‹ uvres de Jean RotrouChapitre 232 sur 422 · ACTE IV, SCENE IX. 3f · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IX. 3f

Capables de vous nuire et dignes de vos larmes; Aux yeux des paysans elle a quelques appas ; Mais, si vous l'avouez, elle ne vous plaît pas.

LYSIMANT.

Elle me plaît autant que ton discours m'offense ; Mais tu sers chez Orante, et tu prends sa défense; Ton zèle est estimable, et ta condition M'oblige d'excuser ton indiscrétion.

L'amour qu'elle eut pour vous vous la peignit si belle; Mais, ne vous aimant plus, que jugerez-vous d'elle? Le changement du sort peut changer ses esprits, Et d'une ardente amour faire un lâche mépris.

LYSIMANT.

Hélas! quel changement arrive à des bergères?

CÉLIRÉE.

Un homme trafiquant sur les mers étrangères

S'est chargé des papiers de certains marchands morts ,

Parens de cette fille , et puissans en trésors :

On ne lui donne point de vaines espérances,

Car des lettres de change ont fait ses assurances ;

L'auteur de la nouvelle est cousin d'Orimand,

Qu'on dit être arrivé d'aujourd'hui seulement.

LYSIMAFT.

0 dieux! que me dis-tu ? puis-je à cette nouvelle , Différer un moment d'aller voir cette belle ?

CÉLIRÉE, haussant la voix.

Traître , qu'espères-tu que de perdre tes pas , Si, même en lui parlant, tu ne la connois pas?

Tu brûles pour Diane, insensible, barbare, Et ta passion cède à ton humeur avare ! Tu brûles pour Diane , et ton cœur abattu Met les biens en balance avecque sa vertu ! Non, ce que dit ta voix ton cœur le désavoue; Le ciel a dans ton corps mis une âme de boue , Une âme inaccessible aux belles passions , Et qui n'a point d'objet que les possessions. Vois mon visage , ingrat, je suis cette Diane , Cette abjecte inconnue et vile paysanne, Cette simple bergère , et celle toutefois En qui tu n'aurois fait qu'un raisonnable choix , Dont la condition jadis étoit commune, Mais dont les qualités relevoient la fortune. L'or n'est pas seul aimable , et sous ces vêtemens La vertu quelquefois s'est acquis des amans. Enfin, un changement à ma fortune arrive Qui me fait posséder l'objet qui te captive; L'aveugle déité qui préside aux humains Ouvre enfin dessus moi ses libérales mains, J'ai de quoi t'acquérir et de quoi m'en défendre ; Elle qui se donnoit est en pouvoir de prendre.

LYSIMANT.

Dieux! je vois Diane.

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