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de combien petis interualles de mers et de riuieres, ilz soient lointains ou prochains de vous ? Ores ie parle à (1) Italie, de laquelle par plusieurs ans cy deuant les Sarrasins ont occupé presque la moitié, et se sont fourrez dedens si auant, que la grand cité Romaine capitale de tous les Chrestiens, le siège des successeurs de saint Pierre, encores tout freschement arrosée du benoit sang des martyrs, ilz lont enuahie, assiégée et prinse par force. Et les églises des Apostres saint Pierre et saint Paul, souillées, pollues et coinquinees.
le voy icy les Vénitiens, ceux de Dalmace et de Histrie, et autres habitateurs dentour la mer Adriatique, lesquelz en tant quilz ont perpétuelle guerre auec les Turcz et Sarrasins, pour eux mesmes deffendre, cependant ilz gardent et présentent la reste d'Italie, à fin que ladite gent ne lentame. Combien que certes ie ne scay bonnement, si endementiers que les Turcz et Sarrasins sont gardez dentrer en possession de la mer Adriatique, ilz sont plustot reboutez d'Italie, que d'Aliemaigne et Hongrie.
Mais pourquoy marresteray ie en vne chose si tresmanifeste et notoire à vnchacun ? Il est certain que iusques à ores, sur les frontières et extremitez de Septentrion quant aux parties d'Europe, Lempire de Gonstantinoble ha esté vnfort auant mur et obstacle. Car il ha assoupy et arresté tout court les horribles inondations, inuasions et impetuositez des infidèles, Turcz et Sarrasins, lesquelles estaient disposées de foudroyer tout ce quelles trouueroient deuant elles. Or ha ledit Empire de Constantinoble gardé premièrement que les nations des infidèles ne crauentassent les
(1) <fe(1528).
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Hongres, les Polaques, les Bohèmes, voire meemee le* Allemaûs, et toute la reste de Chrestienté. Mais quoyî Lempereur de Grèce, depuis aucuns ans ença chassé et deietté d'Asie la mineur (laquelle on dit maintenant Natolie, ou Turquie) se soucie et trauaille desia assez, à ce quil puist conseruer et retenir son Empire, et ses pais et seigneuries situées en Europe, cestasauoir deçà la mer Hellesponte, prochaine de Constantinoble.
Si donques maintenant vous ne regardez et considères sans plus, que les choses qui sont deuant voz yeux, sil ne vous chaut daller au deuant* et résister aux Turcz et Sarrasins infidèles, qui de brief sappareillent à vous courir sus : attendu que par v astre négligence auee desia souffert» que le saint sépulcre de nostre Seigneur, et la terre ror laquelle Jésus Christ ha marché, ayt esté souillée et honnie dune si tresorde vilenie de gens, certes vous les sentirez tantost impétueusement forcener sur voz testes. Et vous dolents et malheureux verrez voz femmes estre cruellement esrachees (1) dentre vos bras, voz filles du giron de leurs mères, et voz enfans et iouuenceaux estre rauis et entrainez en violente seruitude.
Assez trop mieux (ô mes enfans) et auec plus grand louenge se sont portez noz prédécesseurs (à fin que nous le prenons vn peu plus haut) lesquelz ont esleué leur haut renom et dignité par prouesse, commencée à Romme et en Italie, et augmentée par les forces d'Europe, iusques à la souueraine monarchie de tout le monde : par toutes les régions et prouinces duquel le nom Chrestien ha flouri. Lequel nom, nous voyons de nostre temps estre pressé et reculé en vn petit anglet de la terre. Et tous les iours
(1) cf. exradicare.
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auona crainte nouuelle, quil ne déclina et sabolisse du tout. Mais venons aux choses plus prochaines.
