T DES CONCILES DE LEO LUE
rance de persécutions et martyres : et sil ne (1) pensoit lors tirer tous les Ecclésiastiques à sa ligue, et cordelle, par l'bamesson de trop grand affluence de richesses, et par damnables hérésies, qui procèdent d orgueil, et par inflation de science, par lesquelz deux poincts il ; esperoit bien en auoir la plus grand partie. Et à ce propos aucuns récitent, que le iour de ladite donation solennelle, fut ouye en lair vne voix horrible, disant : Hodie venenum in eeclesia séminaux. Toutesuoyes ie ne lose affermer pour vraye histoire.
Le souuerain Prince donques, (2) Constantin le grand, voulut lors que le Pape fust aorné de pourpre, et daccoustremens impériaux : et luy mit au chef sa couronne dor, estoffee de riches pierres précieuses. Laquelle neantmoins ledit Pape refusa, par modération iuste et sainte. Et ne voulut autre aornement de teste, fors vne simple mitre Phrygienne, (3) de samyz blanc, de laquelle vsent encores auiourdhuy les Cardinaux et les Euesques à Romme, aux processions solennelles, mais non les Papes modernes. Ainçois, en lieu que saint Syluestre se déporta dune couronne Dor, laquelle Constantin luy présentait de sa souueraine puissance, ilz en ont prins trois de leur propre autorité priuee, auecques la tiare, dont vsoient iadis les Roys de Perse. Laquelle est haute, et pointue, comme vne coqueluche, et riche comme la boitte dun grand Lapidaire Oriental. Et certes à la vérité il y ha plus dadmiration de superfluité, que de réputation de sainteté. Car nostre Seigneur nen portoit point de telles. Et à cette cause Platina
(1) et que il pensoit (1528 et 1533). Y. A. Graf, j&ww, etc. II, 96.
(2) 1548 commence la phrase par Adoncqnet.
(3) En archéologie, la tiare phrygienne on mitre phrygienne.
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tresgrand historien, (1) qui de ce se moque en la vie du Pape Adrien, premier de oe nom,: appelle le Pape Paule Vénitien, surnommé Superbe, qui trop se glorifloit en la pompe da.cest Aornement, non pas Dieu en terre : eomme ils veulent estre appeliez par le peuple vulgaire : mais la Déesse Qybele . Phrygiaatquc turrita, non mitrala. Et la raison estoit, pource que ledit Pape Paule Vénitien se fardoit quand il se vouloit monstrer aux Pèlerins, en lannee du lu bile. Et vsoit plus daccoustremens de femme que dhomme. Et pource dit saint Augustin, au liure des mots de nostre Seigneur, à fin de reprendre larrogance des Papes qui se contentent (2) destre appeliez Dieux : Qui vult videri Dms % dm Ht homo, non imitatur il lu m, qui cûm Deus cstet, pro Mo foetus est homo. Oultreplus, Platina en la vie du Pape Iean septième de ce nom, met expressément, que la chaire trouée, qui est à saint Iean de Lateran à Romme, là ou le Pape sassiet premièrement, et le dernier Cardinal diacre est député pour luy taster les genitoires, nest pas faite comme le vulgaire dit, à fin de sauoir sil est homme ou femme : mais à fin de luy donner à congnoitre quil est mortel. Et les propres mots dudit Platina sont telz : Sciât Pontifew, se non Deum sed ko mine m esse. Et sappelle en Latin ladite selle, ou chaire percée : Sedes s ter cor aria,
Toutesuoyes , tant sont friandes et blandissantes les richesses temporelles, que iasoit ce que saint Syluestre refusast par sa modération la couronne Dor présentée par Lempereur, neantmoins ne fut il point de si estroite conscience, qui nacceptast bien et voulentiers, plusieurs autres
(1) Platina fut livré à la torture par ordre de Paul II, en 1470.
(2) 1548 et 1549 ont remplacé ainsi le latinisme contendent (s'efforcent) du texte original.
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grans dons, rentes et demaines, de lempire Romain, que ledit Prince luy donna et céda : et transporta (1) la cité de Romme, comme aucuns disent, et les autres tiennent le contraire, qui est la première difficulté. Et lautre est, que au cas que ledit Constantin leust fait, asauoir mon; sil le pouuoit faire au preiudice de ses successeurs, desquelles disputations ie me déporte : car cest plustot occasion de tomber en erreur hérétique, comme celle des Bohèmes, que autrement : et plusieurs grans esprits y ont mis la patte. Entre lesquelz Laurens Valle, noble homme Romain et Orateur de grand véhémence, soustient totalement que ceste donation est faulsement et peruersement controuuee. Si ne scay ie comment tout va, sinon que pour autant quil me touche, ie me tiens à la plus saine opinion.
