‹ uvres de Jean RotrouChapitre 178 sur 422 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

242 CLEAGENOR ET DORISTEE,

DORANTE

Ecoute et souviens-toi d'observer ma parole:

Je t'aime, je l'avoue, et le ciel m'est témoih

Que ma propre raison me manque en ce besoin ,

Je faisois vainement la sourde et la farouche,

Et mes yeux te disoient ce que nioit ma bouche ;

Je t'aime, mais apprends quelle condition

Mon intérêt prescrit à ton affection ;

Tu vois en quel danger ma passion est mise,

Il faut à tes plaisirs donner quelque remise :

Car....

PHILÉMOND.

Ah! c'est trop, madame, étant ce que je suis, Entretenir vos feux et nourrir vos ennuis. Le pouvoir me manquant en si belle aventure. D'une commune plainte accusons la nature; Quelque effort dont vos yeux me puissent assaillir, Elle m'a dénié les moyens de faillir.

Je puis vous estimer, mais non vous satisfaire. Et votre propre sexe en moi vous est contraire. Jugez, madame...

(Il se découvre le sein.)

DORANTE

O dieux!

PHILÉMOND.

Ce que je puis pour vous.

Et si me connoissant Théandre en est jaloux.

DORANTE

Quoi, Philémond est fille?

Oui, la plus malheureuse Qui soupira jamais d'une ardeur amoureuse.

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