‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 354 sur 465 · ACTE I, SCÈNE II. Soi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. Soi

Et le bel avenir que les deux m'ont promis ? O vous qu'on croit auteurs des fortunes humaines, Astres , vous vous trompez , vos promesses sont vaines ; Pas un des curieux (|ui vous ont observés N'ont à tant de mépris cru mes jours réservés ; Nul ne m'a menacé d'un si honteux servage ; Tous m'ont de tous les cœurs fait espérer l'hommage ! Quels hommages , hélas ! deviez - vous m'acquérir , Si même avec des fers on ne me peut souffrir ; Si de tant de mépris mon service est la butte ; Si, soumis, languissant et serf, on me rebute?

OCTAVE

Vous nous faites encor flatter vos sentimens !

Vous offrir du remède est un de vos tourmens !

On n'ose vous parler , rien ne vous persuade.

Qui ne veut point guérir sans doute est bien malade !

Si vous me permettiez de parler librement ,

Je vous dirois qu'on rit de votre aveuglement ;

Et que toute la cour sourdement autorise ,

Après tant de dédains, l'aversion d'Elise.

Pour moi , qui ne sors pas du sang d'où vous sortez ,

Qui ne me puis vanter d'illustres qualités,

Qui n'ai point d'espérance avecque vous commune ,

Et dont l'heur d'être à vous est toute la fortune ,

Tout ce que la nature auroit de plus charmant

Ne m obligeroit pas d'aimer ingratement ,

Et le second dédain me rendroit ma franchise.

DON PÈDRE

Parles -tu sans trembler quand tu parles d'Elise ?

OCTAVE

Des meurtres qu'elle fait le bruit est -il si grand?

5o2 DON LOPE DE CARDONE,

Je n'ois plaindre que vous des cœurs qu'elle surprend

Et je ne trouve point

DON PilDRE.

Insolent ! téméraire !

OCTAVE

Vous l'emportez toujours avec votre colère. Mais s'il n'est pas permis de vous rien contester , Et si l'on n'est à vous qu'afin de vous flatter , Si de la vérité vous défendez l'usage , Nous jouons vous et nous un mauvais personnage. Les rois et les amans ont ce défaut commun , Que si l'on ne les flatte on leur est importun ; Que si dans leur estime on prétend quelque place , Le mensonge l'y donne, et la franchise en chasse. Il faut qu'un charme horrible occupe vos esprits; J'ai mille fois pour vous rougi de ses mépris.

DOW PÈDRE

Perfide, ton salut, pour toute repartie, Dépend

OCTAVE

De vous flatter ?

DON PÈDRE

D'une prompte sortie, Et sans délibérer, ou

OCTAVE

Je vous laisse. O cieux!

Qui peut plus gouverner cet esprit furieux?

DOW PÈDRE, seul.

Etrange tyrannie , et rigueur sans seconde , Qu'il faiUe prendre avis et loi de tout le monde !

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