‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 81 sur 89 · DR LA WFFEEEHCI DIS · texte numérisé non relu

DR LA WFFEEEHCI DIS

quoy il me semble que ce fat du temps du Roy Le Hutin, oa de Phelippes le Long son frère.

Apres la couronnation dudit Pape Iean vingtdeuxien il 8en alla faire sa résidence en Au i gnon, et pour son pi mier acte, exerça vne merueilleuse iustice contre Hugi Euesque de Gahors, lequel sestoit trouué auoir consp contre le Pape : parquoy il le feit dégrader et bailler a bourreaux qui le firent mourir cruellement. Pendant leqi temps Loys de Bauiere Roy des Romains, après au vaincu en bataille Federic Duc d* Austriche son competitc en Lempire, entra en Italie à main forte, et print la a ronne dacier à Milan. Si se nomma Empereur, sans lau rite du Pape : laquelle chose ledit Iean vingtdeuxier print en grand indignation, et fulmina plusieurs censui merueilleuses contre ledit Loys de Bauiere. Et luy, pc se reuencher, dautre costé créa vn Antipape de lordre < Frères Mineurs, lequel il nomma Nicolas le quint, < causa le schisme vingtetunieme, lequel ne fut point este iusques à ce que Boniface Conte de Pise, par trahison pr prisonnier ledit Antipape, et lamena en Auignon. Et en ron ce temps, cestasauoir régnant le Roy Phelippes Valois, le Pape mit sus vne décime en France sur Ecclésiastiques, souz couleur de faire vn passage et croi sur les mescreans, dont il ne fut rien. En tour le ten dudit vingtetunieme schisme, plusieurs hérésies seslei rent, si comme des Vaudois, et des poures de Lyon, tantost après celle des Turlupins.

1T DBS C0NC1LBS DB LBGL1SB. 341

Du tinçtdeu&ieme schisme, le pire (1), le plus long, et le plus scandaleux de tous les autres. Car pendant iceluy, le Royaume de Bohême deuint hérétique.

En lespace de quarante ans, que dura le vingtdeuxieme schisme, il y eut plusieurs Papes aduersaires lun à, lautre : et fut ce trouble si obscur, que les plus grans clercs ne sceurent onques discerner lequel estoit le vray successeur de saint Pierre. Parquoy grands diuisions et partialitez furent par toute la Ghrestienté. Car les vns obeïssoient à lun, et les autres à lautre. Et ce pendant tout le Royaume de Bohême deuint hérétique. Les poincts principaux de leur hérésie estaient, que le Pape de Romme nha point plus de prééminence que les autres Euesques : Quil nest point de purgatoire : Que cest chose vaine de prier pour les trespassez : et que lauarice des prestres ha controuué ceste inuention : Que les images de Dieu et des saints doiuent estre abolies : car ce nest que idolâtrie : Que les ordres des Men« dians sont mises sus par inuention diabolique : Que les prestres ne doiuent tenir aucunes possessions. Et plusieurs autres mauuaises erreurs contient icelle hérésie.

I celle hérésie des Bohèmes commença du temps de lempereur Venceslaus, fllz de Charles le quart, de la maison de Luxembourg, Empereur et Roy de Bohême, lequel vint en France visiter le Roy Charles le quint, son parent. Et donna au Roy aucunes places en Dauphiné, et le constitua vicaire de Lempire au Royaume d'Arles. Et fut ledit Empereur Charles tresuertueux Prince. Mais tant plus meschant et vicieux fut ledit Venceslaus son fllz. Car

(l) le pire, ajouté par 1549.

pour sa grand inutilité, les Electeurs de Lempire furent contraints de le déposer, et mettre en son lien Sigismond son frère. Pourtant nest ce pas de merueilles, si soux vu si malheureux Prince, les subietz se séparèrent de la foy catholique : mesmement au temps que leglise Romaine estoit ainsi troublée, et malmenée, par la dissehsion des Papes.

Pour reuenir (1) au propos du vingtdeuxieme schisme, il commença enuiron lan de nostre Seigneur, m. coc. Lxxvm. Cestasauoir tantost après que la court fcomaine fut partie d 9 Àuignon, et retournée à Romme, au moyen du Pape Grégoire onzième de ce nom, natif de Lymoges, qui la remena illec, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie, là ou il est parlé des deux conciles tenus à Paris, du temps du Roy Charles sixième, fit la raison pourquoy ledit schisme aduint premièrement y est amplement spécifiée, pourquoy nest mestier de la repeter icy.

