ACTE I, SCENE IL
De leur infâme sang une large fontaine. Frappez, tuez.
( Cléonte vient avec ses gens. )
ORMITf.
Fuyons et cédons aux plus forts, Ou notre mort, amis, suivra nos vains efforts.
CLÉONTE
Madame, si nos pas secondent notre envie, J'apporte dans vos mains leurs armes et leur vie,
(Ils sortent. )
CJ^oniMKitiJ), seul ai^ec la reine.
Divin objet de vœux et d'admiration.
Embrassez-vous le soin de ma protection? Un ange se montrer à mon affront sensible, Epouser ma querelle et se rendre visible! Mais un ange vraiment adorable aux mortels, Si la même beauté mérite des autels!
Si j'étois un objet digne de ces louanges.
Je lirois dans les cœurs comme y lisent les anges;
Si bien que vous seriez affranchi du souci
De m'apprendre quel sort vous a conduit ici,
Votre nom, vos parens, et quelle injuste rage
Avoit porté ces gens à ce honteux outrage.
CLORIMAND.
Quand je saurai nommer la céleste beauté Qui conserve à mes yeux le bien de la clarté , A qui je suis tenu d'une si noble dette, Sa curiosité se verra satisfaite.
Ce glorieux état se maintient sous ma loi, Et ne reconnoît point de souverain que moi. Tome I. 23
CLORIMAND.
J'ai trop vu , par l'éclat qui ce front environne ,
Qu'il n'étoit destiné que pour une couronne ;
Mon cœur m'en assuroit, et votre seul aspect
M'imposoit, grande reine, un si profond respect.
Mais je ne fais déjà qu'ennuyer votre envie ,
Qui me veut obliger au récit de ma vie.
L'Espagne est le pays où j'ai reçu le jour,
Mon nom est Clorimand, ma demeure la cour;
Alphonse, jeune prince, enfin roi de Sicile,
M'a long-temps honoré d'une amour inutile ;
Son âge égal au mien égaloit nos désirs ,
Nous aimions mêmes jeux, suivions mêmes plaisirs,
Nous courions mêmes mers, et sa seule espérance
De nos conditions faisoit la différence.
Enfin la mort ôta le sceptre à Ferdinand ;
Alphonse fut pourvu de son grade éminent,
Fils et neveu de rois, mais frère d'une dame
A qui rien ne défaut qui puisse charmer l'âme :
Le cœur le plus barbare obéit à sa loi.
Et ses yeux n'ont pas moins de sujets que le roi.
Sensible , comme un autre , à l'amoureuse atteinte ,
J'eus pour elle une ardeur violente , mais sainte ;
Et son œil, qui connut ce brasier apparent,
Me vit d'autre façon que comme indifférent.
De quiconque lui voue un service fidèle
Je suis ou le plus vain, ou le plus chéri d'elle;
3e sais que rien de moi n'a mérité ce point.
Mais je sais bien aussi que l'amour ne voit point.
Enfin , quand nous croyons nos amours plus couvertes ,
Les pointes de l'envie ont nos âmes ouvertes;
Mille jaloux ont lu dans nos intentions,