‹ uvres de Jean RotrouChapitre 237 sur 422 · ARISTE, ORANTE · texte numérisé non relu

ARISTE, ORANTE

ARISTE

Pareil aux criminels qu'un juge redoutable

A mandés pour entendre un arrêt équitable,

Que la frayeur saisit et qui n'espèrent pas

Un traitement plus doux qu'un rigoureux trépas:

Tel je viens en ce lieu, l'âme noire d'un crime

Qui défend que j'espère un pardon légitime;

Tel, mandé de chez vous, je viens tremblant et prêt

D'entendre à vos parens prononcer mon arrêt.

Mais que de votre voix j'obtienne ma sentence.

Et vous m'obligerez à moins de résistance.

Vous-même condamnez cet indiscret amant,

Et ne pardonnez point à son ressentiment.

ORANTE

Quoi! vous voulez mourir pour cet objet de haine, Dont les traits sont communs, dont l'humeur est si vaine , Qu'on ne peut estimer que par civilité, Et qui pouvoit si peu sur votre liberté? O dieux! quel changement!

ARISTE

N'attendez point d'excuse D'un amant criminel qui lui-même s'accuse,

Qui considère enfin cet aveugle transport

Avec un repentir plus cruel que la mort.

J'ai trouvé des défauts où la grâce est extrême,

Et des obscurités dans la lumière même ;

J'ai changé vos attraits, ce teint en est blêmi,

Mais l'amour m'a fait seul parler en ennemi.

Dieux! j'excuse déjà ce furieux caprice.

Vous n'avez point encore ordonné mon supplice ;

Déniez- vous ma peine à ma confession?

ORAWTE.

Quelle peine mérite une juste action?

Quand vous m'avez nommée inconstante et parjure,

Je ne m'offensois point d'une semblable injure;

Quand je n'étois pas belle en votre jugement,

Je souffrois ce mépris encor plus justement;

La même vérité parloit en ce langage,

Et cent fois mon miroir m'en a dit davantage.

Je connois mes défauts, et sais que l'amitié

De qui daigne m'aimer est digne de pitié;

Je ne vous crois, monsieur, aveugle ni coupable;

Je ne condamne point un discours véritable,

Et vous n'avez failli qu'en ce point seulement

Que vous m'avez traitée encor trop doucement.

ARISTE

Ail! c'est trop de rigueur! et cette indifférence Me sert d'un châtiment pire que mon offense ; Pour m' être plus humaine il falloit me punir, Et c'est trop m'affliger que de me soutenir. 'Non, non, n'avouez point l'injustice et l'outrage Où le seul désespoir a porté mon courage. En l'extrême rigueur dont ce cœur est touché,

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