‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 87 sur 89 · LA LEGENDE · texte numérisé non relu

LA LEGENDE

par la viuacité du sens dune seule Dame, laquelle ha sceu accorder noz tresillustres Princes. Dieu, quel toille vous fut par celle main féminine filée et tissue en la cité Impériale de Cambray ? Si vous la sauez iamais ourdir, vous serez bons ouuriers. si vous eussiez sceu finer en voz trésors dune semblable viue perle pacifique, dune telle margarite Australe , et Orientale : et de progéniture Auguste, vous estiez à tousiours riches. Mais non : car vostre trop grand sagesse est tournée en folie : et vostre fastidieuse gloire en ignominie. Et elle ha bien sceu contourner toute la guerre de par deçà contre vous. Telz changemens fait en vn instant, non fortune lauentureuse : mais la celée prouidence immobile. (1)

Allez désormais, et vous moquez des souuerains Princes : meslez vous et dissimulez auecques eux, puis dun costé, puis dautre, par mille trafiques. Ilz demoureront tousiours en lintegrité de leur haute noblesse, et sentretiendront par fraternité mutuelle : et de vous naura nulle comparaison à eux. Faites semblant, comme vous fistes lannee passée, de vouloir secrètement fauoriser à Lempereur, à sa couronnation, et puis vous ioingnez dune part par faux donner au Roy treschrestien. Pillez les terres Impériales : et puis vous reioingnez audit Empereur par treues appointées sans le sceu dudit seigneur Roy, pour lors vostre confédéré. Et oultreplus, faites tout ce que à bons et loyaux proditeurs (2) et turbateurs de concorde entre les Chrestiens appartient de faire, selon la loy Vénitienne. On congnoit dorenauant assez voz gentillesses. Messire

(1) La secrète et immuable Providence.

(2) De proditor, traître. On trouve encore proditoire*tf*t x ancien terme de palais.

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Phelippes Conte de Rauastain se tient ores pour vengé de vous et de la grand desloyauté dont vous vsastes enuers luy, en aduertissant le Turc du siège de Methelin : à cause dequoy il ne peut parfournir son emprinse, au grand deshonneur de toute Chrestienté. Le capitaine Pregent se rid de vostre zneschef, en recompense du tour que vous luy listes quand il fut contraint deffondrer ses galees, à cause que ne luy voulustes ottroyer asseurance en lun de voz ports. Et monseigneur tresreuerend. messire George Cardinal (TAmboise, Légat en France, nha cause de se douloir de vostre mesauenture, à cause de la finesse que vous luy iouastes a Romme après la mort du Pape Alexandre sixième : mesmement que tachas tes le faire empoisonner. Çest assez de voz damnables et exécrables pratiques, qui vous soûliez nommer par grand arrogance, filz adoptifz des Romains.

Or me tourne ie derechef à vous Cheualier tresdigne, et mon treshonnoré seigneur, pour donner finablement termination à ce propos assez prolixe : mais non trop ennuieux à qui il plaist. Vous auez bonne part au fruit : et resiouissance de ceste Royale victoire en vne si tresiuste guerre contre 1$ communauté ou aristocratie ennemie des Princes monarques. Au moyen de vostre bien vertueux gendre messire Claude Leobart, laisné seigneur de Lacra. Lequel entre les autres geutilzhommes de Sauoye et de Bresse, dont nous auons fait mention au prologue, (1) ha par son louable portement acquis lhonneur et dignité de eheualerie, comme vous fi s tes le semblable à la conqueste de Gennes. Parquoy il appert, que le beau filz se conforme à la vertu

(1) Notre prologue n'eu (Jit rien.

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de son beau père. Quand à ma petitesse, si elle ny ba esté presentiallement, si les ha elle combattis de ceste plume, ainsi que vous voyez. Sil y eschet loz, grâces en soient à Dieu. Mais vostre bon amy, et mon singulier patron et bienfaiteur nostre second Zeuxis ou A pelles en peinture maistre Iean Perreal de Paris, peintre et varlet de chambre ordinaire du Roy, duquel la louenge est perpétuelle et non terminable : car de sa main Mercuriale il ha satisfait par grand industrie à la curiosité de son office, et à la récréation des yeux de la treschrestienne maies té, en peingnant et représentant à la propre existence tant artificielle comme naturelle : dont il surpasse auiourdhuy tous les citramontains, les Citez, Villes, Chasteaux de la conqueste, et lassiette diceux, la volubilité des fleuues, linequalité des montaignes, la planure du territoire, lordré et desordre de la bataille, lhorreur des gisans en occision sanguinolente, la miserableté des mutilez nageans entre mort et vie, Feflroy des fuyans, lardeur et impétuosité des vainqueurs, et lexaltation et hilarité des triomphans. Et si les images et peintures sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant et suauiloquente. (1) Parquoy à son prochain retour, nous en voyant ses belles œuures, ou escoutant sa viue voix ferons accroire à nous mesmes auoir esté presens à tout. Comme desia en auons ouy raconter verballemant et à la vérité au tresautentique seigneur Prieur frère Pierre d'Anton illustrateur des chroniques de France. Et pour donner foy de la victoire dessusdite, auons veu faire son entrée à Lyon par Barthelemi d'Aluiane, (2)

(1) Il les fera parler par aa peinture vivante, ou bien racontera lui-même

(2) Barthelemi Alviano, général en chef des troupes de Venise,

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capitaine des Vénitiens, prisonnier du Roy auec certains autres, lesquelz sont maintenant chastellains de Pierre assise.

Si doint Dieu que avec la hautesse regale ledit maistre Iean de Paris vostre bon amy soit icy de retour bien brief, à fin que ie lhonnore et coniouysse auecques ce noble docteur Physicien Lyonnois, trescientifique messire Symphorian Champier, qui lha tiré hors des maschoires de la mort, esquelles il sestoit engouffré par trop grand labeur, abstinence et vigilance, et le nous ha rendu Virbius : cestadire, deux fois homme, comme iadis Esculapius feit Hippolytus. Parquoy ledit messire Symphorian médecin du Duc de Lorraine* ha mérité la couronne Ciuique, Quia ciuem seruauil. Donques en espoir de les reuoir tous deux ainsi que ie désire, 'Me clorray icy le pas, me recommandant humblement à vostre seigneurie. A Lyon le xii. iour d'Aoust M. D. ix. (1)

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