Ledit saint Syluestre feit célébrer le premier grand Concile gênerai, en la cité de Nicee en Bithynie, mainte* nant possédée par le Turc contre lheresie Àrrienne, qui commençoit à pulluler : laquelle affermoit bien ia Trinité des personnes, mais elle nyoit limité de 1 essence. Et en iceluy Concile furent presens cccxviii. Euesques : et est îautorité dudit Concile, égale aux saints Euangiles. Maintenant nous descendrons aux autres schismes, débats et controuerses, qui depuis sen sont ensuiuis, et comment les hérésies multiplièrent, et les tribulations de Lempire, et de Chrestienté suruindrent, et des Conciles tenuz, pour là reformation de Leglise.
(1) On a dit : transporter une terre, an droit, une propriété. On préfère transférer quand on a observé toutes les formalités requises.
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Ze temps du second schisme, et diuision en Leglise, fui fui tantoit après la donation de Constantin, et dure iusques au troi~
" siem: et des hérésies et tribulations qui aduindrent es pendant, mosmsment du premier Pape hérétique, schismaitqus, et infante.
Apres saint Syluestre, qui receut la donation de Constantin, ny eut que deux Papes pacifiques : cestasauoir sans schisme, et sans discord : dont lun fat nomme Marc, et lautre Iulles. Pendant lequel temps la forte hérésie des Arriens se renforça de plus en plus. Et dicelle fut corrompu lempereur Constans, filz du grand Constantin, donateur dessusdit. Parquoy ledit Constans commanda Ionzieme persécution contre les catholiques, et enuoya ledit Pape Iulles en exil. Auquel succédèrent Liberius et Félix ensemble compétiteurs, c'estadire contrarians lun à lautre, et pretendans chacun destre Pape.
Liberius, combien quil fust hérétique, gaigna sa cause, par la faueur de lempereur Constans, et demoura au siège seize ans sept moys et trois iours. Neantmoins il est conté pour le premier Pape infâme, schismatique et fauorisant aux Arriens hérétiques, contre les vrays Chrestiens catholiques, par ambition de la Papalité, et pour complaire à lempereur Constantin le ieune, infect de ladite hérésie, laquelle fut lune des plus mauuaises et des plus cruelles et scandaleuses, qui onques fut au monde : et pire que la secte des Mahomethistes. Car les euesques, et prestres Arriens, persecutoient les autres euesques et prestres, et tout le peuple catholique, par si merueilleuse inhumanité que onques nen fut ouye de pareille, mesmement en Afrique et Espaigne, du temps des Roys des Vuandelz.
Pour reuenir à propos, le vray Pape catholique Félix
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fat fait décapiter par ledit Empereur Constans, le treizième moys de son Papat. Et disent les historiens, que ce fut le dernier martyr. Et ce pendant commencèrent à pulluler autres hérésies, si comme les Donatistes, qui rebaptizoient les catholiques : et les Eunomiens, qui disoient que issus christ nestoit point semblable à Dieu le père par nature, mais par grâce. Et les Macédoniens, qui nyoient le saint Esprit estre égal au Père et Filz. Auecques lesquelles tribulations de Leglise, fut adioustee la douzième persécution des Chrestiens commandée par Iulien l'Apostat Empereur, premièrement Chrestien et depuis Idolâtre. Laquelle tyrannie et apostasie dudit Empereur pouuoit bien procéder & cause du mauuais exemple quil trouuoit en nostre Eglise.
Le temps dutroisieme schisme, tus que* au quatrième : et des tribulations de Leglise, et de Chrestienté: auquel temps, Homme fut destruite par les Ooths : et des Conciles tenu* pendant ledit temps durant, enuiron dixhuit ans.
Incontinent après le second schisme, le troisième suruint, entre le Pape Damasus natif d'Espaigne, et Vrsicinus Cardinal Diacre, son aduersaire et compétiteur. Et fut leur querele debatue à force darmes de chacun costé, dedens leglise mesme, tellement quil y eut beaucoup de gens tuez dun costé et d autre. Finablement Damasus vainquit et fut supérieur. Et Vrsicin qui sestoit porté pour Antipape, fut contenté de leuesché de Naples.