Charles surnommé le Grand, de la vostre nation presques de toute ancienne origine (ô Germains) et Roy aussi de vous François, et de toutes voz deux nations le très grand loz et decorement, dechassa hors d'Espaigne et d'Aquitaine (qui sont les propres frontières de France) plusieurs turbes et multitudes infinies de mescreans. Charles débouta les Sarrasins d'Italie : Charles (comme vous affermez par commune renommée) les ietta hors de Hierusalem et de la terre sainte, tellement que vous auez accoustumé de dire, par manière de grand louenge et glorification, que ixxy seul ha fait demourer le nom de Chraatienté en Europe. (1)
Mais dites moy, ie vous prie» de quelle gloire vous pourrez vous désormais vanter ? comment oseriez vous dire cy après, que la nation Françoise est la seule et la première, laquelle on doit vrayement appeller Chreetienne, attendu quen celle abondance de (2) richesses, que vous estes présentement, vous permettez par vostre nonchallance que la reste du peuple Chrestien soit chetif et malmené par les Turcz et Sarrasins i Cestasauoir après que parauant le sépulcre de nostre Seigneur ha esté prins et empunaisé par eux mesmes.
Resueillez vous (ô forts, et vaillans hommes) noue vous ea prions et adiurons, et pour la miséricorde intrinsèque de Dieu vous en requérons, comme ceux qui seront vif exemple, miroir et enhorteinent à toute la Chrestienté. (3)
(1) Y. Gaston Pari», Hist. poétique de Charlemagne, passim.
(2) abondance et richesses où (1528).
(3) toute chrestienté {IB28 et 1548).
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Prenez voz armes, desployez voz banieres, et mettez aux champs voz compaignies et voz légions . Si aurez autant de suite et dadiutoire, comme vous monstrerez le faire de plus grand courage. Dieu toutpuissant sera présent en vostre affaire, et si enuoyera ses Anges du ciel deuant vostre face, à ce (1) quilz adressent voz chemins, et quen tous cas et toutes fortunes ilz vous aydent et assistent.
Ny ha il donques aucun qui désire dentendre de nous, quel et combien grans sont les guerdons et mérites de ceste emprise? Certes ilz sont les plus hautains et les plus amples de tous autres : et telz, que aucun homme de sain entendement, ne doit espérer les semblables en nulle autre guerre. Or est il ainsi, que quiconques allant en ceste sainte querele et poursuite, laissera son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses propres richesses, son estât, et la gloire de sa maison, (2) il est certain de recouurer des choses beaucoup plus grandes, et du tout incomparables. Et que veult on plus ? Ceux qui remaindront en la bataille, et seront occis des ennemis, conquesteront riche butin et despouille comme silz estoient vainqueurs : et seront menez en la Gloire éternelle du Royaume des Cieux à eux appareillée, là ou ilz triompheront auec les saints, et auec nostre Seigneur Jésus Christ, chef et conducteur de ce tressaint voyage. (3)
Et oultreplus, si telz en y ha qui quierent et demandent guerdons terriens et salaires transitoires, leur souuienne
(1) ad id =• à cette fin, qu'ils redressent.
(2) Dans les éd. 1528 et 1548, oo ne trou?e que : laissera son père et sa maison.
(3) Mêmes arguments dans les poètes belges Quesnea de Bethone et Maerlant Van den lande van Overtee.
ET DBS CONCILES OS LBGLISB. 387
que la terre de laquelle il est maintenant question et propos la mettre à deliurance de noz ennemis : est celle laquelle Dieu nostre souuerain père promit iadis donner en héritage à son peuple d'Israël : terre qui est affluente de lait et de miel : Cestadire de toutes choses qui sont souefues et délectables aux corps humains.
Prenez donques et empongnez les armes entre vous Chrestiens, pour mettre à deliure le sépulcre de nostre Créateur, et pour faire tant et tellement (moyennant la grâce et miséricorde de Dieu) que ainsi que vous tous espargnerez à vous mesmes honneur et gloire immortelle, pareillement vous acquerrez les richesses inestimables du siècle aduenir.
Comment loraison dessus spécifiée* prononcée par le Pape Vrbain, causa merueilleuse tflcace eti la Chrestienté: et comment les Princes de par de ça y se croisèrent en grand nombre.
