‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 68 sur 89 · S4 DR LA DIFFERENCE DES SCHISMES · texte numérisé non relu

S4 DR LA DIFFERENCE DES SCHISMES

riens, nousauons eu en leglise cxcmi. Papes, (l)sans les Antipapes, de tous lesquelz on ne trouue quun seul martyr. Cestasauoir saint Félix, deuxième de ce nom, qui fut fait décapiter (2) par lempereur Constans, filz de Constantin le grand. Toutesfois il est bien vray, que depuis ledit saint Syluestre, qui fut confesseur et non martyr, il y ha eu assez de Papes de sainte vie, et bonne conuersation. Mais auant que nous procédons plus auant,(3) il me semble bon de mettre en lumière la vraye origine, de lempereur Constantin le grand, lequel on accuse dauoir fait vn si grand mal en Leglise, en cuidant bien faire.

De Lempereur Constans père de Constantin le grand, lequel Constans fut Roy de la grand Bretaigne, à cause de sa femme Beleine : et la cause pourquoy Lacteur sarreste vn peu à la généalogie dudit Empereur Constantin le grand.

La raison qui me (4) meult de clarifier l'origine de Constantin le grand, est pource que aucun grand docteur de Leglise, sauue sa paix, ha erré, en laissant par escrit, quune si tresnoble dame, comme sainte Heleine mère de Constantin, fut fille dun tauernier. Tout ainsi comme Virgile faillit bien lourdement, en escriuant, que Dido (5) fut onques amoureuse d'Eneas. Aucuns autres aussi mauuais historiens ont mis que ladite Heleine estoit chetiue serue, et esclaue, laquelle chose nest aucunement vraye ne vraysemblable : considéré et attendu les grands vertus de hautesse,

(1) neuf vingt* quatorze (Ï&48).

(2) fut iadis décapité (1528).

(3) plus oultre (\US).

(4) me supprimé dans 1528.

(5) ne/ut (dans 1528, 1533 et 1548).

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et magnanimité qui estoient en elle : et les grands choses quelle acheua. Comme de trouuer la sainte croix, fonder tant de riches monastères en diuerses parties du monde, et autres biens innumerables, quelle feit. Lesquelles choses ne pouuoient auoir lieu en vne femme de petite sorte et extraction.

Pour donques entendre sa vraye origine, il faut auoir recours à la vérité des chroniques anciennes de la graûd Bretaigne, qui est telle : Que régnant audit païs le Roy Coël, (1) qui fonda Clocestre, Constantius César eut ladministration des prou i aces d'Espaigne, et de Gaule. Si se délibéra de recouurer le Royaume de la grand Bretaigne, lequel sestoit rebellé contre lempire Romain, du temps du Roy Asclepiador premièrement Duc de Corn ouai lie.

Constantius (2) César commença à régner pacifiquement sur lempire des Romains auec Galerius son consort, la mesme année, que les empereurs, Diocletian et Maximian, de leur plein gré, cédèrent à lempire, et desuestirent la pourpre, et les aornemens impériaux pour viure priueement et pacifiquement en leurs maisons : ce que ne feroient pas voulentiers noz Papes modernes. Dont quand lesdits deux empereurs et augustes . Constantius et Galerius, feirent partage et diuision entre eux deux, de la monarchie de lempire Romain, ledit Constantius homjpe de singulière modération, fut content dauoir seulement en sa part et portion les prouinces de Gaule, et d'Espaigne. Iasoit ce que dauantage, Italie, et Afrique, luy fussent escheues par sort. Si faut sauoir, que iceluy Constantius estoit fllz de là fille de lempereur Claude deuxième de ce nom, très-

(1) Cloel (1548). Coël de Colcheafer, ap. Wacé, Brut, v. 5713.

(2) Lea autre» éditioni ont : Constant. Cf. Àrturo Graf, Borna nsll* memoria, etc. (II, 50).

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bon et tresnoble Prince. Et à fin que Dioeletian eault et prudent homme, engendrast affinité et consanguinité entrt eux, il donna audit Constantius en mariage, Théodore, fille de la tagine de Maximum César, de laquelle il eu* eût enfkns : mais depuis i| la répudia, (1) et esponsa Heleine, unique et seule héritière du Roy Coël, de la grand Bra» taigne, de laquelle il eut Constantin le grand.

Quand le Roy Coël, de la grand Bretaigne, quan dit maintenant Angleterre, entendit que Constantes empereur dUspaigna et de Gaule, Tenoit à tout grand puieeenee, peur reeounrer son Royaume, et la réduire à lempère Romain, il aeea lattendre en batailla rangée, aine Imf enueya tes ambassadeurs propioes pour traiter de pais et dappointemaat, et se rendre subiat et tributaire audit Gaa* ftantûis empereur Romain, eommt plusieurs da eto anoestaes auoient este, depuis que Iulius César entra pramim» ment à main année, en ladite laie.

