‹ uvres de Jean RotrouChapitre 274 sur 422 · ACTE III, SCÈNE IL 38i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL 38i

Jamais tant de manie en leur cerveau n'habite ; De même que leurs pieds , leur passion va vite. Pour moi, je tiens pour fou qui prend tant de souci, Qui pense bien aimer, et n'aime pas ainsi. Qu'à son gré cependant se comporte mon maître ; Dussé-je mille fois ouïr le nom de traître, Fallût-il éprouver combien pèse sa main, Mon œil cède au sommeil, je lui résiste en vain.

(Il s'endort.)

CLORiMAND, comme en colère.

Ah! voilà m'affliger d'une trop longue attente, Ma déesse , il faut donc que la mort me contente ; Je le devois prévoir, que sous de faux attraits Vous attiriez un cœur que vous tueriez après.

LA REIIIE.

Qui te fait outrager une amour sans seconde ?

Et que vois-tu sur quoi ce vain discours se fonde?

T'avoir sollicité sans t'avoir reconnu ,

Avoir devant tes yeux mis mon esprit tout nu,

Te jurer une ardeur que rien ne peut éteindre.

Est-ce là, Clorimand, un sujet de te plaindre?

Où prendrai-je, mon cœur, de quoi te donner plus?

Si c'est là t'affliger, que feroit un refus?

Mais je ne te veux plus laisser de défiance;

J'accorde encore un point à ton impatience:

Demain, quand le soleil aura fini son tour,

Je veux t'accompagner en ces lieux d'alentour,

Pourvu qu'également l'autre nuit soit obscure.

Est-ce là te montrer une amour assez pure?

Mais je crains qu'on m'entende autant que le trépas ;

Approche un peu plus près, et discourons plus bas.

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