Le (1) dessvs nomme, saint père Vrbain deuxième de ce nom, neut pas si tost acheué sa harangue proposée, que tout le peuple assistant commença à sescrier tout à vue voix, comme si ce eost esté vn coup de tonnoirre, Dieu le veult. Et lors le Pape leur donna sa (2) bénédiction, en disant que ce mot là, seroit tousiours pour leur cry, (3) durant le voyage. Si se croisèrent deslors, bien trois cens mille hommes tous bons combatans, du nombre desquelz il y eut plusieurs vaillans Princes, et tous nobles hommes :
(1) Puis le dessus nommé (lo2S et 1538).
(2) La( 1528).
(3) en leur cry (1528).
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lesquelz pour faire finance vendirent leurs propres terres et seigneuries, comme ces choses sont spécifiées bien an long ea plusieurs histoires et chroniques, mes mement (I) de Godefroy de Buillon chef de ladite emprinse. Et nous en auons fait vb Recueil sommaire, et de tons les antres passages (2) qui ont esté depuis, en vne autre oeuure par moy compilée. Mais cestuy cy fut le premier et le principal, et qui redonda à plus grand honneur à la Ghrestienté. Parquoy appert que ledit concile de Glermont est bien digne de grand mémoire et louenge, veu quil en sortit <si grand fruit. Maintenant nous nous en tairons pour venir à remémorer les autres.
Du concile de Troye en Champaiçne, célébré par le Pape Paschal deuxième, pour la rtforwiation des Bcdesia*tiqn*s.
Tantost (3) après ledit grand concile de Glermont, et du temps du dixseptieme schisme, le Pape Paschal deuxième de ce nom, natif d'Italie, parauant moyne et successeur immédiat dudit Vrbain deuxième, vint en France, pour reformer les Ecclésiastiques, qui menoient vie trop desordonnée : et célébra vn concile gênerai, auquel il reforma le clergé, dont les mœurs et façons de faire estoient trop empirees et de mauuais exemple au populaire : et chastia plusieurs Prélats et prestres, en leur ostant leurs bénéfices, et les donnant à gens plus suffisans et mieux moriginez pour rendre le diuin seruice de plus louable culture : et après ce fait, it sen retourna diligemment en Italie. Ce
(1) c.-àd. surtout.
(2) Voyages d'outre mer ; Ducange t. Passagium.
(3) Tantost ajouté par Y éd. 1549.
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Pape recommença la querele des inuestitures, contre lempereur Henry le quart. Pourquoy il eut beaucoup à souffrir, et pareillement ses successeurs. Et fut cause desmouuoir plusieurs guerres et dissensions en Chrestienté, comme iay bien intention de monstrer en la tierce partie de ce Traicté.
Du concile de Reimt, tenu par le Pape CalimU, frère du CenU de Bourgongne, auquel lempereur Henry le quart fut ewoommunie. r-
Avdit Paschal deuxième de ce nom, succéda Gelaise second, natif de Gayete en Italie, moyne de Montcassin, au temps duquel fut le dixhuitieme pchisme. Et souffrit beaucoup de persécutions, comme nous dirons au Traicté des Schismes, mesmement par lemperéur Henry le quart, lequel auoit créé vn Antipape, nommé Benedict, pour la crainte duquel, ledit Pape Gelaise senfuyt hors d'Italie, et sen vint à refuge en France, du temps du Roy Loys le Gros : il monta sur mer à Pise, et arriua premièrement au port de Maguelonne , puis trauersa le Royaume de France, et dédia plusieurs églises, mesmement vne à Tournay, et puis flnablement vint faire sa résidence en labbaye de Clugny : là ou il trespassa dune pleurésie.
