ACTE I, SCÈNE IV. 5ii
DOF PÈDRE.
Laissez -moi donc un cœur dont votre tyrannie
Avecque la franchise a la raison bannie.
Un lâche qui vous suit malgré votre courroux ,
Et qui ne sauroit être et n'être pas à vous.
Si j'ai cru ma fureur contre votre injustice ,
D'un esprit échappé pardonnez le caprice.
Toute votre rigueur ni tout mon désespoir
Ne peuvent m'emporter hors des lois du devoir ;
Et j'ai désavoué ce penser téméraire ,
Ce monstrueux enfant d'une aveugle colère,
Qui contre votre honneur m'osoit solliciter
Et qu'un excès d'amour m'a permis d'écouter.
J'offre encore ma vie , et l'ai cent fois offerte ,
S'il faut de mon rival vous réparer la perte.
(Tirant son ëpée. )
Tenez, mon sang du sien est -il un digne prix? Ce fer me blessera bien moins que vos mépris.
LUCIE V arrêtant.
Seigneur
DON PÈDRE
Laisse, Lucie, achever une vie Des outrages du sort si long -temps poursuivie; Laisse -moi me soustraire à de si rudes lois, Satisfaire sa haine , et lui plaire une fois.
ÉLISE
Le tort que j'ai reçu ne se peut satisfaire , Prince ; ne mourez point par l'espoir de me plaire ; Cet espoir serait vain; vivez, et seulement Guérissez votre esprit d'un frivole tourment.
( Elle sort. )
5i2 DON LOPE DE CARDONE,
DON PÈDRE, seul.
O d'un barbare cœur sensible expérience! A quelle épreuve, ô ciel, mets -tu ma patience! Qu'un effroyable charme aveugle mes esprits. Et qu'il faut de vertu contre tant de mépris !
FIN DU PREMIER ACTE