ACTE II, SCENE IL 45i
PARIS
Je ne l'égale point à l'aurore, à la lune, Cette comparaison me semble trop commune; Et pour vous figurer que ses attraits sont doux. Il suffit si je dis qu'elle est digne de vous. Juger des qualités dont le ciel l'a pourvue, Sire , cette action n'appartient qu'à la vue ; Et quelques inventifs que soient les jugemens, Ils ne concevroient pas ses moindres ornemens. Faites-vous un tableau de mille belles choses, Imaginez des lis, figurez-vous des roses; Songez à ce qu'on voit de rare en Orient, Au soleil quand il a le visage riant; Lisez ce qu'on a dit des merveilles d'Hélène, C'est là que mille esprits ont épuisé leur veine; Voyez tout ce qui peut obliger à l'amour; Allez cent fois au cours, voyez toute la cour; Considérez les traits des plus rares visages , De toutes qualités, de tous noms, de tous âges; Sachez ce que Venus avoit de plus charmant ; Paris vous en dût-il dire son sentiment , Après tout, il faudra que tout le monde avoue Qu'un regard de la reine, un œillet de sa joue. Un des hs de son sein, un poil de ses cheveux. Passent tous les objets qui méritent des vœux.
LE ROI, dédaigneusement.
Vous poursuivrez tantôt de conter ces merveilles , D'autres soins maintenant demandent mes oreilles. Adieu, reposez- vous : suis-moi Tunandre.
(11 sort avec Timandrej Alcandre et Lysanor sortent aussi.)
PARIS , seul avec Argant,
O dieux!
En cette occasion dois-je croire mes yeux? Sont-ce là ces transports, cet accueil d'allégresse, Qu'un véritable amant prépare à sa maîtresse? Est-ce ainsi que les rois prouvent leur passion? Ou s'est-il repenti de son élection?
N'ai-je pas figuré cette reine assez belle, Pour qu'il diit conserver l'estime qu'il eut d'elle.
ARGANT
Que c'en soit le sujet, je ne l'estime pas; Vous n'avez que trop bien figuré ses appas.
(Lysanor entre.)
LYS ANOR , remettant un billet a Paris.
Ce mot s'adresse à vous , et le roi vous commande De ne point différer l'affaire qu'il vous mande.
PARIS
C'est l'ordre, assurément, de la réception Qu'il faut faire à l'objet de son affection.
(Il ouvre le billet , et lit, )
Contenu du billet.
« Paris , reconduisez la reine en ses pays :
» Les rois sans s'expliquer doivent être obéis. »
Ah dieux! quelle inconstance à la sienne est pareille!
Je doute si je lis, je doute si je veille;
En cet étonnement la force me défaut,
Mais voyez, Lysanor, si j'ai lu comme il faut.
(Il donne le billet à Lysanor qui lit tout haut.)
Ah ciel! il est trop vrai, mes doutes sont frivoles, Et je vous fais en vain répéter ces paroles. Abusé, quel malheur a ton bien diverti?