Au lieu dudit Gelaise, fut eslu à Clugny larcheuesque de Vienne, nommé Guy de Bourgongne, frère du Conte Estienne de Bourgongne, qui mourut en la terre sainte, au temps du passage de. Godefroy de Buillon : lequel Guy de Bourgongne, après son élection fut nommé Calixte second, et fut homme de bonne vie. Or ne scay ie bonnement, si ce fut le Pape Gelaise dessus mentionné, ou cestuy cy qui tint vn concile à Reims en Champaigne, contre m. 19
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lempereur Henry le quart, auquel concile il fut excommunié. Toutesuoyes ie croy plustot que ce fut au temps de Qelaise : car Calixte estoit parent de lempereur Henry le quart, lequel auoit à femme Mehault (1) fille de Henry Roy d'Angleterre.
Ladite excommunication fut iettee à cause de la querele des inuestitures des eueschez, et pourcé que Lempereur auoit esleué et soustenoit l'Antipape Burdin Espaignol, comme nous dirons en la -tierce partie.. Dont tant pour ce motif, comme pource que à layde des François, ledit Pape Calixte auoit esté mis et inthronizé dedens Romme contre le gré dé Lempereur, luy qui estoit allié des Anglais & cause de sa femme, meut la guerre en France, et entreprint de destruire Reims en Champaigne, en laquelle il auoit esté excommunié. Mais quand il sentit la puissance du Roy Loys lé Gros, lequel luy venoit au deuant Lauriflambe desployee, il se désista de son emprinse. (2) Et fut depuis la paix trouuee entre lesdits Pape, Empereur, et Roy.
D% Second concile ie Clermotti, et dun autre tenu à Reims en Champqiçne, presque* en vn mes me s temps.
• Le Pape Innocent, deuxième de ce nom, natif de Romme, féit la guerre ouuerte à Roger le Normant, premier Roy de Naples : mais Guillaume filz dudit Roger, vainquit en pleine bataille ledit Pape Innocent, et le print prisonnier auecques ses Cardinaux. Neantmoins le Prince Guillaume les traicta honnorablement et magnifiquement. Et vsa
(1) Mahault (1528).
(2) entreprinse (1528 et 1548).
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entiers eux de grand modération : et depuis les laissa aller en paix. Pendant lesquelles choses les Romains eslurent vn autre Pape, nommé Anacletus. Parquoy ledit Innocent deuxième, fut chassé de Romme, et fut lors le dixhuitieme schisme en Leglise, comme nous dirons en la dernière partie.
Or sen vint le Pape Innocent deuxième, ainsi exilé, au commun et dernier refuge salutaire de la tribulation des Papes : Cestasauoir, au tresnoble Royaume de France. Et print sa couleur souz ombre (1) de vouloir enhorter les Princes Ghrestiens au secours de la terre sainte. Le Roy Loys le Gros, filz de Phelippes premier de ce nom, et de là Royhe Berthe, fille de Florens Roy de Frise, luy vint au deuant iusques à saint Iuliep sur Loire, auec sa femme et ses enfans, et le receut en grand honneur et vénération, en luy présentant toute faueur et assistance.
En ce temps là, de ladueu et consentement dudit Roy Loys le Gros, furent tenuz deux conciles en France, esquelz ledit Pape Innocent fut présent, lun à Clermont en Auuergne, et lautre à Reims en Ghampaigne. En toutes lesquelles choses S. Bernard Abbé de Clereuaux, estant pour lors en grand réputation assistoit, et ledit Pape Innocent deuxième. Si furent faits esdits conciles plusieurs statuts, et constitutions, comprinses au droit Canon. Par lesquels moyens ledit Innocent vainquit son aduersair* Anacletus Antipape. Et quant il eut fait ses besongnet, il sen retourna à Romme.
(1) c.-à-d. prit prétewte de...
288 DB LA DlPPBaKMCE DB8 SCHISMES
Du concile de Vezelay en Bourgongne, célébré du temps dm Sa/ Loys le Jeune, là ou se publia la seconde Croises.