Or fat bien aontent lempenmr Coastantins, bomme de bénigne nature, de reoeuoir à trajeté et appointemani ledit Ray Coel auee les conditions daesusdites : mais enf aep» maines après le trgieté fttit, le Roy Coël alla de rie à ta** pas. 8i ne laissa quune fille, seule baritiere de «on Roy»» aume, nommée Haleine, la plus belle, et la plus fJtgsate du monde : bien .instruite es sept ars libéraux, et en tous instrument de musique. Laquelle lempereur Ceastaatias toingnk à luy par mariage. Et à, «este cause se eouffonn* et nomma Roy de la grand Bretaigne. Et nsst kt raison pourqaey les fiays d'Angleterre portent iaeques auiomrw dhny leur couronne A la amde de diadème Impérial. Il eut délie vn filz nommé Constantin, depuis surnommé le grand,

<t) ITfcbtdrs dit Uut U co utosàm . Cf. A. Oni, Mme, II, £5.

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empereur César Auguste, et Monarque de tout le monde. Et ledit Constantius son père Empereur de Gaule et d'Espaigne, et Roy de la grand Bretaigne, mourut en vne cité de sondit Royaume, nommée Eborac. (1) Et pour sa grand clémence et debonnaireté, fut réputé au nombre des Dieux, selou la vanité et superstition des Payons dadonques.

De lempereur Constantin le grand, fondateur de Constantin noble, etJUz éudit empereur Constant : et de sainte Beleine

Auguste, Boyne de la grand Bretaigne.

Constantin, surnommé le grand, premièrement Roy de la grand Bretaigne et depuis empereur trentehuitieme des Romains, des gestes duquel les histoires sont amples et diffuses, (2) commença à régner lan de grâce cccvm. Il fut esleué à lempire d'Occident luy estant en son Royaume de la grand Bretaigne. Et Maxence filz de Maximian se portent pour empereur d'Orient à Romme. Mais par traict de temps, ledit Empereur Constantin, Prince de grand cœur et vertu, deffit en bataille ledit Maxence, filz de Maximian, qui neantmoins estoit son beau frère : et deux autres Tyrans, lun nommé Licinius, et lautre Maximin, occupateurs de Lempire Oriental. Si régna ledit Constantin seul Empereur sur tout le monde. Mais après quil eut acheué lesdites. guerres ciuiles, luy estant encores Payen, commença à persécuter les Chrestiens, comme ses prédécesseurs auoient fait. De laquelle tyrannie il fut miraculeusement retiré, et conuerti à nostre foy, et baptizé par Pape saint Syluestre, qui parauant sestoit rendu fugitif, exilé et musse dedens les cauernes dune grand montaigne, appellee

(1) York.

(2) latinisme pour : développées, étendues.

258 m la MrrsftBNCE dis scnsus

Soracte en Italie, pour crainte de la persécution des Empereurs Romains.

Du Pape saint Syluestre, gui premier triompha en Uglite militante, au moyen des grans priuilegee et tiens temporéU que lempereur Constantin le grand eslargit i Uglite Romaine.

Sylvestre Pape trentequatrieme natif de Romme, estoit homme de sainte vie. À cause dequoy, il mérita dauoir telle grâce enuers Dieu, que de conuertir à la foy catholique lempereur Constantin le grand, lequel à ceste cause feit cesser toutes persécutions tyranniques qui se faisoient contre lés Chrestiens : commanda ouurir les Eglises des catholiques : clorre les temples des Idoles : et publier dadorer le signe de la croix par tout le Monde vniuêrsel, comme la plus victorieuse enseigne qui soit. Et deffendre, que nul ny fust plus mis au dernier supplice, comme on souloit faire au parauant. Laquelle chose fut vne merueilleuse mutation de la dextre du Souuerain, attendu, quun peu de temps au parauant il ny auoit homme si hardy qui sosast nommer Chrestien, sinon sur sa vie, ne faire le signe de la croix en appert, ainçois estoient les Chrestiens reputez comme gens infâmes, et pleins de maléfice, indignes et inhabiles dauoir aucun honneur, estimation, ou autorité en la chose publique.

Maintenant par la permission diuine, le Pape Syluestre est mis en honneur égal aux Roys. Mais sur ce pas, aucuns disputent, que ce fut au pourchas de lancien ennemy de lhumain lignage, lequel ne pouvoit autrement corrompre la sainteté des Papes, voyant que de trentetrois précédons, tous luy estoient eschappez par forte constance, et tôle-

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