Or (1) est il ores bien facile à coniecturer, quel détriment et de corps et dames, apporta à Leglise et à la Chrestienté, la trop libérale ou prodigue donation de Constantin, veu que desia par violence de guerre ouuerte, et par le sang
(1) Il est maintenant fan.... (1548).
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des humains, le saint siège Apostolique se achette. Par ainsi Damasus fat le premier Pape, qui à main armée se seyt en la chaire S. Pierre. Toutesuoyes, on lestime saint et glorieux confesseur. Il fut accusé dadultere, mais il sen purgea solennellement. Et fut le premier qui donna autorité aux œuures de saint Hierome.
Bnuiron ce temps, Homme fut prinse et destraite par Alaric Roy des Ooths. Laquelle chose engendra grand esclandre en leglise Chrestienne : car les Payens repro* choient ceste malauenture aux Ghrestiens, et vouloient du tout anichiler la foy : Disans que ce mal estoit aduenu à la chose publique, à cause de ce que les Empereurs Romains auoient délaissé la culture et seruice des Dieux. Pour auquel erreur obuier saint Augustin composa les liurçs de la cité de Dieu.
Oultre ce, pour plus troubler Leglise, lennemy de nature hiynaine excita plusieurs hérésies, desquelles la principale estoit la Pelagienne, du nom de son maistre, qui soustenoit faulsement, que lhomme peult mériter, sans la grâce de Dieu : et ne doit auoir cure de baptesme, ne des suffrages de leglise. Pour laquelle erreur (1) extirper, fat fait vn concile et congrégation générale, en la cité de Garthage, de CCxyiii. Prélats, là ou S. Augustin monstra bien sa parfonde science et vertu .
Lempire Romain commençoit en ce temps de tomber en misérable décadence : car les Vuandelz, nation Germanique, auec leur Roy Genseric, et les Huns auec leur Roy
(1) Toutes les éditions ont ici le féminin. Selon Maupas ((Trammaireet syntaxe française, Blpys, 1625) erreur et kmmeur sont des deux genres. C'est an conflit entre la syntaxe du moyen-âge de celle de la Renaissance.
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Attila (qui se intituloit le flayau de Dieu) se respandirent en dioerses prouinces de (empire Romain, et mettaient tout en gast et en ruine. Aussi les Saxons idolâtres, commencèrent à conquerra la grand Bretaigne sur ceux do païs qui estoient bons Chrestiens. Et dautre part, la synagogue des Iuifz, entreprint de composer le Hure de Thaïmud, contenant toute peruerse doctrine, contraire aux saints Euangiles.
Le temps du quatrième schisme, iusques au cinquième. Et des tribulations de Leglise et de Chrestienté. Et des crans conciles célébrez contre les hérésies qui pulluloient adonques : Lequel temps contient enuiron cinquante ans.
Depuis ledit troisième schisme, iusques au quatrième, il ny eut que quatre Papes pacifiques : Cyrice, Anastaise premier de ce nom, Innocent aussi premier e; Zozimus. (1) Apres lesquelz commença le quatrième schisme et diuision en Leglise : c'estasauoir entre Boniface premier de ce nom, et vn Cardinal prestre, nommé Eulalius. La cause du différent fut, pource que le clergé se diuisa ea deux bendes : dont luue partie eslut ledit Boniface Romain, filz dun prestre nommé Iocundus, dedens le palais de lu lies : e: lautre parti donna voix détection, audit Eulalius, dedens la Basilique de Constantin. Laquelle chose entendant lempereur Honorius filz de Theodose lancien, estant pour :ors à Milan, à la requeste de lemperiere Placidia sa femme, et de leur filz Valentinian César, chassa tous lesdits deux Antipapes hors de Romme. Toutesuoyes ledit Boniface fut reuoqué le septième moys après, et constitué seul euesque de Romme. c
(1) Toutes les éditions ont cette orthographe pour St Zotime.
Depuis lequel temps, .iusques au cinquième ensuiuant, commença Iheresie des Prédestines* (1) Laquelle afferment, que rien ne proufite aux saintes gens pour acquérir la rie éternelle, faire bien en ce monde : car Dieu ha prédisposé en son éternité, lesquelz doiuent estre damnes ou sauuec. Oultreplus, en linterualle dudit temps, le second grand concile yniuersel de quinze cens (2) Prélats catholiques, fut célébré à Co ns tan ti noble, du temps des Empereurs Gratien et Theodose, et du Pape Damasus, contre terreur de Macedonius Patriarche de Constantinoble, et ses complices, qui ny oient le saint Esprit estre Dieu.