Covrant le temps du dixneuuieme schisme en Leglise, duquel nous ferons mention en la tierce partie, Eugenius troisième de ce nom, Pape de Romme, natif de Pise en Italie^ui parauant estoit Abbé de saint Anastaise de lordre de Cisteaux, et disciple eslu de S. Bernard, Abbé de Clereuaux, fut persécuté des Romains, et vint en France au refuge comme ses prédécesseurs auoient fait. Cestasauoir tant pour fuyr et escheuer (1) la fureur tumultueuse desdits Romains, comme pour encourager les Princes Ghrestiens au passage doultremer, à cause des nouuelles de la désolation de la grand cité d'Edessa en Mésopotamie, reprinse et recouuree sur les Ghrestiens par Alaph Prince des Tarez.
Laquelle chose exposée au Roy Loys le Ieune, fllz de Loys le Gros, il en eut grand dueil : et pour y remédier, feit assembler vn concile de tous les Prélats et Princes de France, en la ville de Vezelay en Bourgongne. Ausquelz il ordonna exposer par la viue voix de S . Bernard Abbé de Glereuaux, tout le meschef aduenu en la terre sainte. Apres laquelle proposition faite, le Roy voua de donner secours aux Princes Chrestiens estans oultremer : et la Royne Eleonor sa femme promit de le suiure. Si se croisèrent le Roy et la Royne, et auec eux plusieurs Princes, Barons, et nobles hommes de France : Et aussi feirent dautre part Conrad Roy des Romains, Alphonse d'Espaigne, Henry d'Angleterre, et autres Princes : et fut le second passage vniuersel.
(1) esehapper (1528 et 1548).
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Par Ihistoire de Platina, il semble que le dessusnommé Pape Eugène, troisième de ce nom, fut présent audit concile de Vezelay, auecques S. Bernard, et quil mist sus la croisée. Et luy mesme croisât le Roy, duquel oultreplus il obtint secours pour retourner à Rom me.
Du tiers concile de Clermont en Annergne : et de deux antres Unuz Inn à Tours, et lautre a Dijon.
Le vingtième schisme de Leglise estoit entre le Pape Alexandre troisième de ce nom, natif de Senes, qui fut eslu lan de grâce mille cliiii, (1) et dura ledit schisme et diuision en Leglise, par lespace de dixsept ans, alencontre de quatre Antipapes, créez par lempereur Federic Barberousse. Alors pour auoir secours en cest affaire, ledit Alexandre troisième, vint en France deuers le Roy Phelippes Auguste, et célébra vn concile en la cité de Clermont en Auuergne, directement contre ledit empereur Federic : pource quil soustenoit l'Antipape nommé Victor. Lesquelz différents furent cause de beaucoup de maux en Ghrestienté : car ce pendant Hierusalem fut prinse par Salhadin, et perdue pour les Chrestiens iusques à ores.
Lempereur Federic Barberousse, vouloit bien venir à concorde, et taschoit quil se tinst vn concile à Dijon en Bourgongne, comme lieu presques limitrophe de France et d'AUemaigne, pour mettre fin au schisme, là ju il se deuoit trouuer auec le Roy Phelippes Auguste, et deux autres Roys, cestasauoir de Bohême et d*Escosse, et y deuoit amener ledit Victor Antipape. Et de fait, vint audit lieu de Dijon, accompaigné de grand nombre de gens-
(1) 1 180 dani les éd. 1528 et 1548.
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darmes, tant Allemans que Bourguignons : car il anoit espousé Beatrix, Contesse de Bourgongne. Mais ledit Pape Alexandre troisième, ne se y voulut point trouuer, ains dit que 4e lieu luy estoit suspect : et quil nauoit pas esté eslu (1) de son autorité. Ains assembla vn autre concile en la cité de Tours, et Lempereur plein de despit et indignation sen retourna en Allemaigne . et enuoya son Antipape Victor en Italie, et furent les choses en plus mauuais train que parauant. Voyla comment à loccasion des Papes, le monde est troublé, et sera toujours tant que Dieu y vueille mettre remède.
De deux conciles de legtise Gallicane, tenta en la cité de Paris, du temps du Roy Philippe* Auguste : Stdela disme Salhadin.
