ACTE III, SCENE IL
Son beau front que les ans ne pourront offenser, Et ses yeux dont l'éclat excède le penser; D'où l'amour ne sort point que pour baiser des roses En boutons sur le sein, et sur le teint écloses; Ces deux monts que ce dieu voit enfler peu à peu y Où le lait et la neige ont trêve avec le feu, Autels où seul il est l'idolâtre et l'idole , Où ce jaloux soi-même à soi-même s'immole; Tant d'attraits qu'on ne dut concevoir qu'à genoux, Furent peints dans ce cœur par un pinceau si doux, Qu'ils pourront aisément calmer ta violence , Et se faire adorer à la même insolence ; Les sentimens alors te seront plus parfaits. Et jamais le respect n'eut de si prompts effets.
( Le page paraît. )
Alors tu me loûras d'avoir été fidèle,
Et tes feux Mais ce page appartient à ma belle.
Dieux ! ce front peu serein et ces yeux abaissés M'ont presqu'en ce moment tous les esprits glacés ; Que viens -tu m'annoncer ou d'heureux ou d'étrange? Ne diffère : en quel point as -tu laissé mon ange?
LE PAGE
Si madame est un ange, elle doit être aux cieux, Hélas! mais ce papier vous en informe mieux.
CLORiDAN, Usant la lettre changée.
« Adorable sujet des maux que j'ai soufferts ,
» Au point que la mort me surmonte; 3> Je romps le voile de la honte ,
» Pour te mander que rien ne peut rompre mes fers. »
Quoi, Perside n'est plus?
LE PAGE
Qu'un corps froid et sans âme.
CLORIDAN
Funeste messager , bourreau , cruel , infâme , Dont la mort et l'enfer guident ici les pas, Tu consultes encor, tigre, tu ne fuis pas? Tu ne crois pas ici la fuite nécessaire , Tu contemples celui que tu viens de défaire.
(Le page fuit dans le bois, et s'y tient pour A'^oir à quoi se résoudra Cloridan. )
En quel lieu trop secret te peux -tu confiner,
Meurtrier, qui d'un seul mot viens de m'assassiner ?
Quoi , mon soleil est mort? Quoi, Persïde est sans vie?
Destins , cruels bourreaux qui me l'avez ravie ,
Ah! que vous montrez bien, par ce coup odieux.
Que le pouvoir du sort est au-dessus des dieux?
Ils n'ont pu garantir ma déesse et leur reine
Du criminel effet de sa coupable haine ?
Petits dieux comme nous infirmes et mortels ,
Après un coup si lâche il vous faut des autels?
Et vos mains ont bâti cette voûte azurée?
Et votre essence encor veut être révérée?
Et vous croyez encore, injustes, impuissans,
Voir abaisser nos cœurs et monter nos encens ?
C'est trop, c'est trop souffrir ces erreurs sans exemples,
Je romprai vos autels, je détruirai vos temples,
Et dans ce mouvement , de la raison réglé ,
Punirai les mortels de leur zèle aveuglé ;
Ennemi conjuré de quiconque vous prie,
Son sang me répondra de son idolâtrie ;
Je le prive du jour pour vous priver de vœux,
Et je rends votre essence odieuse aux neveux,