ïoutesuoyes à fin quon entende succîntement les controuersies dudit schisme vingtdeuxieme, il est assauoir que làn que dessus est dit, après la mort dudit Pape Grégoire ohzieme, qui tira la court Romaine hors d'Àuignon, et la remena à Romme, lés Cardinaux se mespartirènt en deux bendes, dôht celle des Italiens, eslut Vrbain sixième, natif de fraples : Et les Cardinaux François, eslurent dautre part Robert de Geneue, qui fut appelle Clément septième, et vint demourer en Auignon à cause du schisme. Ainsi fut la Chrestienté mespartie en deux bendes, pource quil y auoit deux Papes*, qui estoit chose monstrueuse : comme si lhomme aùoit deux testes. Les prouinces Orientales, ïtalie, Àllemaigne, et Hongrie, donnoient obédience audit

(1) retourner (1528 et 1548).

M» fiOf.MJ* M Laeusi. 345

Vrbain sixième : et dantre part France, Bspaigne et Angleterre, qui sont Occidentales, obeïssoient à Clément septième.

Enuiron ce temps là, Loys Duc d*Àniou, fauorisé par le Pape Clément septième, qui se tenoit en Auignon, entra en Italie, auee le nombre de trente mille cheuanx, tant pour la querele du Royaume de Naples, et pour secourir la Roy ne leanne, première de ce nom;, contre Je Roy Char* les de Hongrie, comme aussi pour le différent desdits Papes, et à fin quil peust rendre ledit Clément du tout paisible. Mais ledit Loys Duc d'Aniou, filz du Roy Iean, qui fut prisonnier en Angleterre, et frère du Roy Charles te quint, mourut de maladie en Pouille, après auoir fait la guerre deux ans. Parquoy les François sen retirèrent. Et ledit Pape Vrbaht depuis ne soeut viure en paix auec Charles Roy de Hongrie, et de Naples : mais fut contraint de sen fuyr à Gennes par mer, là ou en passant il feit noyer cinq Cardinaux, pource quilz fauorisoient audit Clément séant en Auignon. Icelle Royne leanne, fut celle qui vendit Auignon, et la Conté deVènixe, (1) au Pape Clemeot sixième. Aucuns veulent dire, quelle le changea au tribut que le Royaume de Naples deuoit à leglise Romaine.

Pour retourner audit Pape Vrbain sixième, et au vingtdeuxième schisme : Premièrement ledit Pape est estimé par les historiens, tresperuers, et qui prenoit plaisir de semer noises et dissensions entre les Princes Chrestiem, plustot que les appaiser. Donques après sa mort dura longuement le schisme, car en son lieu fut eslu Boniface neuuieme Neapolitain, qui nauoit point plus haut de trente

(1) F*»if**(1528). C'est le Comtat-Venaisêin.

544 M LA «F fËMJBHCM MS

ans. (1) Et fut celuy quiosta toute lautorité des Romains, et la transporta aux Papes, et fortifia le chasteau saint Ange contre le peuple de Romme. Aussi mit il sas lexaction des annates sur tous bénéfices et dignitez, à quoy toutes nations consentirent, excepté les Anglois. Et célébra le Iubilé, lan mille cinq cens. (2) Mais en son temps, Iean Bentiuole occupa premièrement la cité de Boulongne, combien quelle fut reprinse par Galeace.

Dautre part, après le trespas de Clément septième, fut eslu en Auignon par les Cardinaux François, le Pape de la Lune, nommé Benedict treizième, natif de Catelongne : contre lequel fut tenu vn concile de leglise Gallicane, comme ha esté dit en la seconde partie : et lors se renforça le schisme, qui perseuera iusques au concile de Constance. Durant lequel encores ne se voulut désister ledit Benedict de la Lune, ains demoura en sa pertinacité iusques & la fin de sa vie.