Dv (2) mesme temps dudit Roy Phelippes Auguste Dieudonné, et la Royne Ysabel fille de Baudouin Conte «de Haynnau, vindrent doultremer pour ambassadeurs de la part de Guy de Lusignen Roy de Hierusâlem, le Patriarche de Hierusâlem nommé Heraclius, et le grand maistre des Templiers. Lesquelz remonstrerent au Roy, comme ili auoient fait au Pape Lucius troisième de ce nom, natif de Luques : cestasauoir comment la terre sainte estoit apparente destre perdue pour les Chrestiens : Car Salhadin Turc successeur de Norandin, (3) Souldan d'Egypte et de Babylone, oppressoit si fort les Chrestiens doultremer, quilzne pouuoient plus durer sans secours. Lesquelles remonstrances faites au Roy Phelippes Auguste, il feit
(1) c.-à-d. le lieu n'avait pas été choisi.
(2) Ou (éd. 1528).
(3) Noradin (éd. 1548).
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assembler tous les Prélats et Princes de son Royaume, en la cité de Paris, et là fut proposé et consulté tresamplement de ladite matière : mais il ny fut point conclud defiect. Car le Roy occupé pour lors en plusieurs et diuersee guerres, mesmement contre Hugues, Duc de Bourgongne, et Richard Duc d'Aquitaine, ny peut pour lors bonnement entendre.
Si ne tarda gueres après, que voicy arriuer autres mes* sages de la terre sainte, qui certifièrent au Roy, que Hierusalem estoit prinse par leffort du Souldan Salhadin Turc, le second iour d'Octobre, lan mille cent quatre vingts et quatre. Cestasauoir, lan quatre vingts et neuf après quelle auoit esté recouuree par Godefroy de Buillon, sur le Galiphe de Babylone; nommé Gornumarant. Et reciterwt lesdits messagers treslamentablement comment Salhadin, à son entrée de Hierusalem, auoit fait abbatre les cloches, et prophané le saint temple de Salomon, et toutes les églises des C h restions. Et que le Roy Guy de Lnsignen, et le maistre des Templiers estoient prisonniers. Le Patriarche Heracle, et tout le clergé sestoient sauuez et retirez pour la plus part en Antioche, à Tyr, à Tripoly, et en Alexandrie. Car autres places nestoient démourees aux Chrestiens de toute la terre sainte. Et aucuns autres auoient tout abandonné et râpasse (1) la mer, si sen estoient venuz en Sicile.
De ces dures nouuelles fut tresdeplaisant le Roy Ehelippes Auguste, et despescha incontinent vne ambassade au Roy Henry d'Angleterre premier de ce nom, pour luy persuader à ce quilz parlamentassent ensemble, à fin de
(1) 1548 a déjà : « reposiez.
DB LA { MF F K&ERCS M8 SCOSMIS
reparer vn si terrible esclandre aduenu à la Chrestienl A quoy ledit Roy Henry obtempéra tresuoulentiers. Si oo uindrent ensemble les deux Roys en la plaine auprès Gysors, et feirent paix amiable et perpétuelle. Et prindre ensemble la croix contre les ennemis de nostre foy, combi que ledit Roy Henry surnommé, Cœur de Lyon, ne pe acheuer le voyage : car il fut preuenn de mort, tante après. Et nonobstant ce , son filz et successeur Richai sen acquita depuis.
Pendant ces choses, le Roy Phelippes Auguste fais* ses preparatiues, mesmement en fait de finances. Et po ce faire, assembla en la cité de Paris tous les Prélats Barons de France. Et là fut mise sus, la décime de to bénéfices et reuenu (1) de gens deglise, pour subuenir ladite guerre. Et fut nommé ledit subside, la disme Salhadi Aussi se croisa audit passage lempereur Federic premi de ce nom, surnommé Barberousse. Et fut lors le troisiec passage vniuersel.
Dun autre concile tenu en France, par le Légat du Pape ami
le Roy Phelippes Auguste.
