‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 402 sur 465 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Mais nul n'aura pour vous tant de fidélité , Et jamais passion avec tant de silence N'exerça tant d'empire et tant de violence.

Jusqu'ici ce grand cœur qui sort de votre sang

A satisfait mon sexe et soutenu mon rang ,

Et contre les devoirs que l'amour en exige

A fait tous les efforts où l'un et l'autre obligé ;

Non qu'il fût insensible , hélas ! il a brûlé ,

Il a conçu des vœux , mais il n'a point parlé ;

Et, par un noble orgueil , a trop long -temps remise

La déclaration que vous m'avez permise :

Mais aujourd'hui , seigneur , aujourd'hui que je vois

Que la mort est le prix de qui combat pour moi,

Cet orgueil me sied mal , et je suis une ingrate

Si mon cœur ne s'explique et mon amour n'éclate.

Je le puis avouer , vous me l'avez permis ,

Don Lope m'a vaincue avec vos ennemis ;

Par le sang qu'il versoit il allumoit ma flamme ,

Chacun de ses progrès l'avançoit en mon âme ;

Mon estime en secret couronnoit ses combats ,

Il accroissoit mes vœux accroissant vos états ;

Et son dernier triomphe achevant ma conquête ,

A la main d'un bourreau vous destinez sa tête !

Quelle équité , seigneur , doit à votre courroux

Le jour de mon hymen immoler mon époux ?

Pour quel crime faut -il , et par quelle justice ,

Que le jour du triomphe un conquérant périsse ?

Il n'examina pas , à l'appel d'un rival ,

D'un respect violé l'événement fatal ;

Il n'a pu d'un combat observer la défense ;

Et tout ce qu'il a fait périt par cette offense :

Ah ! que ce coup , seigneur , blessera vos états ! Que sa tête tombant fera tomber de bras ! Que sa mort saignera dans les plus grandes âmes , Et que de vous servir elle éteindra les flammes , Si l'ardeur n'en produit qu'un espoir si douteux , Et l'ombre d'une offense un trépas si honteux !

DON PHILIPPE

Je dispense où je dois et le prix et la peine :

L'un n'est jamais douteux, l'autre est toujours certaine.

Le suprême art des rois et des gouvernemens

Doit rouler sans gauchir sur ces deux fondemens ;

Je marche en tous les deux d'une égale justice ,

Et pour faire au loyer précéder le service ,

Et payer les devoirs rendus à mes états,

Je veux que votre hymen précède son trépas ;

Mais qu'au moment aussi de ce triste hyménée ,

Le glaive qui l'attend tranche sa destinée.

Recevez-en la main, et par un noble effort

THÉODORE, lui prenant la main.

Oui , je la recevrai pour le suivre à la mort, Pour épouser en lui quelque sort qui lui vienne, Pour porter au bourreau ma tête avec la sienne , Pour joindre une innocente à ce cher criminel , Et pour faire au tombeau notre hymen éternel. Oui, je la reçois, sire , et si votre justice

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