‹ uvres de Jean RotrouChapitre 137 sur 422 · ACTE I, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IIL

T'oblige à la tenir plus chère que le jour, Et préférer enfin la mort à mon amour; Es-tu si simple encore?

DORISTÉE.

Eprouve , âme perfide , Cette simplicité, par cet acte homicide : Crois-tu que ta fureur m'épouvante beaucoup , Et que mon bras timide en détourne le coup ? Non, non, ce sein est prêt, suis ta brutale envie, Pour sauver mon honneur j'abandonne ma vie ; Qu'en ce même moment le jour me soit ôté. Ta longueur, inhumain, accroît ta cruauté.

I OZANOR.

Méprises-tu mes vœux après mon assistance? Mes soins en ce refus ont-ils leur récompense ? ; Ménandre auroit cent fois assouvi ses desseins Si ma compassion t'eût laissée en ses mains.

CLÉAGÉNOR.

C'est elle!

OZANOR.

Et pour tout prix de t'en avoir sauvée , Je n'ai que ta rigueur et ta haine éprouvée.

j Tu me dois ton honneur.

' DORISTÉE.

Il est vrai ; mais veux tu

■ Qu un vice récompense une acte de vertu? Et te veux-tu payer d'un secours légitime Contre son attentat, par un semblable crime?

'Ton secours à ce prix m'étoit vendu trop cher;

I Peut-être que mes pleurs auroient pu le toucher.

I Depuis que mon honneur tomba sous sa puissance,

i88 CLÉAGÉNOR ET DORISTEE,

Il s'est entretenu par leur seule défense;

Les soupirs et les pleurs ont des charmes si forts

Qu'ils différoient toujours ses extrêmes efforts :

Et ton secours accroît la peur que j'ai soufferte;

En l'espoir du salut je rencontre ma perte :

Ton esprit indulgent à tes sales désirs

Ne peut être touché de pleurs ni de soupirs.

OZANOR.

C'est trop délibérer, et ton ingratitude

Tient mes timides sens sous une loi trop rude.

Inhumaine, un mépris si sensible et si fort

Fait de la violence un légitime effort :

Je ne respecterai plaintes, soupirs, ni larmes;

Leur pouvoir est moins fort que celui de tes charmes,

DORISTÉE.

O ciel ! 6 dieux cruels !

OZANOR.

Rien ne peut divertir En l'état où je suis

c LÉA GÉNOR , Cillant CL liù t éjjée à la main.

Ton juste repentir Que les dieux irrités....

ozAwoR tombant.

O funeste aventure!

CLÉAGÉNOR.

T'envoyent par ma main, horreur de la nature! Et puisque son honneur dépend de ton trépas

OZANOR.

Je meurs, et les enfers s'ouvrent dessous mes pas,. O destins inhumains !

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