ACTE III, SCÈNE I. an
Choqué de ma raison les titres absolus, Et si de mes desseins votre vertu s'offense. Elle peut s'offenser de la même innocence. Mes sens en sont touchés , mais non pas altérés ; L'estime et le désir sont souvent séparés.
DORA.1VTE
Armez-vous de raison contre une ardeur si forte , Et craignez plus que moi ce qui plus vous importe ; Cependant entendons les accords ravissans Dont ce jeune étranger vous a ravi les sens. Je l'attends en ce lieu.
( Diane va chercher Philëmond. )
Mais j'attise, insensée, Le brasier importun dont mon âme est pressée ; Je cours en un péril que je dusse éviter ; Loin de guérir mon mal je tâche à l'irriter; Et ma raison , qui perd son empire et ses forces. Combattra vainement ces dernières amorces. Triste et lâche Dorante, à quoi te résous-tu? Et que devient enfin ta première vertu? Un esclave, un captif menace ta franchise : Il t'a réduit au point d'appréhender ta prise ; Il trouble ton repos, tu goûtes ses appas. Et son nom seulement ne te refroidit pas? Et tu veux acheter d'un siècle de supplices, Deux heures, deux momens de brutales délices; Ton cœur, dans ces plaisirs lâchement endormi. Se rend aux premiers coups d'un si foible ennemi , D'un enfant indiscret, d'humeur et d'origine Indigne des faveurs que ton sort lui destine. Incapable de voir ce que tu tiens caché ,
12Ï2 CLÉAGÉNOR ET DORISTEE,
Et qui prisera peu ce qu'il n'a point cherché. Romps, romps ce nœud fatal, consulte ton courage, Et rends à ta raison son ordinaire usage, Puisque le seul penser du dessein que tu fais , Offense une ^'ertu qui ne faillit jamais. Mais, ô foible discours! cruel tyran de l'âme , Yain fantôme d'honneur, laisse durer ma flamme, Et fais suivre tes lois à ces cœurs hébétés Dont les erreurs d'autrui règlent les volontés, Et qu'un bruit spécieux dont leur crainte est suivie Empêche de goûter les plaisirs de la vie. Voilà ce beau charmeur des yeux et des esprits : Je vois ces doux attraits dont mon coeur est le prix.