‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 72 sur 89 · DE LA DIFFERENCE DBS SCHISMES · texte numérisé non relu

DE LA DIFFERENCE DBS SCHISMES

torien met, que aux Flamens fut baillé va Euesque : Car le pais de Flandres, qui parauant estoit la forest Charboniere, pleine de mares tz, sestoit de nouuel commencée à peupler et habiter. Parquoy il faut coniecturer que alors ilz furent mis souz le Diocèse de Tourna y, ou ilz sont encores. Oultreplus, ledit Pape Iean neuuieme , donna solennellement audit concile la couronne de Lempire an Roy Loys le Bègue, et lappella Auguste. Mais il ne voulut point couronner sa femme, nommée Richent, combien quil en fust instamment requis. Ces choses faites, et le concile licentié, ledit Pape Iean neuuieme, sen retourna à Romme pour obuier aux Sarrasins d'Afrique, qui en ce temps là auoient occupé une partie d'Italie.

De deua conciles tenus à Reims, contraires lun à l'antre : Lun

par le Roy, et lantre par le Pape.

Hve capet régnant nouuellement en France, assembla le concile des Prélats de leglise Gallicane à Reims en Champaigne. Et pource quil hayoit et craingnoit la postérité 4© Charleroaigne, sur laquelle il auoit vsurpé le Royaume, il feit audit concile déposer larcheuesque de Reims, nommé Arnoul, frère bastard de Lothaire, iadis Roy de France, et mit en son lieu vn moyne, philosophe et nécromancien, lequel estoit expert en lart de Toulette. (1)

Contre ledit concile le Pape Benedict, septième de ce nom, en feit célébrer vn autre en la mesme cité de Reims : auquel ledit Arnulphus fut restitué , et ledit Gerbert déposé, qui neantmoins fut depuis archeuesque de Rauenne,

(1) Tolette, dans les antres éditions ; celle de 1528 ajoute : nomme Qerbert.

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et depuis Pape de Romme, au moyen de ladite art diabolique, dont il se sauoit bien ayder. Mais flnablement il mourut pou rement. Gest celuy de qui on lit ce vers commun :

Transit ad R Oerbertus ad R Ht papa regens R.

Pource quil eut trois dignitez, commençans par une mesme lettre. (1)

Du grand concile gênerai et vniuersel célébré à Clertnont en Auuergne, au temps de Phelippes premier de ce nom, Roy de France, présent le Pape Vrbain deuxième. Au moyen duquel concile, le grand passage de Godtfroy de Buillonfut mis sus t et la terre sainte recouuree.

Le saint père Vrbain deuxième de ce nom, parauant Abbé de Clugny, et Cardinal d'Hostie, fut meu de grand pitié et compassion par les paroles dun vaillant preudhorome nommé Pierre l'Ermite, natif du Diocèse d'Amiens, lequel venoit de pèlerinage- de la terre sainte : et auoit raconté au Pape, la seruitude, pitoyable misère, et poureté, en laquelle il auoit veu de fresche mémoire, le Patriarche Simon de Hierusalem , et tous les Chrestiens doultre mer. A cause dequoy ledit Pape Vrbain deuxième, délibéra tresaffectueusement de semployer au recouurement de la terre sainte, et la tirer hors de la tyrannie et cruauté des Turcz et Sarrasins, infidèles et Mahomethistes, ou elle auoit esté détenue depuis le temps de lempereur Heracle, cestasauoir par lespace de quatre cens quatre vingts ans, ou enuiron.

(1) Rome, Reims, Ravenne.

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Dont tant en intention de ce (aire, comme pouroe quil ne sauoit trouuer manière de viure en paix auec lue Romains, qui sesmouuoient de iour en iour à tumulte et sédition contre luy : et pour autres grands raisons aâoefcv saires, il print occasion de partir de Romme, et venir en France. Si commanda prestement assembler le concile vninersel de toute leglise catholique, en la cité de Clermont en Auuergne. Aucuns historiens tiennent aussi, quil célébra vn autre concile à Toui*s : cestuy cy est le plus renommé et le plus certain. Ce fut au temps de Phelippes premier de ce nom, Roy de France, et de la Roy ne Berthe, fille de Florent Roy de Frise, et Conte de Hollande. Dont quand le concile gênerai fut assemblé au nom du saint Esprit, ledit saint père Vrbain, feit vne oraison ou barengue belle et élégante à tous les assistans en langue Latine, (1) laquelle iay mise en François, ainsi comme sensuit :

La keurençue du Pape Vrbain, deuxième de oe **m, faite au concile de Clermont en Auuergne, au peuple Chrestien, pour lee enhorter à la deliurance de la terre sainte* occupée par les Turcz et Sarrasins.

