ACTE V, SCÈNE IV
TIRSIS
Dieux! que de lâcheté ^ Iniîdèle, tu joins à ta légèreté !
Sous quel teint , de quel front oserois - tu paroître ?
(A Évandre. )
O l'aveugle défense! Epargnez -vous un traître? Souffrez que par l'effet d'un combat glorieux De ce perfide esprit je délivre ces lieux.
THÉASTE.
Je vois ce beau sujet des tourmens que j'endure ,
Je revois Félicie ! O divine aventure !
Vous viviez , ma déesse , et ces chastes appas
Ne sont donc point sujets à la loi du trépas !
Portez le coup fatal , 6 divine adversaire ,
Et vengez -vous sur moi des mensonges d'un frère
Qui m'écrivit ma perte en la fin de vos jours.
O ciel ! vois si mon cœur s'accorde à mes discours ;
Punis ma trahison d'un trépas légitime ,
Si tu m'as vu jamais capable de ce crime.
Quel dessein criminel , ô frère injurieux ,
Put obliger ta main à démentir tes yeux ?
Vous viviez , Félicie , ailleurs qu'en ma mémoire !
Vous respiriez le jour !
TIRSIS
O dieux! dois -je le croire?
Un juste fondement tient mes sens ébahis ,
( Timante traverse la scène et se cache dans le bois.)
Et Timante en effet nous peut avoir trahis ;
Car il m'aima long -temps , mais cette amour fut vaine.
THÉASTE.
Elle ne le fut pas , elle causa ma peine ,
Et ce lâche imposteur , me mandant votre mort ,
Crut faire pour son bien un nécessaire effort.
CLÉONIE.
O le perfide esprit !
TIRSIS
Tu blâmes son offense , Et par lui toutefois j'appris ton inconstance; II me dit qu'une dame engageoit tes esprits , Qui rompoit ma prison et causoit tes mépris.
THÉASTE.
Je mourus mille fois lorsque je vous crus morte;
Le temps n'éteignit point une flamme si forte;
Et ma seule raison , après ce vain tourment ,
Enfin m'a fait chercher du divertissement.
J'ai forcé ma douleur et j'ai revu les dames,
Que je hantai long -temps sans brûler de leurs flammes;
Mais Florimonde enfin me faisoit depuis peu ,
Il le faut avouer , brûler d'un second feu.
Je feignis pour la voir de servir Cléonie ,
Parce que cette belle aimoit sa compagnie.
Mais puisque je revois vos aimables appas,
Leurs plus douces faveurs ne me toucheroient pas.
CLÉONIE.
Vous nous obligez fort.