Consequemment fut assemblé le troisième grand concile vniuersel en la cité d'Ephese, de deux cens euesques, par le commandement dudit Empereur Theodose et du Pape Celestin, contre lheresie des (3) Nestoriens, qui nyoient la vierge Marie estre mère du Filz de Dieu. Et en ces entrefaites toute Gaule, Espaigne et Afrique, furent courues et degastees par la cruelle inondation de plusieurs nations Barbares, si comme Goths, Vesegoths, Ostrogoths, Vuandelz, Alains : et les églises destruites et désolées. Auquel temps les onze mille Vierges recourent martyre à Colongne, et S. Nicaise à Reims.
Encore fut tenu et célébré en ce temps là le quatrième grand concile yniuersel de Leglise, en la cité de Chalcedoine, assise en Asie la mineur, quon dit maintenant Natolie, ou Turquie. Auquel se trouuerent six cens et trente euesques, par lautdrité du Pape Léon, premier de
(1) C.à-d. prédestinations ou prédestinations. (:>) L'éd. 1548 donne ; XII cens, et Yèd. 1528 : douu preUUtet plut bas encore : di%x iPUfues. Etrange négligence ! (3) 1528 ajoute : injUUllet.
BT DIS CONCILES M LEGUSB. 987
ce nom, et de lempereur Marcian. Et ce, pour conuaincre lheresie d'Eutychianus, Abbé de Constantinoble. Lequel soustenoit quen nostre Seigneur Jesvs Christ, après quil eut prins chair humaine, ny auoit quune nature : cestasauoir (1) diuinité. Laquelle hérésie extirpée par ledit concile, il sen esleua vne autre nommée Àcephalique : cestadire sans chef, laquelle contredisoit aux saints Canons et Décrets dudit concile.
Encore y eut vn autre grand mal en ce temps : car le chef de toute Leglise, cestasauoir le Pape Anastaise second de ce nom, natif de Romme, deuint hérétique : et est conté pour le second Pape infâme, depuis la donation de Constantin : Car il fauorisoit à lerreur des Nestoriens, comme le Pape Liberius dessus mentionné, soustenoit le parti des Arriens. Et néant m oins il osa pour le premier des Papes, ietter la sentence d'excommuniement sur Lempereur de mesmes nom : cestasauoir Anastaise, pource quil fauorisoit à vn autre hérétique nommé Achatius. Mais en parfin par le iuste (2) iugement de Dieu ledit Pape mourut misérablement, et respandit ses entrailles en vne làtrine, cestadire chambre secrète (comme tesmoignent tous les historiens) après auoir occupé le siège Apostolique seulement vn an, et vingtquatre iours.
Du cinquième schisme : et des conciles célébrez pour lunion de
Leglise, et lextirpation des hérésies.
Le cinqvieme schisme et diuision en Leglise, commença enuiron lan de nostre Seigneur quatre cens quatre vingts
(1) pure.
(2) juste ajouté par 1540.
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et quatorze : tantost après la mort dudit infâme Pape Ànastaise. Et fut ledit schisme entre deux contendans : cestasauofr Symmachus et Laurens. La cause du débat fut pour le discord du clergé, dont lune partie eslut ledit Symmachus en la Basilique Constantinienne : et lautre partie donna sa voix audit Laurens, en leglise de sainte Marie Noue. A cause dequoy sesleua grief tumulte et dissension au Sénat et au peuple Romain, diuisé en deux pars. Tontesuoyes par le consentement de tous fut aduisé quon assemblèrent le concile à Rauenne, en la présence de Théodoric Roy des Goths : laquelle chose conclue et produite en effect, après auoir discuté et congnu le droit dun chacun, le Roy Theodoric conforma la Papalité audit Symmachus natif de lisle de S arda igné. Si fut mestier À Laurens dauoir patience. Neantraoins il fut recompensé de (1) leuesché de Nucere, et ainsi fut fine le cinquième schisme.
Du sixième schisme.
Entre lesdits deux personnages mesmes, fut le sixième schisme : car il aduint quatre ans après que aucuns du clergé de Romme séditieux et de mauuaise sorte, et amateurs de nouuelleté, & layde de Festus et Probinus, Sénateurs Romains, tascherent de déposer le Pape Symmachus : et rappelleront ledit Laurens son aduersaire. Dont le Roy Theodoric fut si indigné quil enuoya prompteraent vn Euesque nommé Pierre Al tin, pour tenir le siège Apostolique par luy mesmes, et chasser les deux autres. Toutesuoyes Symmachus assembla vn concile de six vingts
(1) de pour par.