‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 296 sur 465 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Ce monarque commun des dieux et des mortels Affranchit peu de cœurs du droit de ses autels ; Il faut que tout défère à son pouvoir suprême ; Ce droit est appuyé sur son exemple même ; De soi-même on l'a vu lui-même triomphant , Et Psyché fut l'objet des vœux de cet enfant.

CLÉANTE

Voyez comme l'amour apprend de belles choses. Vous avez lu cela dans les Métamorphoses ; Mais ce siècle n'est plus.

Traître , ris de mes pleurs , Joins la confusion à mes autres douleurs ; Porte plus loin encor les efforts de ta haine , Et m'arrache ce cœur de la main qui l'enchaîne ; De ma mort seulement récompense mes soins ; En m'étant plus cruel tu me le seras moins. La prise de mon cœur satisfait mon envie, Quand tu ne le prendras qu'aux dépens de ma vie.

CLÉAFTE.

Blâmez moins de froideur que de stupidité Cet indigne vainqueur de votre liberté.

J'ignore par quel sort ma raison a des forces Qui ne cèdent , madame , à vos moindres amorces. J'ai de ma propre main tâché de me blesser; J'ai voulu sur mon cœur votre image tracer , J'ai cent fois médité sur votre amour extrême , Et j'ai fait des efforts pour m'affoiblir moi-même. Mais inutilement, et ce cœur glorieux Et de vous et de moi reste victorieux. Mais qui suis-je, madame? et fussé-je estimable, Tome V. 27

4i8 FLORIMONDE,

En ne vous aimant point, vous suis -je encore aimable?

Et pouvez-vous priser le moindre des mortels,

Qu'Amour , comme trop vil , bannit de ses autels ?

Evitez mes regards. Adieu ; ma propre honte

Nous sépare , et vous rend mon absence plus prompte.

(Il sort.) FLORIMONDE , SCule.

Va , criminel auteur des ennuis que je sens, Ne sois point favorable à des vœux si pressans. Un généreux effort peut rétablir encore Sur mes sens révoltés cet esprit qui t'adore ; Je puis ne t'aimer plus , et tes charmans appas Pressent bien ma raison , mais ne l'étouffent pas. Hors d'espoir du secours qu'un ingrat me dénie , Cessez , lâches témoins d'une lâche manie , Larmes , plaintes , soupirs , ennemis de ma paix , Vous n'aurez plus de part au dessein que je fais. J'armerai ma raison contre de si doux charmes , Je me ferai des jeux du sujet de mes larmes. Mes pensers chaque jour d'un soin industrieux Me feront de Clcante un portrait odieux; J'oublîrai les vertus dont son âme est pourvue, Et dessus ses défauts j'arrêterai ma vue ; Ma résolution brisera tous ses traits Par le plus grand effort qu'un esprit fit jamais. Déjà , si je me sens , ma passion s'altère ; Mes liens sont rompus , la liberté m'est chère , Et déjà je rougis d'avoir si lâchement Soupiré tant de fois pour un indigne amant.

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