ACTE V, SCÈNE II
Si l'appel de don Sanche et ses empressemens , Enfin si de jaloux et nobles mouvemens Pour le plus digne objet que l'univers estime, Ne sont dignes de grâce et n'excusent mon crime, J'attends avec respect l'arrêt que vous rendrez , Et porterai ma tête où vous l'ordonnerez.
Dessus un échafaud , comte : on vous le prépare.
ÉLISE
O sévère justice et vertu trop barbare! Des jours si glorieux que vous voulez ravir Refroidiront, seigneur, l'ardeur de vous servir. Quoi ! le jour d'un hymen , le jour qu'à sa victoire On doit des échafauds de triomphe et de gloire , Tout brillant de la pompe où l'élève le sort , Un bourreau par votre ordre en dresse un pour sa mort , Et doit de son vengeur priver votre province !
DON PHILIPPE
Je n'ai point condamné vos rigueurs pour le prince; J'ai cru que vous pouviez au meurtrier d'un amant Faire sans injustice un si dur traitement. Souffrez -moi l'équité que j'aime où je la trouve , Et que contre mon sang en vous-même j'approuve ; Qui présent et si cher ne m'a pas respecté , Et ne défère pas à mon autorité , Éloigné de ma vue a dedans sa victoire , Plus que mon intérêt considéré sa gloire ; Qui , sujet seulement , m'a pu désobéir , Gendre un jour , se pourroit résoudre à me trahir , Et par ce rang illustre acquis dans ma famille , Aspirer à mon trône aussi-bien qu'à ma fille ;
Je protège l'état contre son défenseur ,
Et dedans son appui je crains son ravisseur.
DON LOPE
Si de cet attentat mon roi me croit capable ,
Qu'on me mène à la mort, gardes, je suis coupable;
Je garde trop long -temps le sang que je lui doi :
Un bon sujet doit tout au repos de son roi.
Je dois à ce soupçon ma tête en sacrifice :
Mon propre bras, grand prince, en fera-t-il l'office?
Fera -t -il choir aux pieds de votre majesté
Cette victime due à votre sûreté ?
Par un fréquent usage où ses emplois l'instruisent ,
Il sait bien mettre à bas les têtes qui vous nuisent ;
Vous n'avez rien haï qu'il n'ait bien su ranger ;
Il ne pardonne point quand il faut vous venger.
( Théodore , Cynthie , Lucie , entrent. ) ( A The'odore. )
Adieu , de mon destin trop digne souveraine , De ma témérité je vais porter la peine ; On ne l'a pu souffrir , madame , et mon orgueil . Me fait moins mériter votre lit qu'un cercueil ; Pour me perdre il est vain de chercher d'autre crime , Quand mon ambition rend ma mort légitime; Et je fus criminel sitôt que je vous vis , Car mes jours à l'instant vous furent asservis ; Dès ce fatal moment je cédai sans défense Au beau feu qui me brûle et qui fait mon offense ; Je conçus des pensers que je devois bannir , Et sans autre prétexte on eût pu m'en punir ; J'approuve que mon sang de ce crime me lave , Mais au moins souffrez -moi de mourir votre esclave; Cent rois pourroient prétendre à cette qualité ,