DON PÈDRE, OCTAVE
DON PÈDRE
Non , non , père importun , cet amour frénétique Ne prendra point de loi de votre politique : Pour en délibérer votre avis vient trop tard ; L'Amour et ses états ont leur police à part ; Contre ce qu'il prescrit vos maximes sont vaines , Et l'espoir de régner ne peut m'ôter mes chaînes.
OCTAVE
Cette obstination part d'un charme puissant. Vous voyez quel ennui votre père en ressent ; Et que, pour vous guérir et bannir de votre âme, Après tant de langueurs , cette fatale flamme , Il met à votre choix jusques à ses états.
DON PÈDRE
Quand l'âme n'est plus sienne on n'en dispose pas. Un ennui qui m'accable, un feu qui me consomme, A peine m'ont laissé les sentimens d'un homme ; Et je ne retiens rien, en cet aveugle amour, Du noble orgueil du sang dont j'ai reçu le jour. Hélas! fut-ce ce cœur, esclave d'une fille, Qui brava tant de fois les forces de Castille? Fut-ce lui qui me fit affronter le danger Jusque dedans les murs de Tunis et d'Alger , Promener la terreur du couchant à l'aurore , Sur le rivage grec et sur la rive more? Sont -ce là ces progrès qu'ont craint nos ennemis,