DO DB8IRÉ
Od prendray ie le principe du oonte, Pour explaner en sorte belle et prompte Du Désiré les faits nobles et preux ?
L'honneur, le bruit, les louenges dVh Conte, . Dont le recort maint autre cas surmonte.
Si ie m'y prens, ie crains reprinse et honte : Car à présent mes mots sont trop scabreux. (1)
Et quand i'auroye or* la langue diserte, Pour correspondre à la propre desserte De son mérite, et de ses grans vertus, Ou pour plourer vne si grieue perte.
Si n'en seroit sa gloire plus aperte :
Car haut louer, conduit par art experte, N'acoroist les faits de triomphe auestus. (2) Inuoqueray ie à mon secours les Muses, Nymphes, et Vents, et les Kaues recluses, Pour croître pleurs et grans regretz pointus ? la n'est besoing de forger telles ruses :
Car les douleurs dedens noz cœurs ast ruses, Sont en tous lieux si amples, et diffuses, Que tout cela n'y vaudroit deux festus.
Que feray donc en ces dures batailles ?
Formeray ie Lays de diuerses tailles ? (3) Chants d*Elegie, ou quereleux respons ?
Tout me duiroit, et les grains et les pailles, Pour déplorer ces tristes funérailles, Et pour blasmer la Mort, et ses tenailles,
(1) rocailleux.
(2) Toute autre louange languit auprès des grands noms. (Bossuet).
(3) P. ez. cette longue strophe de quatorze décasyllabes, qui a toute l'élégance d'une taille provençale.
Qui acait liarer de si terribles bonis.
Mais ie n'ay plus vn Virgile, qui plaigne
Son Mecenas, ne Catulle, qui daigne
Gémir* la mort des petis passerons.
Maistre Alain dort, dont de dueil mon cœur saigne,
Qui pour Millet sa plume en tristeur ï>aigne,
Grebant, qui pleure dVn bon Roy, la compaigne, (1)
Si ne scay plus désormais que ferons.
Encore est hors de ce mondain fabrique
Vn mien priué Robertet magnifique,
Qui mon feu George en grand pleur honnora, (2)
Et saint Gelais coulourant maint cantique,
Pleurant son Roy, plus cler que nul antique,
Les ha suiuy : si croy que Rhétorique
Finablement auec eux se mourra.
Vn bien y ha, qu'enoor me reste, et dure,
Mon Molinet moulant fleur et verdure,
Dont le haut bruit iamais ne périra,
Et vn Crétin tout plein de flouriture,
Qui le conserue en vigueur et nature,
Et toy Danton, car la sienne escriture,
Et ta chronique à tousiours flourira.
Si ay ie encor quelque autre amy en règne.
Qui mon beau clos cultiue & pleine resne, Et bien y scait maint plantage renger :
(1) Arnoul Greban, outre son grand My itère de la Passion, a composé des complaintes ou Déflorations.
(2) Cf. Chastellain VIII, 347 (éd. Kervyn). Maistre Jehan Robertet était secrétaire de Mgr de Bourbon et bailli d'Usson. V. encore ibid. VU, 145-154.