‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 206 sur 465 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

ago VENCESLAS,

THÉODORE. 9

Et me répondez-vous que son cœur plus paisible Trouve aussi dans Cassandre une amante sensible?

Eh! madame, esl-ce à moi de lire au fond des cœurs? Moi qui n'ai de l'amour connu que les rigueurs , Du bonheur d'un amant est-ce à moi de répondre? Le plus tendre est celui qu'on se plaît à confondre. C'est peu que le respect contraigne ses désirs , C'est peu que le silence étouffe ses soupirs ; Si malgré tant de soins il se trahit lui-même , Dans ses regards confus si l'on peut voir qu'il aime , Pour mettre au désespoir l'amour qui l'a surpris , La haine est peu de chose , on y joint le mépris.

THÉODORE

Sans doute il est des vœux que notre orgueil rejette;

Mais ceux d'un souverain honorent sa sujette.

Cassandre se connoît , et ne s'aveugle pas

Au point de s'oiïenser du choix de Ladislas.

Non ; du refus constant que son cœur nous oppose

L'orgueil est le prétexte , et l'amour est la cause.

FÉDERIC.

L'amour !

THÉODORE

C'est vainement que vous dissimulez Les feux dont l'un et l'autre en secret vous brûlez.

FÉDERIC.

Ciell qu'entends-je ? Ah! madame, et vous l'auriez pu croire?

THÉODORE

Et comment en douter, quand vous en faites gloire ? Si mon frère à vos vœux n'est point sacrifié , Pourquoi n'êtes-vous pas encor justifié?

Car enfin, soit amour, soit mutuelle estime, De tous vos senlimens dépositaire intime, Cassandre ne consulte et n'écoute que vous.

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