‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 345 sur 465 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

TIRSIS

Dieux! que de lâcheté ^ Iniîdèle, tu joins à ta légèreté !

Sous quel teint , de quel front oserois - tu paroître ?

(A Évandre. )

O l'aveugle défense! Epargnez -vous un traître? Souffrez que par l'effet d'un combat glorieux De ce perfide esprit je délivre ces lieux.

THÉASTE.

Je vois ce beau sujet des tourmens que j'endure ,

Je revois Félicie ! O divine aventure !

Vous viviez , ma déesse , et ces chastes appas

Ne sont donc point sujets à la loi du trépas !

Portez le coup fatal , 6 divine adversaire ,

Et vengez -vous sur moi des mensonges d'un frère

Qui m'écrivit ma perte en la fin de vos jours.

O ciel ! vois si mon cœur s'accorde à mes discours ;

Punis ma trahison d'un trépas légitime ,

Si tu m'as vu jamais capable de ce crime.

Quel dessein criminel , ô frère injurieux ,

Put obliger ta main à démentir tes yeux ?

Vous viviez , Félicie , ailleurs qu'en ma mémoire !

Vous respiriez le jour !

TIRSIS

O dieux! dois -je le croire?

Un juste fondement tient mes sens ébahis ,

( Timante traverse la scène et se cache dans le bois.)

Et Timante en effet nous peut avoir trahis ;

Car il m'aima long -temps , mais cette amour fut vaine.

THÉASTE.

Elle ne le fut pas , elle causa ma peine ,

Et ce lâche imposteur , me mandant votre mort ,

Crut faire pour son bien un nécessaire effort.

CLÉONIE.

O le perfide esprit !

TIRSIS

Tu blâmes son offense , Et par lui toutefois j'appris ton inconstance; II me dit qu'une dame engageoit tes esprits , Qui rompoit ma prison et causoit tes mépris.

THÉASTE.

Je mourus mille fois lorsque je vous crus morte;

Le temps n'éteignit point une flamme si forte;

Et ma seule raison , après ce vain tourment ,

Enfin m'a fait chercher du divertissement.

J'ai forcé ma douleur et j'ai revu les dames,

Que je hantai long -temps sans brûler de leurs flammes;

Mais Florimonde enfin me faisoit depuis peu ,

Il le faut avouer , brûler d'un second feu.

Je feignis pour la voir de servir Cléonie ,

Parce que cette belle aimoit sa compagnie.

Mais puisque je revois vos aimables appas,

Leurs plus douces faveurs ne me toucheroient pas.

CLÉONIE.

Vous nous obligez fort.

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