‹ uvres de Jean RotrouChapitre 155 sur 422 · Tome I, ï · texte numérisé non relu

Tome I, ï

2IO CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Est en ses belles mains un charme inévitable; Il touchoit ce matin la vôtre avec tant d'art, Que vous perdez beaucoup de l'entendre si tard, Et que vous l'avoûrez mériter davantage Que ce qu'en fait juger la qualité de page.

DOUANTE, a part.

Que ces mots proférés avec tant d'action Témoignent clairement son inclination!

Cesse enfin , ma raison , ta vaine résistance ; Commençons à faillir, condamnant son offense; Faisons-lui ressentir qu'Amour voila ses yeux, Et condamnons son mal pour le conimettre mieux.

DIANE

Madame, prenez part en ces douces merveilles; Laissez à ces doux airs enchanter vos oreilles ; Donnez-vous le plaisir de l'entendre un moment, Et vous estimerez ce divertissement.

DORANTE

Mais n'en parlez-vous point avec plus d'avantage Que ne vous le permet votre sexe et votre âge ? Quelque charme qu'il ait et quelque qualité , Ces admirations passent l'honnêteté.

L'amour par cette voie a mille âmes blessées , Il entre dans les cœurs par ces douces pensées; 11 fait de ces appas un poison dangereux , Et ce qu'on estimoit arrache enfin des vœux.

DIANE

Il m'est cher comme à vous , son mérite est extrême ; Mais j'aime plus que lui mon honneur et moi-même ; L'amour n'a point encor par ses feux dissolus

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