‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 188 sur 465 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

S'il pardonne , il est mouj s'il se venge , barbare : S'il donne , il est prodigue ; et s'il épargne , avare : Ses desseins les plus purs et les plus innocens , Toujours en quelque esprit prennent un mauvais sens ; Et jamais sa vertu (tant soit-elle connue) En l'estime des siens ne passe toute nue. ■<

Si donc , pour mériter de régir des états , La plus pure vertu même ne suffit pas , Devez-vous vous flatter que le règne succède A des esprits oisifs que le vice possède , Hors de leurs voluptés incapables d'agir , Qui , livrés à leurs sens , ne sauroient se régir ? ( Ladislas tourne la tête et témoigne s'emporter.) Ici , mon seul aspect vous impose silence j Mais un moment, mon fils, faites-vous violence. Pouvez-vous attenter sur ceux dont j'ai fait choix Pour soutenir mon trône et dispenser mes lois , Sans blesser les respects dus à mon diadème , Et sans, en même temps , attenter sur moi-même? Le duc , par sa faveur , vous a blessé les yeux , Et, parce qu'il m'est cher, il vous est odieux. Mais , voyant d'un côté sa splendeur peu commune j Yoyez par quels degrés il monte à sa fortune ; Songez combien son bras a mon trône affermi ; Et mon affection vous fait son ennemi ! Encore est-ce trop peu , votre aveugle colère Le hait en autrui même et passe à votre frère : Votre jalouse humeur ne sauroit lui souffrir La liberté d'aimer ce qu'il me voit chérir : Son amour pour le duc a produit votre haine. Cherchez un digne objet à cette humeur hautaine. Employez , employez ces bouillans mouvemens A combattre l'orgueil des peuples ottomans ; Renouvelez contre eux nos haines immortelles ; Signalez-vous, enfin , en de justes querelles; Mais contre votre frère , et contre un favori ISécessaire à son roi plus qu'il n'en est chéri,

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Et qui, de tant de bras qu'armoit la Moscovie , Vient de sauvei; mon sceptre , et peut-être ma vie , C'est un emploi célèbre et digne d'un grand cœur ! Votre caprice , enfin , veut régler ma faveur : Je sais mal appliquer mon amour et ma haine ; Et c'est de vos leçons qu'il faut que je l'apprenne ! J'aurois mal profité de l'usage et du temps I

LADISLAS

Souffrez

VENCESLAS

Encore un mot, et puis je vous entends. S'il faut qu'à cent rapports ma croyance réponde , Rarement le soleil rend la lumière au monde , Que le premier rayon qu'il répand ici-bas Wy découvre quelqu'un de vos assassinats ; Ou du moins on vous tient en si mauvaise estime , Qu'innocent ou coupable on vous charge du crime ; Et que , vous offensant d'un soupçon e'ternel , Aux bras du sommeil même on vous fait criminel. Sous ce fatal soupçon ^ qui défend qu'on me craigne , On se venge , on s'égorg€ , et l'impunité règne ; Et ce juste mépris de mon autorité Est la punition de cette impunité.

Votre valeur, enfin , naguère si vantée , Dans vos folles amours languit comme enchantée , Et , par cette langueur, dans tous les bons esprits Vous a perdu d'estime et couvert de mépris. Et je vois toutefois qu'un charme inconcevable , Malgré tous ces défauts , vous rend encore aimable : Vicieux on vous craint , mais vous plaisez heureux , Et pour vous l'on confond le murmure et les vœux. Ah! méritez, mon fils, que cet amour vous dure. Pour conserver les vœux , étouffez le murmure ; Et régnez dans les cœurs par un sort dépendant Plus de votre vertu que de votre ascendant : Par elle rendez-vous digne du diadème.

Né pour donner des lois, commencez par vous-même;

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