire.

Lors Genius (lequel prioit pour eux, Laissa l'autel) s'alla mettre en son tbrone, Et douant laj deux bassins grans et creux.

Maint poure amant de grand frayeur eeetonne.

Quand il perçoit ces grans vaisseaux d'argent, Bsquela il faut que chacun mette et donne.

Aussi maint chantre, et maint poète gent, Par grand desdain hissa liure et pulpitre, Et s'en va hors de secours indigent.

Et Genius triomphaht souz sa mitre, Bien aceouairé d'habits pontificaux, Hucha Danger, (1) son diacre et ministre :

Et luy dit bas : Monstre combien tu taux.

Garde que nul n'approche l'autel sacre, S'il n'ha argent, tant soit il fin ou faux.

Puis appella, Belacueil, souzdiacre, Disant ainsi : Garde bien souz ton œil D'abandonner statue, ou simulacre,

I) Personnage du Réman de la Ross, lequel symbolise la puissance iritalè, le mari, l'obstacle, in 8.

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