Quand Boniface neuuieme dessus mentionné, fut mort à Romme, les Cardinaux Italiens eslurent en son lieu vn nommé Cosmar de Perouse, lequel ilz appelleront Innocent septième. Et. après luy succéda Grégoire douzième, Vénitien, dit parauant Angélus de Corario. Par ainsi de plus en plus sempiroit le schisme : car tousiours estoit en Auignon Benedict de la Lune, qui'sedisoit Pape, vers lequel vindrent en ambassade les Ducz de Bourgongne, de Berry et d'Orléans, de par le Roy Charles sixième, à fin de luy persuader que pour le bien et vnion de Leglise, il voulsist céder à, son droit : et que dautre part, Grégoire

(1) n'avait point plus de vingt ans (1548).

(2) Les autres éditions disent seulement l'an mil. Il s'agit évidemment du Jubilé de 1400.

ET DIS GORCILBS DR L1GUSK. 345

douzième son compétiteur feroit le semblable. A quoy ledit Pape de la Lune ne feit aucune response, ains laissa lesdits Princes sans dire adieu, et senfuyt en Es pa igné, de peur quon ne le contraingnit à renoncer au Papat : et tint vn concile à Parpignan, puis sen alla tenir au chasteau de Paniscole pour estre plus asseuré.

Par ainsi quand les Princes et Cardinaux virent que nul appointeraient ne se trouueroit entre lesdits deux Papes contendens : et que nul d'eux ne vouloit quitter son droit, combien que souuent leussent promis, ilz célébrèrent vn concile gênerai à, Pise en Italie, lan de grâce mille quatre cens et huit : auquel ilz citèrent personnellement lesdits deux Papes, mais ilz neurent cure dy comparoir, ains le tournèrent à dérision. Parquoy tant lun comme lautre, furent solennellement priuez et déposez, et en leur lieu fut eslu Alexandre cinquième, natif de lisle de Candie, de lordre des Frères Mineurs, lequel ne suruescut après que huit moys, et mourut à Boulongne. Et ce pendant, Grégoire douzième sen estoit fuy en Austricbe : mais craingnant quil ny fust à seureté il sen retourna en Italie, et se tint en la cité d'Arimine, souz la protection dun Baron nommé Charles Maie tes te.

En ce temps là toute Italie, et les terres de Leglise, estoient en armes et en bruit : Car ledit Alexandre cinquième, auoit audit concile de Pise, priué du Royaume de Naples le Roy Lancelot : (1) et iceluy donné à Loys Duc d'Aniou, filz du Duc Loys, qui alla au secours de la Royne Ieanne première de ce nom, comme dessus est dit, à cause dequoy ledit Roy Lancelot, filz de la Royne Ieanne dessusdite, occupa Hostie, et autres places du patrimoine saint

(1) LadUIas.

•46 m i* Mrmmct

Pierre. Or fat après la mort dudit Alexandre cinquième, eelu en Pape m Cardinal Neapolitain, nommé Balthaaar Cossa, qui se intitula Iean vingttroisieme. Par ainsi la Ghrestienté auoit lors trois Papes, lun à Boulongne, laatre à Ariraine, et le tiers au chasteau de Panisoole en Espaigne. Toutesuoyes à la déposition dudit Grégoire douzième, et de Benedict de la Lune, faite au concile de Pise, toutes les nations Chrestiennes auoient consenti, excepté vne partie d'Espaigne, et le Conte d'Armignac, et le Roy d'Escosse, qui faaorisoient audit Benedict de la Lune.

Dont à fin de trouuer vne fin finale aux discorda et esclandres dessusdits, qui trop longuement duraient, force fut aux Princes Chrestiens (mesmement par la diligence et solicitation de lempereur Sigismond, de la maison de Luxembourg, Roy de Hongrie, et de Bohême) dassembler vn grand concile gênerai de Leglise catholique, en la cité de Constance : auquel concile premièrement fut procédé tcntre ledit Iean vingttroisieme, et luy fut mestier comparoir personnellement. Si luy furent proposez quarante articles criminelz, dont on laccusoit : parquoy ayant doute que son cas ne se portast mal, il senfuyt secrettement auec aucuns Cardinaux par luy créez, en vne place du Duc d'Austriche, nommée Scaphuse, (1) et de là à Fribourg, pour prendre son chemin vers le Duc de Bourgongne, sil eust peu : mais il fut ratai nt et reprins par lautorité du concile, et détenu prisonnier, et puis la sentence de priuation iettee contre luy. Il fut enuoyé par lempereur Sigismond, qui tenoit la main au concile, en estroite garde au Duc Loys de Bauiere, au chasteau de Haidelberg, là ou il fut détenu par lespace de trois ans : mais en la fin par la clémence du

(1) Schaffhouse.

