‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 280 sur 465 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les mêmes; SIROÈS, PALMIRAS , PHARNACE.

siRoÈs, assis.

Nous venons pourvoir contre la violence Et de votre furie et de votre insolence. Hé bien , madame ?

SIRA

Hé bien , traître , te voilà roi :

La pointe de mes traits a tourné contre moi ; Et par oîi j'ai voulu mettre un fils en ta place , Je te mets en la mienne et m'acquiers ta disgrâce. J'ai fait plus ; j'ai tenté , pour le coup de ta mort , Par le bras d'un des miens un inutile effort ; J'ai', si tu l'as ouï, souhaité ma franchise , Pour de ma propre main en tenter l'entreprise. Ne t'en étonne pas , le jour m'est à mépris ; J'ai juré de périr ou voir régner mon fils , Et si la liberté m'étoit encore offerte , J'en emploîrois pour lui tout l'usage à ta perte. Est-ce assez ? les témoins sont ici superflus. Mon procès est bien court, prononce là -dessus.

SIROES.

J'admire ce grand cœur, et nous devons, madame, Un renom mémorable à cette force d'âme.

39^ COSROÉS,

Vous avez clans l'état , avec ce grand courroux ,

Fait de grands changemens , mais funestes pour vous.

Je considère peu ce qui m'en est funeste.

Tout le mal qui m'en vient est le bien qui t'en reste;

Je plaindrois peu la vie et mourrois sans effort ,

Si sujet de mon fils tu survivois ma mort ,

Ou si de tes destins j'avois tranché la trame.

SIROÈS

C'étoient de grands desseins pour la main d'une femme y Et qui méritoient bien d'en délibérer mieux Qu'avec l'ambition qui vous silloit les yeux. 11 faut ou plus de force ou plus d'heur qu'on n'estime Pour exclure d'un trône un prince légitime ; Les funestes complots qu'on fait contre ses jours Peuvent avoir effet , mais ne l'ont pas toujours : Vous l'éprouvez, madame. Avec ce grand courage,, Qui pour me mettre à bas a tout mis en usage , Avec tout cet effort qu'avez-vous avancé ? Sur qui tombe ce foudre ? où l'avez -vous lancé ? Sur la tête où vos mains portoient mon diadème, " Sur celle de mon père , et sur la vôtre même. Par quel aveuglement n'avez -vous pas jugé Qu'ayant des dieux au ciel j'en serois protégé ? Doutez-vous que l'objet de leurs soins plus augustes Est l'intérêt des rois dont les causes sont justes ?

SIRA

Ils l'ont mal témoigné, quittant notre parti, Et souffrant pour le tien ce qu'ils ont consenti. Mais , qu'ils veillent ou non sur les choses humaines , Au fait dont il s'agit ces questions sont vaines.

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