ET DBS CONCILES DE LEGLISE. SOI
vne chose difficile à raconter. Toutesuoyes nous le dirons succinctement et véritablement au mieux que nous pourrons.
Ledit Pape Boniface huitième, auoit enuoyé signifier par manière de commandement au Roy, par vn ambassadeur, Euesque d'Apamee, que incontinent et sans delay il eust à soy préparer daller oultremer pour le recouurement de la terre sainte. A laquelle chose le Roy ne pouuoit pour lors bonnement entendre, pour les grands guerres quil auoit contre les Flamens. Alors ledit ambassadeur, voyant quil ne pouuoit obtenir response à son appétit, commença à vser enuers le Roy, de grosses et rigoureuses menasses : Disant que sil nobtemperoit au Pape il le priueroit de son Royaume. Pour lesquelles paroles trop rigoureuses, le Roy indigné, de grand courroux, feit détenir prisonnier ledit Euesque.
Ces choses venues à la notice du Pape Boniface, colérique, superbe, et arrogant oultremesure, il fut scandalisé en soy mesmes : et depescha promptement vn autre ambassadeur, Archidiacre de Narbone, commander et deffendre au Roy quil ne se eust en aucune manière de sentremettre à prendre subside sur les terres et reuenuz de Leglise. Laquelle chose ledit Phelippes le Bel- auoit esté contraint de faire, à cause des grands guerres quil soustenoit, pour la garde et deffense du Royaume.
Et oultreplus, dit ledit Archidiacre, que pour la contumace du Roy, et pource quil auoit détenu prisonnier lambassadeur du Pape, contre le droit commun de toutes gens, le Royaume de France estoit deuolu à leglise Romaine. Et qui plus est, sil nobtemperoit aux commandemens et deffenses du Pape, il seroit tenu au nombre des hérétiques, auec tous ses fauteurs et bienuueillans. Encores cita ledit Archidiacre, nommeement plusieurs Euesques, Àbbez,
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Théologiens, et Decretistes, à certain iour nommé pour eux trouner denant le Pape à Romme : et adnulla tontes les indulgences et priuilegee donnez aux François par ses prédécesseurs Papes de Romme.
Caste rigueur entendue par le Roy, en la présence de ses Barons, et de tout son conseil par la voix dudit ambassadeur du Pape, prononoee en extrême arrogance et témérité, si le Roy fut esbahy et indigné, ce nest pas de merùeilles. Si commanda incontinent par meure délibération, que lantre ambassadeur Euesque, qui premièrement auoit oultragé le Roy fut mis à deliure. Et que tous deux sans aucun respit ou delay eussent à vuider son Royaume, Et tantost après au commencement du printemps feit assembler le concile de tous les Prélats et Barons de France en la cité de Paris.
Audit concile le Roy fut en personne, et présida, en recitant tous les oultrages et iniures quil auoit receues du Pape Boni face. Et proposant (1) comment par ambition, cautelle et mauuais art, ledit Boniface estoit paruenu à la Papalité. Demanda aux seigneurs Ecclésiastiques premièrement : Asauoir mon, de qui ilz auoient eu les fondations et douaires de leurs églises et bénéfices. Puis après se tourna deuers les Princes, Barons et Gheualiers, et leur dit : Et vous nobles hommes et vassaux, qui tenez vous pour vostre seigneur et Roy? Alors tous les assistans respondirent dune mesme voix, quilz tenoient leurs terres et leurs biens souz, et par la main du (2) Roy.
(1) c.-àd. $apotani. L'édition 1548 a ici la virgule moderne au lieu du point de la ponctuation gothique encore maintenue dans Vêà. 1549.
(2) Lei éditions ancienne! ont : nobU Roy.
ET DJ£8 CONCILBft M LtGLIAI. 305
Adonc le Roy dit et répliqua : Or voyez tous que Boniface vse de telle sorte et hauteur, comme si vous, et tout le Royaume de France fussent subietz à leglise Romaine : tellement que (1) le tiltre de lempire d'Allemaigne, lequel il auoit refusé par trois fois au Duc Albert d'Austriche (ayant Boniface lespee au costé, et disant que luy mesmes sans autre, estoit César, Empereur et seigneur de tout le monde). Il ha neantmoins ores de nouueau donné ledit Empire au duc Albert, ensemble le tiltre de la couronne de France. Nous donques, ô hommes féaux (nous conflans en la foy de voz*preudhommies, et vous remercians de voz beniuolenoes) vous promettons moyennant vostre bonne ayde, garantir la liberté publique de ce Royaume.
Apres ces choses ainsi proposées, et mises en délibération, le Roy interposa appellation du Pape au futur concile gênerai : et ordonna par edit publique sur grosses peines, que nul ne fust si hardy de tirer ou transporter or ou argent de son Royaume, pour les affaires de la court Romaine. Et feit garder tous les ports et passages. Et dautre part, Boniface huitième, sefforçoit par censures ecclésiastiques de meffaire au Roy, tant plus quil pouuoit, et de mettre inimitié entre lesdits deux Princes Empereur et Roy, lesqualz neantmoins appointèrent, et se trouuerent ensemble es plains (2) de Vaucouleurs.
Si fut la fin telle, que pour dompter larrogance et malice du Pape, le Roy fut contraint de depescher secrettement deux cens hommes darmes, souz la conduite dun nommé Sarra Colonnois, Romain : et dun autre capitaine appelle Nogaret, lesquelz allèrent prendre le Pape en sa propre
(1) c.-à-d. de même que.
(2) plaines (éd. 1548).
304 DE Là WrfBRJWCB DES SCHISMES
maison, qui est vne ville nommée Agnane, (1) au Royaume de Naples, et lamenerent prisonnier à Romme. Là ou il mourut vingtquatre iours après, et est son epitaphe tel comme il le mérita. Intrauit vt Vulpes, Regnauit 4t Léo : Mortuus est vt Canis.
Du concile de UglUe Gallicane, tenu à Vienne en Dauphin*,
lan huit cens quatre vingts et douze.
Iay trowe en vn vieil liure de la librairie de l'abbaye d'Esnay, à Lyon, que du temps du Pape Formosus, duquel sera parlé plus amplement en la tierce partie, au neuuieme schisme, par le commandement du Roy Loys second de ce nom, surnommé le Balbe : et par le consentement de la Royne nommée Ermengarde, fut assemblé vn concile de leglise Gallicane, en leglise de saint Saluateur à Vienne, là ou présidèrent deux Légats du saint siège Apostolique, lun nommé Paschal, et lautre Iean. Et soubscrirent audit concile Bar mon, Archeuesque de Vienne, Aurelian, Archeuesque de Lyon, Isaac Euesque de Valence, et vn autre (2) Isaac de Grenoble, et plusieurs autres Prélats. Et de ce temps là, les prestres estaient encores mariez. Et y eut vn statut fait audit concile, dont la teneur sensuit de mot à
mot :
Ut pretbyteri, non in villis (sicut quibusdam consuetudiuis est) morentur: etfmminas (3) tuas secumin domibus suis haKtare non permutant, e&ceptis Mis quas canoniea pervUUU autoritas.
(1) Ànagni, Tille épiscopale des États de l'Église ; c'est la patrie de Boniface VIII qui y fut retenu prisonnier par Siarra Colonna, en 1303.
(2) autre nommJ (1548).
(3) feminas (1528).