Vovs hommes Chr est iens qui estes en ce lieu conuenuz à nostre mandement, estimez paraventure que la seule cause qui nous ha contraint de laisser Romme et Italie, et venir pardeça, nest que pour reformer et mettre en meilleur ordre les choses appartenans à lestât ecclésiastique, et à nostre sainte foy et religion catholique : Certes il est bien

(1) Michaud (Hist. des Croisades I, 64, éd. de Bruxelles) pense que le pape Urbain, étant français, se servit du dialecte roman usité •^Auvergne.

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vray que cela en ha esté cause en partie : mais il en y ha encores vne autre trop plus grande et plus nécessaire, voire et telle, que nulle autre ne peult estre dite plus grande, laquelle nous ha cy attrait.

Depuis peu dans en ça, vne gent Agarene (laquelle cor» ruptocnent vous nommez Sarcasme) est yesue de Perse* enuahissant les lieux et contrées de la terre sainte et cité de Hierusalem, ha tout prias, tout pillé, tout bru lé, et le tressai nt sépulcre de nostre Seigneur Jésus Christ honni et oontaminé : laquelle chose nous ne pouuons dire sans larmes. Temples, églises, chapelles et autolz, esquelz on seruoit Dieu à la mode Chrestienne, ou ont esté démolis et mis par terre, ou changez en lusage prophane de la secte de Mahome th. Et dun grand nombre de créatures Gàrestienne* emmenez violentement hors dillec, les vns par fragilité humaine et par limpatience des tour m en s, ont renié in foy, et eont deuenuz Sarrasins, après auoir esté circoncis» Les autres fermes et constans en la foy, ont esté despecez et martyrisez par diuerses manières de mort, tellement que le plus heureux sest réputé celuy, qui de la main dun diceux bourreaux, pouuoit auoir incontinent la teste trenchee sans plus languir.

Et quant aux femmes Chrestiennes, lesquelles esmues de deuotion sont autresfois parties des villes et citez daucuns d'entre vous qui estes icy presens, pour aller visiter, baiser et adorer les saints lieux : après quelles ont passé tant de mer et tant de terre, ont souffert tout oe qui est exécrable à dire et que la cruauté des ennemis de Iesus Christ, ha sceu penser et controuuer, non tant pour saouler leur luxure que pour ahontir et vergongner la Chrestienté. Lesquelles choses, si vous estes vrays Chrestiens (ou plustôt diray ie, si voua estes hommes) vous ne pouuez omyr

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do bon courage, ne supporter en patience. Et à fin que vous vueillez entendre de cœur et de pensée en toutes les choses dessusdites, et pouruoir à icelles selon la dignité du nom de Chrestienté, trois choses y ha qui vous y doiuent non seulement induire, mais attraire. Premièrement les bons exemples de voz prédécesseurs : secondement le grand péril prochainement apparent si on ny remédie : et tiercement lesperance des merueilleux guerdons qui sen ensuiuront. Donques auant que nous procédons aux autres choses, certainement les circonstances qui touchent au danger. et péril eminent, seront plus facilement mises deuant voz yeux.

Nous sommes certains, quil ny ha homme de vous qui ignore comment les tresbonnes et tresfertiles régions d'Asie et d'Afrique, iadis subiettes au saint Empire Romain, et depuis à Leglise catholique, sont possédées par les Turcz et Sarrasins noz ennemis, ou plustot de nostre Seigneur et Dieu immortel Jésus Christ. Oultreplus, si vous tous en la généralité ignorez quelles prouinces d'Europe, et quelles citez iceux mescreans oppressent, occupent et destruisent, chacun toutesuoyes en sa prouince particulière le doit bien sauoir : si ce ne sont dauenture vous autres de la nation Gallicane et Françoise, qui comme les plus lointains ne sauez rien de cecy : et qui toutesuoyes deuez ouyr presques iournellement les pleurs et les clameurs des Espaignolz, et de ceux de Languedoc affoliez de celle gent inhumaine, attendu que tous les iours on les maine pour esclaues et serfz delà la mer en Afrique, que vous dites maintenant Barbarie.

Et dautre part, entre vous Germains, Saxons, Polaques, Bohèmes, et Hongres, si vous ne sentez encores les Turcz forcener dedens voz entrailles, deuez vous pourtant ignorer

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