Vn avtre concile fut tenu en France du temps du R< Phelippes Avaliste dessus mentionné, après ce quil f retourné doultremer. Mais ce fut contre le Roy, par Légat du Pape Innocent troisième de ce nom. Lequ Légat mit linterdit en tout le Royaume de France, à eau: de ce que le Roy auoit laissé et répudié sa femme, nomm< Iugeberge,(2) sœur de Cayn Roy de Dalmace, souz ombre <
(1) revenus (1548).
(2) Ingeberge (1548). Dans toutes paragraphe, la ponctuation 1548 est beaucoup plus moderne que celle de l*ôd. 1549.
ET DBS CONCILES DB LBGL18B. 397
ce quil disoit quelle estoit sa parente : et auoit espousé de nouuel la fille du Duc de Bohême, nommée Marie. Contre la sentence duquel Légat Apostolique, le Roy Phelippes se arma dappellation, au futur concile. Et se vengea bien des Euesques qui auoient consenti à ladite sentence : car il les ietta tous hors de la possession de leurs diocèses et bénéfices. Et oultre ce, feit tenir en est roi te garde ladite Iugeberge au chasteau d'Estampes.
Du concile de Paris, là ou les François se croisèrent contre les
Albigeois hérétiques.
Régnant en France le Roy Loys père de saint Loys, et séant au siège Apostolique le Pape Grégoire neuuieme de ce nom (cestasauoir lan de nostre Seigneur, mille deux cens vingtsix) vint en France vn Légat dudit Pape, nommé Rom anus. Et fut par ladueu du Roy assemblé vn concile de leglise Gallicane, auquel présida le Roy auec ledit Légat. Et là fut déterminé de mettre sus la croisée contre les Albigeois hérétiques : cestasauoir ceux du païs d'Auignon, Prouence et Languedoc, pleins dhorreur et de vilenie infâme, (1) comme recite Gaguin en lhistoire de France, et en la vie du Roy Phelippes Auguste. Parquoy lannee ensuiuant le Roy en propre personne auec le Légat, marcha contre lesdits hérétiques, et print Auignon et Toulouse. Mais en retournant de ladite guerre, il mourut à Montpencier en Auuergne, et fut lors accomplie (comme aucuns disent) la prophétie de Merlin, qui auoit prédit : In mante venti, morietnr Léo pacijtcus.
(1) pleins d'horreur, d'imfamté et de villenie détestable (1528 et 1548).
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Du premier concile tenu en la cité de Lyon, du tempe du Boy saint Loye, et du Pape Innocent quatrième de ce nom.
Le roy saint Loys régnant sur la nation Françoise, le Pape Innocent quatrième de ce nom, natif de Gennes, vint en France, au refuge : car il estoit persécuté de lempereur Federic, second de ce nom, Roy de Naples, neueu (1) (cestadire filz du fllz) de Federic Barbe rousse. Ce fut lan de nostre Seigneur, mille deux cens quarantesix : comme met Platina. Lempereur fut cité de venir auclit concile, et de fait se mit en chemin à grand compaignie : car pour ce faire, il auoit fait vue grosse alliance auec le Duc de Bourgongne. Mais ainsi quil estoit desia venu iusques à Turin, il entendit que ceux de Parme sestoient rebellez contre luy. Si retourna arrière, et alla assiéger Parme, ayant en son ost le nombre de soixante mille hommes.
Longuement dura le différent entre ledit empereur Federic deuxième, et trois Papes successiuement, lun après lautre. Lun fut Honorius troisième de ce nom, lautre Grégoire neuuieme. Et le tiers Innocent le quart, qui présida au concile de Lyon. Et à cause de ce discord tresobstiné, dune part et dautre, tous les maux du monde aduindrent en Ghrestienté. Car endementiers que le Pape et Lempereur auoient guerre mortelle ensemble dune part, et les Vénitiens et Geneuois dautre costé, après que Hierusalem auoit esté prinse comme dessus est dit, Constantinoble fut aussi perdue, pour les François et Latins.
Et combien que la croisée fut (1) publiée par ledit Pape
(1) en latin nepo*, dam le aeni propre et primitif.
(2) /net (1528 et 1548).