ACTE I, SCÈNE II. Soi
Et le bel avenir que les deux m'ont promis ? O vous qu'on croit auteurs des fortunes humaines, Astres , vous vous trompez , vos promesses sont vaines ; Pas un des curieux (|ui vous ont observés N'ont à tant de mépris cru mes jours réservés ; Nul ne m'a menacé d'un si honteux servage ; Tous m'ont de tous les cœurs fait espérer l'hommage ! Quels hommages , hélas ! deviez - vous m'acquérir , Si même avec des fers on ne me peut souffrir ; Si de tant de mépris mon service est la butte ; Si, soumis, languissant et serf, on me rebute?
OCTAVE
Vous nous faites encor flatter vos sentimens !
Vous offrir du remède est un de vos tourmens !
On n'ose vous parler , rien ne vous persuade.
Qui ne veut point guérir sans doute est bien malade !
Si vous me permettiez de parler librement ,
Je vous dirois qu'on rit de votre aveuglement ;
Et que toute la cour sourdement autorise ,
Après tant de dédains, l'aversion d'Elise.
Pour moi , qui ne sors pas du sang d'où vous sortez ,
Qui ne me puis vanter d'illustres qualités,
Qui n'ai point d'espérance avecque vous commune ,
Et dont l'heur d'être à vous est toute la fortune ,
Tout ce que la nature auroit de plus charmant
Ne m obligeroit pas d'aimer ingratement ,
Et le second dédain me rendroit ma franchise.
DON PÈDRE
Parles -tu sans trembler quand tu parles d'Elise ?
OCTAVE
Des meurtres qu'elle fait le bruit est -il si grand?
5o2 DON LOPE DE CARDONE,
Je n'ois plaindre que vous des cœurs qu'elle surprend
Et je ne trouve point
DON PilDRE.
Insolent ! téméraire !
OCTAVE
Vous l'emportez toujours avec votre colère. Mais s'il n'est pas permis de vous rien contester , Et si l'on n'est à vous qu'afin de vous flatter , Si de la vérité vous défendez l'usage , Nous jouons vous et nous un mauvais personnage. Les rois et les amans ont ce défaut commun , Que si l'on ne les flatte on leur est importun ; Que si dans leur estime on prétend quelque place , Le mensonge l'y donne, et la franchise en chasse. Il faut qu'un charme horrible occupe vos esprits; J'ai mille fois pour vous rougi de ses mépris.
DOW PÈDRE
Perfide, ton salut, pour toute repartie, Dépend
OCTAVE
De vous flatter ?
DON PÈDRE
D'une prompte sortie, Et sans délibérer, ou
OCTAVE
Je vous laisse. O cieux!
Qui peut plus gouverner cet esprit furieux?
DOW PÈDRE, seul.
Etrange tyrannie , et rigueur sans seconde , Qu'il faiUe prendre avis et loi de tout le monde !