If* Ml GOflCIUft M fctGMtai 847

Pape Mârtifc titaqnieme, et à la raqueete dé Cosma de Medid* il fut déHuré, et Vint aux pied* audit Pape Martin, tf le salua comme vray successeur de S. Pierre. Ledit Pape le receut benignetitent, et le créa Cardinal. Si taon- Hist tafiioët après ft Florence.

Eh àprfes àtidit concile fat procédé contre Gr&goito douzième, lequel ne comparât point an personne, mais (qoe vontentlers que enuis) il y ennuya Charles Maletestft, seigneur d'Aritoine, auec ample procuration et puissance, de céder et résigner le droit quil anoit en la dignité Papale, es aiaitis du concile, oe q«i fut fait : et ledit Grégoire douzième; fat créé Légat en la Marque Dancoae, là ou il mourut tàfctest après es daeil : cestasauoir en la villa de Raeenat, (1) qui est vn port de la mer Adriatique.

Or ne restoit plus, sinon le tiers idole et Antipape : cftst&auoif, Benedict treizième» surnommé le Papa de la Lune, lequel donna toaaéoup de peine audit titesbon Empereur Sigismond. Car après ce que les deux dessusdits furent déposez, et que ledit Ëenedict de la Lune ne vouloit entendre à nul apf>ointement ne persuasion, ledit Empereur alla personnellement detters le Roy d'Angleterre, et depuis vint vers le Roy de France, pour les enborter de tenir la main à Union de Leglise. Et après auoir obtenu bonne response d'eux, il tira à Narbonne* et dillec vers le Roy Fernaad d'Arragon, peur semblable causo, à fin de per- SMéer audit Pape de la Lune, de faire comme les antres : laquelle chose on ne peut obtenir de l«y par nulle manière, ains sen retourna ledit Empereur à Constance, là oa il feit priuer et déposer ledit de la Lune. Et lors Ait esla du consentement de toutes les nations* le Pafe Martin cinquième,

(1) Recanati, petit port à l'embouchure je là Potenza.

348 m la DirruumcB ois sensu»

de la noble maison des Coulonnois, homme de singulière vertu, prudence, modération et iustice, lan de grâce mille quatre cens dixsept. Si reuint la paix à Leglise ; et fina ledit tresmalheureux vingtdeuxieme schisme.

Le Pape de la Lune incontinent après ce quil fut priué de la Papalité, par le concile : et que les nations et Princes qui le fauorisoient se furent soustraits de son obéissance : si comme les Arragonnois, Catelans, Armignacz et Escossois 9 mourut neantmoins obstiné, au chasteau de Paniscole. Et par son testament ordonna à ses Cardinaux, den eslire vn autre en son lieu. Ce quilz firent incontinent après sa mort, et eslurent vn idole nommé Clément huitième, natif de Barcelone : mais ilz ne proufiterent gueres, car ledit Pape Martin cinquième, demoura en son entier, et eut lobeïssance filiale de tous les Princes de Chrestienté. Et ledit Antipape Clément huitième, se rengea finablement à raison, et fut créé Euesque de Maiorque.

Du vingttroisieme schisme dernièrement passé.

Entre Félix le quint, et Eugène le quart, sesmut le vingttroisieme schisme. Ledit Eugène Vénitien, fut grand amateur de guerres (comme met Platina en sa vie) laquelle chose est merueilieuse es Papes modernes. Car oultre les guerres, il incita le Dauphin de France, qui depuis fut appelle le Roy Loys onzième, de mener vne grosse cheuauchee de gensdarmes au païs de Ferrette, et d'Alsate, pour troubler et deffaire le concile de Basle.

Félix aduersaire, eslu par ledit concile, au parauant sappelloit Amé, Duc de Sauoye. Et fut le premier des Contes de Sauoye, promu au tiltre de la dignité Ducale, par Lerapereur Sigismond, après ce, quil fut vefue de sa

Page 1