‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 248 sur 465 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

COSIIOÈS.

Quoi ! n'entendez - vous pas , du fond de cet abîme , Une effroyable voix me reprocher mon crime , Et , me peignant l'horreur de cet acte inhumain , Contre mon propre flanc solliciter ma main? N'apercevez -vous pas dans cet épais nuage De mon père expirant la ténébreuse image , M'ordonner de sortir de son trône usurpé, Et me montrer l'endroit par où je l'ai frappé? Voyez -vous pas sortir de cet horrible gouffre. Qui n'exhale que feu , que bitume et que soufre , Un spectre décharné qui , me tendant le bras , M'invite d'y descendre et d'y suivre ses pas? Oh ! dangereux poison , peste des grandes âmes , Maudite ambition , dont je crus trop les flammes , Et qui pour t'assouvir ne peux rien épargner. Que tu m'as cher vendu le plaisir de régner! Pour atteindre à tes vœux , et pour te satisfaire , Cruelle , il t'a fallu sacrifier mon père. Je t'ai d'un même coup immolé mon repos , Qu'un remords éternel traverse à tout propos. Il te faut de moi - même encor le sacrifice , Et déjà dans le ciel j'ois gronder mon supplice , Et son funèbre apprêt noircir tout l'horizon.

(Il semble recouvrer sa raison.) SARDARIGUE, CL Siva.

Cet accès a long -temps possédé sa raison, s I R A , a Sardarigue.

Il cesse , et son bon sens recouvre son usage.

De cette occasion il faut prendre avantage ,

Et , pressant son dessein , savoir le temps précis

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Qui doit combler mes vœux en couronnant mon fils.

(A Cosroès.)

Nourrissez -VOUS toujours ce remords qui vous reste? Si vous ne l'étouffez , il vous sera funeste. De ce malheur , seigneur , perdez le souvenir ; L'avoir gardé vingt ans est trop vous en punir.

COSROÈS.

Tout l'état, où j'occupe mi rang illégitime,

M'entretient cette idée et me montre mon crime ;

L'aversion du peuple et celle des soldats

M'est un témoin public de la mort d'Hormisdas ;

Et plus que tout , hélas ! la fureur qui m'agite ,

Quand elle me possède , à le suivre m'invite.

J'ai regret que ce mal vous coûte tant de soins ,

Et honte en même temps qu'il vous ait pour témoins ,

Mais plus de honte encor^^de son énorme cause,

Qui , fol et parricide , à tout l'état m'expose.

Tant que vous retiendrez les rênes de l'état , Vous y verrez l'objet qui fait votre attentat; Et vous ne pouvez voir ni sceptre ni couronne Sans vous ressouvenir qu'un crime vous les donne. Votre repos encor souffre visiblement Du soin que vous prenez pour le gouvernement ; Vos ennuis de ce soin vous rendent moins capable. Déposez ce fardeau devant qu'il vous accable: C'est un faix qu'il me faut déposer avec vous; Mais je renonce à tout pour sauver un époux. Déchargez votre esprit de ce qui le traverse; Cosroès m'est plus cher qu'un monarque de Perse ; Sans lui je ne puis vivre , et vivant avec lui Je puis être encor reine et régner en autrui.

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