SCÈNE IV
CÉLIRÉE, ORANTE.
CÉLIRÉE.
Dieux ! qu'avez-vous , madame ?
ORANTE
Unique confidente , A qui je peux fier l'ennui qui me tourmente; Ariste , cet ingrat, et le seul que j'aimois.... Ah! ce nom seul me tue et m'arrête la voix!...
CÉLIRÉE.
Quoi, vous rend ces écrits?
ORANTE
Avec tant d'apparence , De n'avoir eu pour moi que de l'indifférence , Avec si peu de peine , avec tant de dédains , Que je le dois haïr plus que tous les humains ! C'est fait, je ne sens plus cette ardeur insensée; Une juste fureur dégage ma pensée.
Un moment peut ôter son portrait de mon cœur, Et me faire abhorrer ce superbe vainqueur.
CÉLIRÉE.
Il est bien malaisé de dégager nos âmes De l'objet importun de leurs premières flammes : Quelquefois la colère efface tous ses traits , Mais la suite du temps en fait d'autres portraits ;
Et de quelque pouvoir qu'un esprit se présume, Son courroux s'éteignant, son amour se rallume.
ORA.NTE.
Mais si j'obtiens sur moi que mon ressentiment, Comme sa vanité, dure éternellement?
CÉLIRÉE.
Les propositions sont un douteux remède;
Il faut, pour l'oublier, qu'un autre vous possède.
Usez utilement de ce juste courroux.
Et donnez votre cœur tandis qu'il est à vous;
Sinon, vous n'avez fait que des menaces vaines:
Il rentrera bientôt dans ses premières chaînes.
ORANTE
Hélas! qui puis-je aimer?
Rapprochez Lysimant; J'ai su par ses soupirs l'excès de son tourment; Il est passionné de vos aimables charmes , Et par sa contenance il m'a tiré des larmes.
ORAWTE.
Que j'aime ce volage? hé quoi, ne sais-tu pas Que le facile esprit cède aux premiers appas? Il brûloit aux attraits d'une simple bergère ; Tout est indifférent à cette âme légère.
CÉLIRÉE.
Il m'a tout confessé; mais écoutez comment. Vous vous êtes piquée un peu légèrement : Revenant de chercher la jeune paysanne Qui m'avoit mis en main les lettres de Diane , Gomme il se croyoit seul, je l'y trouvai pleurant,